Un défi pour les sociétés modernes - Défaillantes, nos connaissances politiques?
Le bas niveau des compétences civiques au Québec inquiète
Henry Milner - Auteur de La Compétence civique - Comment les citoyens informés contribuent au bon fonctionnement de la démocratie, tout récemment publié par les Presses de l'Université Laval
12 mars 2004
Le 11 février dernier, le directeur général des élections du Canada annonçait qu'il allait écrire à quelque 1,1 million de jeunes Canadiens ayant atteint l'âge de 18 ans depuis les élections de 2000 pour leur rappeler l'importance de leur droit de vote.
Et on comprend pourquoi: à peine 26 % des électeurs âgés de 18 à 24 ans ont voté aux dernières élections fédérales. Cette très faible participation explique d'ailleurs en bonne partie la chute radicale du taux de participation général alors que seulement 60 % des électeurs inscrits ont pris la peine d'exercer leur droit de vote. Au Québec, les pourcentages étaient semblables. Cette tendance a de quoi inquiéter, surtout quand on sait que le nombre d'électeurs non inscrits augmente lui aussi.
Il est vrai que de nombreux autres pays connaissent le même phénomène: un peu partout dans le monde, on vote moins aujourd'hui qu'hier. Toutefois, le Canada et le Québec se classent parmi les derniers à ce chapitre. Au cours des dernières années, le Québec et plusieurs provinces, de même que le gouvernement fédéral, ont étudié et mis en avant des propositions de réforme, touchant au mode de scrutin notamment, pour tenter de contrer cette désaffection croissante. Dans l'ensemble, ces exercices postulent que le problème de la participation électorale tiendrait à la configuration de nos institutions politiques.
Or, si la réforme des institutions n'est pas sans intérêt, elle risque de ne pas être suffisante si on évite ainsi d'aborder le fond du problème, qui réside dans l'affaiblissement des compétences civiques et du niveau de connaissances politiques.
S'informer
Dans un ouvrage qui vient de paraître, je compare le niveau de compétence civique (pourcentage de citoyens possédant les connaissances minimales pour voter et faire des choix politiques bien informés) d'une quinzaine de pays semblables au nôtre. Il m'a ainsi été permis d'observer que dans les pays où la participation aux élections reste la plus élevée au monde, notamment en Scandinavie, les compétences civiques et les connaissances politiques sont les plus développées.
Parmi les indicateurs qui mesurent les compétences civiques et permettent de comprendre pourquoi celles-ci sont faibles ou élevées au sein d'une société, il faut compter le taux d'alphabétisation, le niveau de scolarité, les aptitudes de lecture et d'écriture mesurées par diverses enquêtes internationales, le taux d'abandon scolaire, le tirage des quotidiens, le nombre d'heures d'écoute de la télévision, la participation aux activités d'éducation des adultes, la fréquentation des bibliothèques et quelques autres indicateurs.
Pour l'ensemble de ces facteurs, la performance canadienne est mauvaise. Et, en général, celle du Québec est pire encore. Ainsi, le Québécois moyen lit moins de journaux et s'installe davantage devant la télévision que ses compatriotes. D'ailleurs, c'est le faible tirage des journaux au Québec qui vaut au Canada de se classer derrière la moyenne des États américains. En 1999, il se vendait environ 13 exemplaires de quotidiens pour 100 personnes au Québec, comparativement à 16,6 exemplaires pour l'ensemble du Canada.
Au chapitre des indicateurs de la pratique de lecture (sur une base hebdomadaire), les anglophones surclassaient systématiquement les francophones, soit à 66 % contre 54 % pour la lecture de quotidiens, 56 % contre 40 % pour la lecture de livres, 28 % contre 18 % pour la fréquentation des bibliothèques et 41 % contre 26 % pour la rédaction de lettres.
De plus, les Québécois francophones passent 26 heures par semaine devant la télévision, contre 22 heures pour les autres Canadiens. La différence est particulièrement marquée chez les Québécois moins instruits: pour 69 % de ceux-ci, la télévision est la principale source d'information, alors qu'elle l'est pour 53 % des autres Canadiens.
