Gagliano, bouc émissaire potentiel
L'ancien ministre des Travaux publics et ambassadeur déchu, Alfonso Gagliano, risque de servir de bouc émissaire dans le scandale des commandites, dont il n'est pas responsable, estime son avocat, Pierre Fournier.
Joint au Cambodge, Me Fournier, qui a la réputation d'être un redoutable plaideur, a indiqué au Devoir que certains acteurs impliqués dans cette affaire pourraient être tentés, à tort, de montrer du doigt M. Gagliano. Déjà considéré par l'opposition comme le cerveau de toute cette opération qui visait à accroître la visibilité du Canada et qui a permis d'enrichir des agences de publicité montréalaises, Alfonso Gagliano doit comparaître le 18 mars devant le comité des Comptes publics, qui mène son enquête sur le programme de commandites. Le rôle de M. Gagliano sera alors précisé.
«À la lumière de ce que je connais du dossier, [...] il me semble qu'il [M. Gagliano] devrait avoir très hâte de témoigner, mais cela n'empêche pas qu'il soit susceptible de servir de bouc émissaire, car les intérêts de tous les acteurs dans cette affaire ne sont pas nécessairement les mêmes et la tentation de lui imputer une responsabilité qu'il ne devrait pas porter sera sans doute très grande. Je ne sais pas comment éviter ce risque, et c'est donc un risque qu'il devra prendre», a affirmé Me Fournier.
Ce dernier, qui se méfie des dossiers jugés «faciles», croit que le public n'a aucune raison de s'indigner qu'il représente une cause impopulaire. «Son indignation est simplement le fruit de l'ignorance», a fait valoir Pierre Fournier. «Je n'ai jamais plaidé une cause sans être convaincu de la justesse de la position que j'avançais; ce sera le cas aussi avec M. Gagliano. J'ai assez d'expérience pour savoir que cette intime conviction n'est pas suffisante en soi pour gagner une cause, mais elle me permet au moins de faire mon travail sans perte de dignité», a-t-il ajouté.
Pierre Fournier a l'habitude des dossiers périlleux. Il représente les fondateurs de la maison de production Cinar, Micheline Charest et Ronald Weinberg, dans leur poursuite contre le fiduciaire Robert Després. Il s'occupe également de la cause de l'ancien p.-d.g. de la Société des alcools du Québec, Gaétan Frigon, qui réclame un million à l'agence d'investigation Sirco pour atteinte à sa réputation. Le détective privé avait été mis en contact avec les dirigeants du Parti libéral du Québec par l'entremise du président de Groupaction, Jean Brault.
Au début de sa carrière, à la fin des années 1960, Me Fournier a fait ce que l'on appelait communément du «bumper». Avant l'entrée en vigueur du régime d'indemnisation en assurance automobile sans égard à la responsabilité (no fault), les avocats poursuivaient les chauffards responsables d'accidents.
Aujourd'hui, l'étude de Me Fournier, où travaille sa fille Magali, aussi avocate, n'accepte que des mandats référés par des collègues. Me Fournier n'était donc pas le premier choix de M. Gagliano.
Selon des sources libérales, le cabinet Fraser Milner Casgrain travaillait depuis une dizaine de jours sur le dossier de M. Gagliano. C'est un libéral notoire, Me Philippe Casgrain, qui n'a pu être joint, qui coordonnait l'équipe. Mais devant l'ampleur de la controverse, «les associés ont paniqué» et ont laissé tomber l'ancien homme fort du Parti libéral du Canada l'avant-veille de sa comparution prévue à l'origine jeudi dernier, a-t-on raconté au Devoir.
Pierre Fournier a alors repris la délicate cause, mais son voyage pour le Cambodge ne pouvait être annulé, retardant de plus de deux semaines le témoignage attendu d'Alfonso Gagliano.
Comme l'a expliqué Me Claude Beaudoin, directrice de l'Association du Barreau canadien - section québécoise, Me Fournier participe depuis deux ans à un projet de reconstruction de l'école du Barreau au Cambodge. Il y fait gracieusement de l'enseignement alors que le pays souffre d'un manque d'avocats. Après le régime de Pol Pot, il ne restait aucun avocat. À l'heure actuelle, on en compte 300. «Il a été choisi compte tenu de son expérience. Vous savez, ce ne sont pas tous les avocats de son calibre qui acceptent de travailler bénévolement», a précisé Me Beaudoin.
