Les zoonoses attaquent
Grippe aviaire ou aphteuse, virus du Nil, maladie de la vache folle, sida. Les zoonoses, ces maladies transmises de l'animal à l'homme, semblent s'être multipliées au cours des dernières années. Simple phénomène médiatique? Absolument pas, croit le pathologiste Daniel Martineau, qui confirme que les zoonoses sont plus nombreuses que jamais.
La promiscuité entre les hommes et les animaux, particulièrement forte en Asie, leurs populations sans cesse grandissantes et la rapidité des transports modernes sont autant de facteurs qui multiplient les combinaisons pouvant conduire à l'émergence d'une nouvelle zoonose, une situation qui, sans un resserrement draconien des contrôles sanitaires, ira croissant, prévient le Dr Daniel Martineau, professeur au département de pathologie et de microbiologie de la faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal.
La plupart des virus qui font actuellement les manchettes sont des virus ARN, une caractéristique qui leur permet de se transformer très rapidement. Mais même si l'hôte à infecter porte en lui un certain nombre de molécules capables de reconnaître ces virus, leur zèle à créer de nouvelles souches et leur capacité à franchir la barrière des espèces en font des adversaires redoutables pour l'humain.
On a longtemps cru que la barrière interespèce était, à quelques exceptions près, infranchissable. La mise au jour de l'origine de maladies comme le sida et la maladie de Creutzfeldt-Jacob — attribuées au chimpanzé pour la première et aux bovins pour la seconde — a eu raison de ces certitudes. «On s'aperçoit que si on fournit l'occasion à ces virus d'infecter un nouvel hôte, la barrière interespèce — qui est d'ailleurs un concept relatif — peut être franchie», explique le Dr Martineau.
Les virus ont des millions d'années d'évolution derrière eux. Et même si, au cours des siècles, l'homme a su s'adapter à la plupart d'entre eux, les virus n'ont de cesse de renouveler leurs souches, comme le virus de la grippe (influenza), particulièrement inventif. «Chaque année, de nouvelles souches d'influenza apparaissent, généralement en Asie. Des vaccins sont alors faits et on essaie de se dépêcher pour vacciner le reste du monde à temps», raconte le Dr Martineau.
S'ensuit, entre l'humain et le virus, une course contre la montre que les moyens de communications actuels ne peuvent qu'exacerber. Ceci fait en sorte qu'un virus peut aujourd'hui «poser le pied» sur un continent avant même qu'un vaccin ne soit trouvé, comme on l'a vu l'année dernière à Toronto avec le SRAS.
Le SRAS, une zoonose?
Le SRAS est un cas bien particulier. Il s'agit d'un coronavirus observé pour la première fois dans la province chinoise de Guangdong, en novembre 2002. En général, les coronavirus sont connus pour être des virus peu dangereux pour les humains. Chez les animaux, par contre, ils jouent un grand rôle et se manifestent en causant des troubles digestifs et respiratoires.
«La promiscuité des humains et des animaux dans cette province chinoise soumet l'humain à une charge infectieuse permanente, une situation qui favorise le passage de la barrière interespèce», explique le directeur de l'Institut de virologie et d'immunoprophylaxie en Suisse, Christian Griot, dans Le Magazine de l'OVF.
En 1997, le virus de la grippe aviaire avait d'ailleurs causé la mort de 100 personnes au Guangdong, pour la plupart des marchands de volaille de la région, tous infectés par des oiseaux. Cette fois-ci, la grippe aviaire qui sévit en Asie a touché non seulement des poulets mais aussi des chats. Des foyers ont également été rapportés aux États-Unis et en Colombie-Britannique, mais il s'agit là d'une souche moins virulente.
En ce qui concerne le SRAS, certains indices laissent supposer que c'est la civette, un petit mammifère carnivore au pelage gris, qui pourrait être à l'origine du virus, une possibilité que ne rejettent ni Christian Griot ni Daniel Martineau. «Il y a plusieurs maladies émergentes que le public connaît mal, croit le Dr Martineau. Mais il ne faut pas se surprendre qu'un coronavirus, chez une espèce peu connue, dans un pays dont les contrôles sanitaires sont déficients, existe et émerge éventuellement.»