Savoir
En matière de connaissances, le portrait n'est guère plus reluisant. Par exemple, au test de la revue National Geographic qui, il y a dix ans, demandait de situer 16 points sur une carte du monde, les Canadiens avaient obtenu une note médiocre. Si on se fie aux résultats d'un nouveau test (2003) de la même revue, cette fois chez les jeunes de 18-24 ans, la situation ne s'est guère améliorée. Loin de là. Les Canadiens se classent septièmes, devant les Américains et les Mexicains, bons derniers, alors que les Suédois dominent le classement, suivis des autres Européens.
Dans l'enquête internationale sur les capacités de lecture et d'écriture des adultes (EIAA) de l'OCDE, parmi les ressortissants d'une douzaine de pays comparables, les Canadiens occupent une respectable cinquième place en ce qui a trait à l'aptitude de lecture d'un texte suivi mais se classent en huitième position pour la lecture documentaire et en neuvième pour celle de documents quantitatifs.
Au test de compréhension de l'écrit de l'EIAA, une proportion très élevée (28 %) de Québécois étaient des analphabètes fonctionnels, contre 20 % des Canadiens ailleurs (Statistique Canada, 1996). La différence est imputable à l'effet combiné du faible niveau d'éducation des francophones — surtout les plus vieux — et de la médiocrité de leurs habitudes de lecture.
Grâce aux réformes apportées au système d'éducation, les choses se sont améliorées au cours des dernières années. Ainsi, on constate que les jeunes Québécois de 16 à 25 ans soumis à l'EIAA se classent, grosso modo, dans la moyenne canadienne. Et il est vrai que le niveau d'alphabétisation des adolescents québécois de 14 et 15 ans, tel qu'observé par la récente étude PISA (Programme international pour le suivi des acquis), est élevé. Dans cette étude, le Québec, suivi du Canada, se classe deuxième après le Finlande.
Il serait toutefois imprudent de croire que le problème est résolu pour autant. Car il persiste parmi les jeunes qui «décrochent». Or le Québec se classe à la queue des provinces pour la proportion des 19-20 ans qui complètent leurs études secondaires et, aujourd'hui encore, les écoles secondaires québécoises connaissent le plus fort taux de décrochage au pays.
Ce phénomène est amplifié par le fait que le secondaire ne compte que cinq années, soit une de moins qu'ailleurs au Canada. Or moins de 60 % des jeunes vont au cégep (dont la première année est en quelque sorte l'équivalent de la 12e année ailleurs) et, de ce nombre, 38 % n'obtiennent pas leur diplôme. À titre de comparaison, notons que le Gymnase suédois est fréquenté, lui, par 98 % des jeunes, dont 80 % obtiennent le diplôme de fin d'études en quatre ans.
Des priorités à établir
Ce bilan est inquiétant, et il l'est d'autant plus dans un pays où le rôle de l'État est encore considéré par la majorité de la population comme étant important. En effet, le Canada se targue d'être un pays de centre gauche si on le compare aux États-Unis. Son système de santé public et universel est une fierté. Et le Québec n'est pas en reste à ce chapitre. Or moins les citoyens s'intéressent aux affaires publiques et à la politique, plus l'État s'affaiblit au profit des autres pouvoirs au sein de la société. En somme, l'affaiblissement des compétences civiques et le désintérêt des citoyens pour la politique fragilisent la «social-démocratie». Dans ce contexte, il semble impératif de prendre des mesures pour renforcer les compétences civiques et les connaissances politiques.
En premier lieu, il faut donner la priorité à la promotion des compétences générales, surtout chez les marginaux, notamment les garçons issus de milieux défavorisés, car c'est au Québec que l'écart entre filles et garçons est le plus prononcé. Dans les résultats du Programme d'indicateurs du rendement scolaire (PIRS) en 2002, l'évaluation en écriture démontre que l'écart entre les filles et les garçons de 16 ans est trois fois plus grand qu'il ne l'est au Canada. Le défi consiste donc à inculquer aux étudiants, et particulièrement aux garçons, les habiletés de base et à les encourager à développer les assises de la compétence civique: la lecture des journaux et des livres, la fréquentation des bibliothèques, la lecture et l'emploi de divers types de cartes géographiques, la rédaction, etc.