Pierre Fournier ne laisse vraisemblablement pas indifférent. Tous les avocats contactés ont unanimement salué ses compétences. «C'est un avocat extrêmement soucieux des détails. Ses dossiers sont toujours très bien documentés. Le mot rigueur lui convient parfaitement. [...] Ça ne me surprend pas qu'il prenne ce dossier-là. Ce n'est pas quelqu'un qui se soucie que son rôle d'avocat soit très populaire. Chose certaine, ça prend de la colonne», a dit Me Claude Savoie.
L'ex-bâtonnier de la région de Québec, Me Denis Jacques, a souligné que l'indépendance de Me Fournier le sert bien dans les dossiers controversés. «C'est un homme intelligent et très intègre. Il est respecté dans le monde juridique. D'ailleurs, il reçoit beaucoup de mandats de collègues d'autres cabinets qui sont en conflit d'intérêts. C'est dire combien on reconnaît ses compétences», a déclaré Me Jacques.
Me Odette Lacroix, qui a croisé Me Fournier dans les instances décisionnelles du Barreau alors que celui-ci était bâtonnier de Montréal, abonde dans ce sens. «C'est un redoutable plaideur», a-t-elle soutenu.
Depuis son départ au Cambodge, Me Fournier n'a pas eu de discussion avec son client. Il soutient par ailleurs ne pas avoir le droit de dire s'il a été en contact avec l'ancien premier ministre Jean Chrétien et son successeur Paul Martin.
«M. Gagliano n'est accusé de rien, a-t-il rappelé. Les journaux ont prétendu qu'il était responsable d'abus qui ont été répertoriés par la vérificatrice générale. Ce sont les journaux qui ont avancé cette hypothèse, et non la vérificatrice générale.»
L'étau se resserre tout de même sur Alfonso Gagliano. Lundi dernier, devant le comité des Comptes publics, Ran Quail, l'ancien sous-ministre des Travaux publics de 1993 à 2001, a reconnu que M. Gagliano s'impliquait directement dans la gestion du programme de commandites.
Joint au Cambodge, Me Fournier, qui a la réputation d'être un redoutable plaideur, a indiqué au Devoir que certains acteurs impliqués dans cette affaire pourraient être tentés, à tort, de montrer du doigt M. Gagliano. Déjà considéré par l'opposition comme le cerveau de toute cette opération qui visait à accroître la visibilité du Canada et qui a permis d'enrichir des agences de publicité montréalaises, Alfonso Gagliano doit comparaître le 18 mars devant le comité des Comptes publics, qui mène son enquête sur le programme de commandites. Le rôle de M. Gagliano sera alors précisé.
«À la lumière de ce que je connais du dossier, [...] il me semble qu'il [M. Gagliano] devrait avoir très hâte de témoigner, mais cela n'empêche pas qu'il soit susceptible de servir de bouc émissaire, car les intérêts de tous les acteurs dans cette affaire ne sont pas nécessairement les mêmes et la tentation de lui imputer une responsabilité qu'il ne devrait pas porter sera sans doute très grande. Je ne sais pas comment éviter ce risque, et c'est donc un risque qu'il devra prendre», a affirmé Me Fournier.
Ce dernier, qui se méfie des dossiers jugés «faciles», croit que le public n'a aucune raison de s'indigner qu'il représente une cause impopulaire. «Son indignation est simplement le fruit de l'ignorance», a fait valoir Pierre Fournier. «Je n'ai jamais plaidé une cause sans être convaincu de la justesse de la position que j'avançais; ce sera le cas aussi avec M. Gagliano. J'ai assez d'expérience pour savoir que cette intime conviction n'est pas suffisante en soi pour gagner une cause, mais elle me permet au moins de faire mon travail sans perte de dignité», a-t-il ajouté.