Car c'est là que le bât blesse. S'il y a peu de risques qu'un tel virus infecte l'humain, «disons une chance sur un million», précise Daniel Martineau, il finira toujours par se frayer un chemin. «Un tel événement, si on lui fournit assez d'occasions pendant assez longtemps, va finir par se produire», confirme le pathologiste.
Santé publique
Le meilleur moyen de prévenir l'émergence et la propagation de zoonoses est avant tout de multiplier les contrôles sanitaires. D'autant plus que la gestion de ces maladies, en raison du développement phénoménal des moyens de transport, s'est considérablement complexifiée. À cet égard, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande de renforcer la coopération et la collaboration nationales et internationales entre les services de santé animale et de santé publique.
Au Québec, le ministère de la Sécurité publique a mis sur pied un centre national de veille. Toutefois, dans le domaine de la recherche, la province, comme le Canada d'ailleurs, fait figure de parent pauvre. Devant la Commission sur la sécurité alimentaire, en février, la faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal a déploré le nombre insuffisant de médecins vétérinaires dans la chaîne de production de denrées d'origine animale et l'état problématique du réseau de laboratoires de diagnostic. En matière de surveillance des épidémies et d'analyse de risque, la recherche est cruellement sous-financée, a aussi noté la faculté. Pourtant, martèle son doyen, le Dr Raymond S. Roy, «les décisions sur la sécurité alimentaire doivent être basées sur la science».
La recherche est d'autant plus essentielle qu'on sait que les virus peuvent aussi passer la barrière qui sépare la mer de la terre, comme en font foi les cas de fièvre aphteuse découverts dans les années 50 chez des porcs de la Californie qui avaient ingéré des farines à base de viande d'otarie. «Il y a 20 000 espèces de poissons connues, 5000 espèces de mammifères connues et 15 000 espèces d'oiseaux connues, rappelle le Daniel Martineau. Et donc autant d'agents infectieux!»
Cette extrême diversité fait craindre le pire aux spécialistes, qui savent qu'une souche plus virulente, comme celle de la grippe espagnole de 1918-19, peut surgir à tout moment. «Le cycle est très irrégulier, on ne peut pas le prévoir, mais on sait que ça peut arriver», prévient le Dr Martineau. Quand on sait qu'une telle souche naît de la variation des virus et que, dans les pays asiatiques, les conditions propices à générer une plus grande variabilité d'agents sont légion, la menace soudain paraît bien réelle.
La promiscuité entre les hommes et les animaux, particulièrement forte en Asie, leurs populations sans cesse grandissantes et la rapidité des transports modernes sont autant de facteurs qui multiplient les combinaisons pouvant conduire à l'émergence d'une nouvelle zoonose, une situation qui, sans un resserrement draconien des contrôles sanitaires, ira croissant, prévient le Dr Daniel Martineau, professeur au département de pathologie et de microbiologie de la faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal.
La plupart des virus qui font actuellement les manchettes sont des virus ARN, une caractéristique qui leur permet de se transformer très rapidement. Mais même si l'hôte à infecter porte en lui un certain nombre de molécules capables de reconnaître ces virus, leur zèle à créer de nouvelles souches et leur capacité à franchir la barrière des espèces en font des adversaires redoutables pour l'humain.
On a longtemps cru que la barrière interespèce était, à quelques exceptions près, infranchissable. La mise au jour de l'origine de maladies comme le sida et la maladie de Creutzfeldt-Jacob — attribuées au chimpanzé pour la première et aux bovins pour la seconde — a eu raison de ces certitudes. «On s'aperçoit que si on fournit l'occasion à ces virus d'infecter un nouvel hôte, la barrière interespèce — qui est d'ailleurs un concept relatif — peut être franchie», explique le Dr Martineau.
Les virus ont des millions d'années d'évolution derrière eux. Et même si, au cours des siècles, l'homme a su s'adapter à la plupart d'entre eux, les virus n'ont de cesse de renouveler leurs souches, comme le virus de la grippe (influenza), particulièrement inventif. «Chaque année, de nouvelles souches d'influenza apparaissent, généralement en Asie. Des vaccins sont alors faits et on essaie de se dépêcher pour vacciner le reste du monde à temps», raconte le Dr Martineau.