En ce qui concerne l'éducation civique des jeunes, le Québec aurait aussi intérêt à s'inspirer du modèle suédois. Celui-ci vise les étudiants de 16 à 18 ans, tenus de suivre un minimum de 90 heures de cours d'éducation civique (300 heures pour les étudiants en sciences sociales). Il est inacceptable qu'au Québec, les étudiants de cégep qui sont à l'aube de prendre leurs responsabilités comme citoyens ne soient soumis à aucune obligation de cette nature.
Mais la promotion de la compétence civique doit continuer après l'école. Au Canada, 75 % des Canadiens de plus de 16 ans n'ayant pas complété leurs études secondaires sont des illettrés fonctionnels; malgré cela, le Canada se classe au-dessous de la moyenne des pays comparables en ce qui concerne le nombre d'heures consacrées à l'éducation et à la formation des adultes. Quant au Québec, il se classe derrière toutes les autres provinces, sauf Terre-Neuve, et la situation s'y détériore. En 1991, il se situait tout juste au-dessous de la moyenne canadienne.
Plutôt que de mettre au point une formation axée uniquement sur les exigences du marché du travail, les nouvelles initiatives en éducation des adultes devront, en priorité, aider les décrocheurs à acquérir les habiletés essentielles ainsi que de bonnes habitudes de lecture. Je pense aux cercles d'études, à la promotion de la lecture des journaux ainsi qu'à la distribution à coût minime de l'information politique aux moins alphabétisés. Les pays nordiques, par exemple, subventionnent les quotidiens qui ne sont pas les chefs de file dans leur marché. Le sous-titrage des émissions de télévision ainsi que des films et vidéos en langue étrangère, comme on le fait en Scandinavie, pourrait avoir un effet bénéfique.
Prendre des moyens forts pour renverser le déclin des compétences civiques est devenu impératif, non seulement parce que la participation à la vie politique est plus active et mieux renseignée dans les sociétés où la compétence civique est forte mais aussi et peut-être surtout parce que la participation à la vie politique de citoyens moins nantis met la société davantage à leur écoute et la pousse naturellement à adopter des politiques qui tiennent compte de leurs intérêts et besoins. En Scandinavie notamment, où la richesse est mieux répartie, la population bien renseignée appuie des politiques qui favorisent, entretiennent et renforcent la compétence civique.
Nous sommes fiers de notre attachement aux valeurs de solidarité sociale et d'équité économique. Si nous tenons à faire reposer cette fierté sur plus qu'une pensée magique facile à faire basculer, il est urgent d'agir pour en affermir les assises.
Et on comprend pourquoi: à peine 26 % des électeurs âgés de 18 à 24 ans ont voté aux dernières élections fédérales. Cette très faible participation explique d'ailleurs en bonne partie la chute radicale du taux de participation général alors que seulement 60 % des électeurs inscrits ont pris la peine d'exercer leur droit de vote. Au Québec, les pourcentages étaient semblables. Cette tendance a de quoi inquiéter, surtout quand on sait que le nombre d'électeurs non inscrits augmente lui aussi.
Il est vrai que de nombreux autres pays connaissent le même phénomène: un peu partout dans le monde, on vote moins aujourd'hui qu'hier. Toutefois, le Canada et le Québec se classent parmi les derniers à ce chapitre. Au cours des dernières années, le Québec et plusieurs provinces, de même que le gouvernement fédéral, ont étudié et mis en avant des propositions de réforme, touchant au mode de scrutin notamment, pour tenter de contrer cette désaffection croissante. Dans l'ensemble, ces exercices postulent que le problème de la participation électorale tiendrait à la configuration de nos institutions politiques.
Or, si la réforme des institutions n'est pas sans intérêt, elle risque de ne pas être suffisante si on évite ainsi d'aborder le fond du problème, qui réside dans l'affaiblissement des compétences civiques et du niveau de connaissances politiques.
S'informer
Dans un ouvrage qui vient de paraître, je compare le niveau de compétence civique (pourcentage de citoyens possédant les connaissances minimales pour voter et faire des choix politiques bien informés) d'une quinzaine de pays semblables au nôtre. Il m'a ainsi été permis d'observer que dans les pays où la participation aux élections reste la plus élevée au monde, notamment en Scandinavie, les compétences civiques et les connaissances politiques sont les plus développées.
