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Réglementer ou déréglementer le coût du loyer?

Michel Rochefort - Montréal, 27 juin 2002  6 juillet 2002 
Parler de la déréglementation du coût du loyer en évoquant seulement l'actuelle crise du logement, c'est nier l'apport bénéfique que peut avoir cette réglementation sur la qualité de la vie urbaine montréalaise. Si notre métropole est de plus en plus reconnue à travers le monde pour la qualité de ses restaurants, de ses cafés et de ses lieux de vie, c'est en partie attribuable à la stabilité des coûts de location.

Depuis quelques années, l'économie se porte à merveille. Les salaires augmentent et les offres d'emploi se multiplient. On souffrirait toutefois d'amnésie si on croyait que cette situation a toujours existé. Pensons seulement au début des années 90: tout était beaucoup plus gris.

Plusieurs restaurants, commerces et bars ont toutefois survécu à la morosité économique qui sévissait à cette époque. Dans certaines quartiers, voire sur certaines rues, de nouveaux cafés ont même fait leur apparition. Durant ces années moins fertiles sur le plan économique, Montréal a eu la chance de compter sur un parc locatif abordable. La réglementation du coût du loyer opérée depuis la création de la Régie du logement a permis, malgré les restrictions budgétaires qu'il fallait faire, de maintenir une vie urbaine de qualité, et c'est en partie ce maintien qui a préparé le renouveau urbain que Montréal connaît actuellement. Déréglementer le secteur du logement, c'est mettre un boulet au dynamisme économique de Montréal. Une analyse similaire pourrait être faite en ce qui a trait à la qualité de la vie culturelle montréalaise. Pour faire vivre les entreprises culturelles dont la ville s'enorgueillit à l'échelle mondiale, il faut avoir un public, et ce public est aussi tributaire des ressources financières non attribuées au logement.

Mettons maintenant de côté ces quelques considérations économiques. Une des caractéristiques principales de Montréal comparativement aux autres métropoles internationales réside dans la diversité (la mixité) de ses résidants. Des familles, des étudiants aisés ou moins aisés, des professionnels avec ou sans enfants se côtoient quotidiennement malgré leur appartenance à des strates sociales diverses. Tous participent de façon équivalente à l'identité de Montréal. Déréglementer le coût du loyer équivaudrait à tracer un trait sur cette diversité, une des grandes richesses de cette ville.

Réglementer ou déréglementer le coût du logement, là n'est pas la question.

Avant de s'apitoyer sur le sort des propriétaires, il serait préférable de voir en fonction de quels critères ils jugent que leur investissement n'est pas rentable. Est-ce que la hausse de leur profit justifie la baisse de la qualité de vie urbaine de Montréal? Car oui, jusqu'à preuve du contraire, il y a profit à investir dans l'immobilier.
 
 
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