S'ensuit, entre l'humain et le virus, une course contre la montre que les moyens de communications actuels ne peuvent qu'exacerber. Ceci fait en sorte qu'un virus peut aujourd'hui «poser le pied» sur un continent avant même qu'un vaccin ne soit trouvé, comme on l'a vu l'année dernière à Toronto avec le SRAS.
Le SRAS, une zoonose?
Le SRAS est un cas bien particulier. Il s'agit d'un coronavirus observé pour la première fois dans la province chinoise de Guangdong, en novembre 2002. En général, les coronavirus sont connus pour être des virus peu dangereux pour les humains. Chez les animaux, par contre, ils jouent un grand rôle et se manifestent en causant des troubles digestifs et respiratoires.
«La promiscuité des humains et des animaux dans cette province chinoise soumet l'humain à une charge infectieuse permanente, une situation qui favorise le passage de la barrière interespèce», explique le directeur de l'Institut de virologie et d'immunoprophylaxie en Suisse, Christian Griot, dans Le Magazine de l'OVF.
En 1997, le virus de la grippe aviaire avait d'ailleurs causé la mort de 100 personnes au Guangdong, pour la plupart des marchands de volaille de la région, tous infectés par des oiseaux. Cette fois-ci, la grippe aviaire qui sévit en Asie a touché non seulement des poulets mais aussi des chats. Des foyers ont également été rapportés aux États-Unis et en Colombie-Britannique, mais il s'agit là d'une souche moins virulente.
En ce qui concerne le SRAS, certains indices laissent supposer que c'est la civette, un petit mammifère carnivore au pelage gris, qui pourrait être à l'origine du virus, une possibilité que ne rejettent ni Christian Griot ni Daniel Martineau. «Il y a plusieurs maladies émergentes que le public connaît mal, croit le Dr Martineau. Mais il ne faut pas se surprendre qu'un coronavirus, chez une espèce peu connue, dans un pays dont les contrôles sanitaires sont déficients, existe et émerge éventuellement.»
Car c'est là que le bât blesse. S'il y a peu de risques qu'un tel virus infecte l'humain, «disons une chance sur un million», précise Daniel Martineau, il finira toujours par se frayer un chemin. «Un tel événement, si on lui fournit assez d'occasions pendant assez longtemps, va finir par se produire», confirme le pathologiste.
Santé publique
Le meilleur moyen de prévenir l'émergence et la propagation de zoonoses est avant tout de multiplier les contrôles sanitaires. D'autant plus que la gestion de ces maladies, en raison du développement phénoménal des moyens de transport, s'est considérablement complexifiée. À cet égard, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande de renforcer la coopération et la collaboration nationales et internationales entre les services de santé animale et de santé publique.
Au Québec, le ministère de la Sécurité publique a mis sur pied un centre national de veille. Toutefois, dans le domaine de la recherche, la province, comme le Canada d'ailleurs, fait figure de parent pauvre. Devant la Commission sur la sécurité alimentaire, en février, la faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal a déploré le nombre insuffisant de médecins vétérinaires dans la chaîne de production de denrées d'origine animale et l'état problématique du réseau de laboratoires de diagnostic. En matière de surveillance des épidémies et d'analyse de risque, la recherche est cruellement sous-financée, a aussi noté la faculté. Pourtant, martèle son doyen, le Dr Raymond S. Roy, «les décisions sur la sécurité alimentaire doivent être basées sur la science».
La recherche est d'autant plus essentielle qu'on sait que les virus peuvent aussi passer la barrière qui sépare la mer de la terre, comme en font foi les cas de fièvre aphteuse découverts dans les années 50 chez des porcs de la Californie qui avaient ingéré des farines à base de viande d'otarie. «Il y a 20 000 espèces de poissons connues, 5000 espèces de mammifères connues et 15 000 espèces d'oiseaux connues, rappelle le Daniel Martineau. Et donc autant d'agents infectieux!»
Cette extrême diversité fait craindre le pire aux spécialistes, qui savent qu'une souche plus virulente, comme celle de la grippe espagnole de 1918-19, peut surgir à tout moment. «Le cycle est très irrégulier, on ne peut pas le prévoir, mais on sait que ça peut arriver», prévient le Dr Martineau. Quand on sait qu'une telle souche naît de la variation des virus et que, dans les pays asiatiques, les conditions propices à générer une plus grande variabilité d'agents sont légion, la menace soudain paraît bien réelle.
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