Parmi les indicateurs qui mesurent les compétences civiques et permettent de comprendre pourquoi celles-ci sont faibles ou élevées au sein d'une société, il faut compter le taux d'alphabétisation, le niveau de scolarité, les aptitudes de lecture et d'écriture mesurées par diverses enquêtes internationales, le taux d'abandon scolaire, le tirage des quotidiens, le nombre d'heures d'écoute de la télévision, la participation aux activités d'éducation des adultes, la fréquentation des bibliothèques et quelques autres indicateurs.
Pour l'ensemble de ces facteurs, la performance canadienne est mauvaise. Et, en général, celle du Québec est pire encore. Ainsi, le Québécois moyen lit moins de journaux et s'installe davantage devant la télévision que ses compatriotes. D'ailleurs, c'est le faible tirage des journaux au Québec qui vaut au Canada de se classer derrière la moyenne des États américains. En 1999, il se vendait environ 13 exemplaires de quotidiens pour 100 personnes au Québec, comparativement à 16,6 exemplaires pour l'ensemble du Canada.
Au chapitre des indicateurs de la pratique de lecture (sur une base hebdomadaire), les anglophones surclassaient systématiquement les francophones, soit à 66 % contre 54 % pour la lecture de quotidiens, 56 % contre 40 % pour la lecture de livres, 28 % contre 18 % pour la fréquentation des bibliothèques et 41 % contre 26 % pour la rédaction de lettres.
De plus, les Québécois francophones passent 26 heures par semaine devant la télévision, contre 22 heures pour les autres Canadiens. La différence est particulièrement marquée chez les Québécois moins instruits: pour 69 % de ceux-ci, la télévision est la principale source d'information, alors qu'elle l'est pour 53 % des autres Canadiens.
Savoir
En matière de connaissances, le portrait n'est guère plus reluisant. Par exemple, au test de la revue National Geographic qui, il y a dix ans, demandait de situer 16 points sur une carte du monde, les Canadiens avaient obtenu une note médiocre. Si on se fie aux résultats d'un nouveau test (2003) de la même revue, cette fois chez les jeunes de 18-24 ans, la situation ne s'est guère améliorée. Loin de là. Les Canadiens se classent septièmes, devant les Américains et les Mexicains, bons derniers, alors que les Suédois dominent le classement, suivis des autres Européens.
Dans l'enquête internationale sur les capacités de lecture et d'écriture des adultes (EIAA) de l'OCDE, parmi les ressortissants d'une douzaine de pays comparables, les Canadiens occupent une respectable cinquième place en ce qui a trait à l'aptitude de lecture d'un texte suivi mais se classent en huitième position pour la lecture documentaire et en neuvième pour celle de documents quantitatifs.
Au test de compréhension de l'écrit de l'EIAA, une proportion très élevée (28 %) de Québécois étaient des analphabètes fonctionnels, contre 20 % des Canadiens ailleurs (Statistique Canada, 1996). La différence est imputable à l'effet combiné du faible niveau d'éducation des francophones — surtout les plus vieux — et de la médiocrité de leurs habitudes de lecture.
Grâce aux réformes apportées au système d'éducation, les choses se sont améliorées au cours des dernières années. Ainsi, on constate que les jeunes Québécois de 16 à 25 ans soumis à l'EIAA se classent, grosso modo, dans la moyenne canadienne. Et il est vrai que le niveau d'alphabétisation des adolescents québécois de 14 et 15 ans, tel qu'observé par la récente étude PISA (Programme international pour le suivi des acquis), est élevé. Dans cette étude, le Québec, suivi du Canada, se classe deuxième après le Finlande.
Il serait toutefois imprudent de croire que le problème est résolu pour autant. Car il persiste parmi les jeunes qui «décrochent». Or le Québec se classe à la queue des provinces pour la proportion des 19-20 ans qui complètent leurs études secondaires et, aujourd'hui encore, les écoles secondaires québécoises connaissent le plus fort taux de décrochage au pays.
Ce phénomène est amplifié par le fait que le secondaire ne compte que cinq années, soit une de moins qu'ailleurs au Canada. Or moins de 60 % des jeunes vont au cégep (dont la première année est en quelque sorte l'équivalent de la 12e année ailleurs) et, de ce nombre, 38 % n'obtiennent pas leur diplôme. À titre de comparaison, notons que le Gymnase suédois est fréquenté, lui, par 98 % des jeunes, dont 80 % obtiennent le diplôme de fin d'études en quatre ans.