Pierre Fournier a l'habitude des dossiers périlleux. Il représente les fondateurs de la maison de production Cinar, Micheline Charest et Ronald Weinberg, dans leur poursuite contre le fiduciaire Robert Després. Il s'occupe également de la cause de l'ancien p.-d.g. de la Société des alcools du Québec, Gaétan Frigon, qui réclame un million à l'agence d'investigation Sirco pour atteinte à sa réputation. Le détective privé avait été mis en contact avec les dirigeants du Parti libéral du Québec par l'entremise du président de Groupaction, Jean Brault.
Au début de sa carrière, à la fin des années 1960, Me Fournier a fait ce que l'on appelait communément du «bumper». Avant l'entrée en vigueur du régime d'indemnisation en assurance automobile sans égard à la responsabilité (no fault), les avocats poursuivaient les chauffards responsables d'accidents.
Aujourd'hui, l'étude de Me Fournier, où travaille sa fille Magali, aussi avocate, n'accepte que des mandats référés par des collègues. Me Fournier n'était donc pas le premier choix de M. Gagliano.
Selon des sources libérales, le cabinet Fraser Milner Casgrain travaillait depuis une dizaine de jours sur le dossier de M. Gagliano. C'est un libéral notoire, Me Philippe Casgrain, qui n'a pu être joint, qui coordonnait l'équipe. Mais devant l'ampleur de la controverse, «les associés ont paniqué» et ont laissé tomber l'ancien homme fort du Parti libéral du Canada l'avant-veille de sa comparution prévue à l'origine jeudi dernier, a-t-on raconté au Devoir.
Pierre Fournier a alors repris la délicate cause, mais son voyage pour le Cambodge ne pouvait être annulé, retardant de plus de deux semaines le témoignage attendu d'Alfonso Gagliano.
Comme l'a expliqué Me Claude Beaudoin, directrice de l'Association du Barreau canadien - section québécoise, Me Fournier participe depuis deux ans à un projet de reconstruction de l'école du Barreau au Cambodge. Il y fait gracieusement de l'enseignement alors que le pays souffre d'un manque d'avocats. Après le régime de Pol Pot, il ne restait aucun avocat. À l'heure actuelle, on en compte 300. «Il a été choisi compte tenu de son expérience. Vous savez, ce ne sont pas tous les avocats de son calibre qui acceptent de travailler bénévolement», a précisé Me Beaudoin.
Pierre Fournier ne laisse vraisemblablement pas indifférent. Tous les avocats contactés ont unanimement salué ses compétences. «C'est un avocat extrêmement soucieux des détails. Ses dossiers sont toujours très bien documentés. Le mot rigueur lui convient parfaitement. [...] Ça ne me surprend pas qu'il prenne ce dossier-là. Ce n'est pas quelqu'un qui se soucie que son rôle d'avocat soit très populaire. Chose certaine, ça prend de la colonne», a dit Me Claude Savoie.
L'ex-bâtonnier de la région de Québec, Me Denis Jacques, a souligné que l'indépendance de Me Fournier le sert bien dans les dossiers controversés. «C'est un homme intelligent et très intègre. Il est respecté dans le monde juridique. D'ailleurs, il reçoit beaucoup de mandats de collègues d'autres cabinets qui sont en conflit d'intérêts. C'est dire combien on reconnaît ses compétences», a déclaré Me Jacques.
Me Odette Lacroix, qui a croisé Me Fournier dans les instances décisionnelles du Barreau alors que celui-ci était bâtonnier de Montréal, abonde dans ce sens. «C'est un redoutable plaideur», a-t-elle soutenu.
Depuis son départ au Cambodge, Me Fournier n'a pas eu de discussion avec son client. Il soutient par ailleurs ne pas avoir le droit de dire s'il a été en contact avec l'ancien premier ministre Jean Chrétien et son successeur Paul Martin.
«M. Gagliano n'est accusé de rien, a-t-il rappelé. Les journaux ont prétendu qu'il était responsable d'abus qui ont été répertoriés par la vérificatrice générale. Ce sont les journaux qui ont avancé cette hypothèse, et non la vérificatrice générale.»
L'étau se resserre tout de même sur Alfonso Gagliano. Lundi dernier, devant le comité des Comptes publics, Ran Quail, l'ancien sous-ministre des Travaux publics de 1993 à 2001, a reconnu que M. Gagliano s'impliquait directement dans la gestion du programme de commandites.
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