Lettres: Dérive «sécuritaire»
Amir Khadir - Membre de l'Union des forces progressistes, mars 2004
8 mars 2004
L'enlèvement de Mohamed Cherfi et la violation du droit de sanctuaire de l'Église unie St-Pierre à Québec sont des accrocs intolérables aux pratiques démocratiques et à la légalité la plus élémentaire. Le Québec comme le Canada, connaissent une lente dérive vers l'arbitraire. L'État se réclame de droit, mais empiète et viole constamment ses propres cadres légaux et administratifs dans le but de punir la dissidence, de mater la contestation populaire ou de repousser les demandeurs d'asile. L'arbitraire n'est pas loin.
Cet environnement où la raison «sécuritaire» prime les droits fondamentaux est dangereusement déterminé par les prérogatives de notre voisin-Empire, qui veut ériger un Occident forteresse. Sous le couvert de «lutte contre le terrorisme», les États sont poussés à ériger une surveillance policière et un appareil de répression destinés à protéger l'ordre inéquitable établi. Les premières victimes en sont les secteurs les plus vulnérables de notre société: les sans-papiers, les demandeurs d'asile, les jeunes contestataires, les mouvements marginaux dissidents qui agissent pourtant dans la très grande majorité des cas en toute légalité.
Le stéréotypage racial et ethnique devient monnaie courante, en rupture flagrante avec nos traditions de lutte contre le racisme et la xénophobie. Au dire de Reid Morden, ancien directeur du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), la définition de l'acte terroriste dans la loi C-36 est telle qu'elle incite «les personnes chargées de l'application de la loi à pratiquer un "ciblage idéologique" qui pourrait être aussi odieux que le ciblage racial».
Or, qui est le plus susceptible d'être ciblé de cette manière? Ce sont les gens qui sont identifiables par leur couleur, par leur ethnie ou leur position politique. Ce sont les Jaggi Singh, les Amir Khadir, les Maher Arar ou les Mohamed Cherfi! Certains d'entre nous ont des opinions politiques qui ne plaisent pas, les autres ont des origines ethniques qui les rendent d'emblée suspects aux yeux de ces nouveaux chasseurs de sorciers, chargés de veiller à la forteresse «sécuritaire». Les moments douloureux de l'histoire de l'Europe et de l'Amérique du XXe le démontrent: cette dérive «sécuritaire», si elle ne trouve pas d'opposition énergique, gagnera en couches successives d'abord les secteurs les plus marginaux, puis graduellement les autres secteurs de la société. Demain ce sera peut être le tour de syndicalistes jugés trop combatifs, d'artistes aux opinions un peu audacieuses, de militants sociaux revendicateurs. L'érosion des droits fondamentaux concerne tout le monde.
Cet état de fait m'inquiète comme citoyen. J'estime que nos libertés démocratiques et nos droits sociaux sont les bases incontournables de notre sécurité. C'est pour cette raison que je dénonce énergiquement l'enlèvement de Mohamed Cherfi, ainsi que le délire sécuritaire qui semble gagner le gouvernement canadien. C'est sur le principe du respect des droits fondamentaux, et non sur le bien-fondé ou pas de la requête de statut de réfugié de Mohamed, que je lui apporte mon entier appui.
Cet environnement où la raison «sécuritaire» prime les droits fondamentaux est dangereusement déterminé par les prérogatives de notre voisin-Empire, qui veut ériger un Occident forteresse. Sous le couvert de «lutte contre le terrorisme», les États sont poussés à ériger une surveillance policière et un appareil de répression destinés à protéger l'ordre inéquitable établi. Les premières victimes en sont les secteurs les plus vulnérables de notre société: les sans-papiers, les demandeurs d'asile, les jeunes contestataires, les mouvements marginaux dissidents qui agissent pourtant dans la très grande majorité des cas en toute légalité.
Le stéréotypage racial et ethnique devient monnaie courante, en rupture flagrante avec nos traditions de lutte contre le racisme et la xénophobie. Au dire de Reid Morden, ancien directeur du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), la définition de l'acte terroriste dans la loi C-36 est telle qu'elle incite «les personnes chargées de l'application de la loi à pratiquer un "ciblage idéologique" qui pourrait être aussi odieux que le ciblage racial».
Or, qui est le plus susceptible d'être ciblé de cette manière? Ce sont les gens qui sont identifiables par leur couleur, par leur ethnie ou leur position politique. Ce sont les Jaggi Singh, les Amir Khadir, les Maher Arar ou les Mohamed Cherfi! Certains d'entre nous ont des opinions politiques qui ne plaisent pas, les autres ont des origines ethniques qui les rendent d'emblée suspects aux yeux de ces nouveaux chasseurs de sorciers, chargés de veiller à la forteresse «sécuritaire». Les moments douloureux de l'histoire de l'Europe et de l'Amérique du XXe le démontrent: cette dérive «sécuritaire», si elle ne trouve pas d'opposition énergique, gagnera en couches successives d'abord les secteurs les plus marginaux, puis graduellement les autres secteurs de la société. Demain ce sera peut être le tour de syndicalistes jugés trop combatifs, d'artistes aux opinions un peu audacieuses, de militants sociaux revendicateurs. L'érosion des droits fondamentaux concerne tout le monde.
Cet état de fait m'inquiète comme citoyen. J'estime que nos libertés démocratiques et nos droits sociaux sont les bases incontournables de notre sécurité. C'est pour cette raison que je dénonce énergiquement l'enlèvement de Mohamed Cherfi, ainsi que le délire sécuritaire qui semble gagner le gouvernement canadien. C'est sur le principe du respect des droits fondamentaux, et non sur le bien-fondé ou pas de la requête de statut de réfugié de Mohamed, que je lui apporte mon entier appui.
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