Des priorités à établir
Ce bilan est inquiétant, et il l'est d'autant plus dans un pays où le rôle de l'État est encore considéré par la majorité de la population comme étant important. En effet, le Canada se targue d'être un pays de centre gauche si on le compare aux États-Unis. Son système de santé public et universel est une fierté. Et le Québec n'est pas en reste à ce chapitre. Or moins les citoyens s'intéressent aux affaires publiques et à la politique, plus l'État s'affaiblit au profit des autres pouvoirs au sein de la société. En somme, l'affaiblissement des compétences civiques et le désintérêt des citoyens pour la politique fragilisent la «social-démocratie». Dans ce contexte, il semble impératif de prendre des mesures pour renforcer les compétences civiques et les connaissances politiques.
En premier lieu, il faut donner la priorité à la promotion des compétences générales, surtout chez les marginaux, notamment les garçons issus de milieux défavorisés, car c'est au Québec que l'écart entre filles et garçons est le plus prononcé. Dans les résultats du Programme d'indicateurs du rendement scolaire (PIRS) en 2002, l'évaluation en écriture démontre que l'écart entre les filles et les garçons de 16 ans est trois fois plus grand qu'il ne l'est au Canada. Le défi consiste donc à inculquer aux étudiants, et particulièrement aux garçons, les habiletés de base et à les encourager à développer les assises de la compétence civique: la lecture des journaux et des livres, la fréquentation des bibliothèques, la lecture et l'emploi de divers types de cartes géographiques, la rédaction, etc.
En ce qui concerne l'éducation civique des jeunes, le Québec aurait aussi intérêt à s'inspirer du modèle suédois. Celui-ci vise les étudiants de 16 à 18 ans, tenus de suivre un minimum de 90 heures de cours d'éducation civique (300 heures pour les étudiants en sciences sociales). Il est inacceptable qu'au Québec, les étudiants de cégep qui sont à l'aube de prendre leurs responsabilités comme citoyens ne soient soumis à aucune obligation de cette nature.
Mais la promotion de la compétence civique doit continuer après l'école. Au Canada, 75 % des Canadiens de plus de 16 ans n'ayant pas complété leurs études secondaires sont des illettrés fonctionnels; malgré cela, le Canada se classe au-dessous de la moyenne des pays comparables en ce qui concerne le nombre d'heures consacrées à l'éducation et à la formation des adultes. Quant au Québec, il se classe derrière toutes les autres provinces, sauf Terre-Neuve, et la situation s'y détériore. En 1991, il se situait tout juste au-dessous de la moyenne canadienne.
Plutôt que de mettre au point une formation axée uniquement sur les exigences du marché du travail, les nouvelles initiatives en éducation des adultes devront, en priorité, aider les décrocheurs à acquérir les habiletés essentielles ainsi que de bonnes habitudes de lecture. Je pense aux cercles d'études, à la promotion de la lecture des journaux ainsi qu'à la distribution à coût minime de l'information politique aux moins alphabétisés. Les pays nordiques, par exemple, subventionnent les quotidiens qui ne sont pas les chefs de file dans leur marché. Le sous-titrage des émissions de télévision ainsi que des films et vidéos en langue étrangère, comme on le fait en Scandinavie, pourrait avoir un effet bénéfique.
Prendre des moyens forts pour renverser le déclin des compétences civiques est devenu impératif, non seulement parce que la participation à la vie politique est plus active et mieux renseignée dans les sociétés où la compétence civique est forte mais aussi et peut-être surtout parce que la participation à la vie politique de citoyens moins nantis met la société davantage à leur écoute et la pousse naturellement à adopter des politiques qui tiennent compte de leurs intérêts et besoins. En Scandinavie notamment, où la richesse est mieux répartie, la population bien renseignée appuie des politiques qui favorisent, entretiennent et renforcent la compétence civique.
Nous sommes fiers de notre attachement aux valeurs de solidarité sociale et d'équité économique. Si nous tenons à faire reposer cette fierté sur plus qu'une pensée magique facile à faire basculer, il est urgent d'agir pour en affermir les assises.
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