La vraie nature des Invasions
Léon Courville - Économiste
4 mars 2004
Pendant une grosse partie de sa vie utile, le film Les Invasions barbares nous a conviés à un suspense planétaire en attente de prouesses nouvelles dans une escalade que la consécration ultime de l'Oscar vient de suspendre.
Il est donc temps de revenir sur le contenu de ce film, totalement évacué du discours public et occulté par cette kyrielle de mentions et de prix prestigieux, qu'on a chéri à tout vent, stimulant la fierté unanime un peu à la manière de notre Maurice Richard d'autrefois.
Pourtant, en sillonnant le monde occidental qui fait de ses vedettes des jet-setters modernes, le film a nourri nos ambitions de reconnaissance grâce à la mondialisation qui fait de l'art une marchandise achetée et vendue comme du grain ou des avions, cette mondialisation qu'on décrit pour toutes sortes de raisons et à propos de tout et de rien parce qu'elle s'inscrit dans un sillon étroit de complot... Et le film Les Invasions barbares n'est pas sans surfer sur cette vague tout en la renforçant de ses propos réactionnaires et insidieux, projetant à la face du monde l'image d'un Québec corrompu, d'une société sans pitié et méprisante de la dignité humaine.
Le film englobe plusieurs thèmes mais il est grossièrement antisyndical, peignant nos leaders syndicaux comme des gens corrompus et soumis aux pressions de préoccupations égoïstes, centrées sur leur propre bien-être et que juste un peu de fric saura d'ailleurs faire basculer.
Il est aussi réactionnaire par sa critique impitoyable de notre système de santé gratuit et universel. Les conditions d'hospitalisation sont décrites au point de soulever l'horreur et l'effroi; on a peine à croire qu'un jour ce sera notre tour. Il nous amène sans détour à rejeter ce que le patient principal se résigne pourtant à accepter puisqu'il en a fait la promotion toute sa vie.
Il ridiculise les intellectuels qui ont traversé toutes les modes en sautillant d'un mode de pensée à l'autre mais qui ont consacré leur vie à penser et à enseigner. Il est en effet bien barbare de rabaisser nos penseurs. Et que dire du tableau de ce monde de drogues qui circulent à peine cachées? Veut-on faire croire au monde qu'on peut se droguer facilement au Québec?
Certes, l'humanisme dont on enveloppe le mourant par les témoignages des amis, collègues et parents est une valeur touchante. Mais là encore, le film nous l'amène par le fric qui achète tout, y compris les anciens contacts qu'on récupère grâce à ce fils expatrié et sans culture. Dans la plus pure tradition néolibérale, le film nous fait accepter cette tendresse comme le résultat de la générosité d'un individu qui poursuit une brillante carrière dans le monde des affaires. Imaginez le capitalisme par le truchement d'un représentant encore imberbe qui vole au secours de ce socialiste impénitent afin de lui procurer une douce transition vers une paix éternelle à laquelle il ne croit pas. Quelle perfidie!
Donc, par son rayonnement et son propos, le film Les Invasions barbares est un instrument de mondialisation, antisyndical et néolibéral. Il convient alors de se demander pourquoi ce film pourtant si envahissant a par ailleurs été si embusquant pour bon nombre de personnes si vigilantes à dénoncer ces outrages outrecuidants. Où sont nos columnists, éditorialistes et animateurs habituellement si prompts et alertes à démasquer les supercheries mondialisantes et néolibérales? On a récemment invité Gérald Larose à commenter le film La Passion de Mel Gibson; d'après moi, l'animateur en question devrait aussi lui faire commenter nos Invasions. Qu'est-ce qui a occulté le sens critique pourtant si créateur et si porteur qui a contribué à faire du Québec une société tranquille et prospère?
Il est donc temps de revenir sur le contenu de ce film, totalement évacué du discours public et occulté par cette kyrielle de mentions et de prix prestigieux, qu'on a chéri à tout vent, stimulant la fierté unanime un peu à la manière de notre Maurice Richard d'autrefois.
Pourtant, en sillonnant le monde occidental qui fait de ses vedettes des jet-setters modernes, le film a nourri nos ambitions de reconnaissance grâce à la mondialisation qui fait de l'art une marchandise achetée et vendue comme du grain ou des avions, cette mondialisation qu'on décrit pour toutes sortes de raisons et à propos de tout et de rien parce qu'elle s'inscrit dans un sillon étroit de complot... Et le film Les Invasions barbares n'est pas sans surfer sur cette vague tout en la renforçant de ses propos réactionnaires et insidieux, projetant à la face du monde l'image d'un Québec corrompu, d'une société sans pitié et méprisante de la dignité humaine.
Le film englobe plusieurs thèmes mais il est grossièrement antisyndical, peignant nos leaders syndicaux comme des gens corrompus et soumis aux pressions de préoccupations égoïstes, centrées sur leur propre bien-être et que juste un peu de fric saura d'ailleurs faire basculer.
Il est aussi réactionnaire par sa critique impitoyable de notre système de santé gratuit et universel. Les conditions d'hospitalisation sont décrites au point de soulever l'horreur et l'effroi; on a peine à croire qu'un jour ce sera notre tour. Il nous amène sans détour à rejeter ce que le patient principal se résigne pourtant à accepter puisqu'il en a fait la promotion toute sa vie.
Il ridiculise les intellectuels qui ont traversé toutes les modes en sautillant d'un mode de pensée à l'autre mais qui ont consacré leur vie à penser et à enseigner. Il est en effet bien barbare de rabaisser nos penseurs. Et que dire du tableau de ce monde de drogues qui circulent à peine cachées? Veut-on faire croire au monde qu'on peut se droguer facilement au Québec?
Certes, l'humanisme dont on enveloppe le mourant par les témoignages des amis, collègues et parents est une valeur touchante. Mais là encore, le film nous l'amène par le fric qui achète tout, y compris les anciens contacts qu'on récupère grâce à ce fils expatrié et sans culture. Dans la plus pure tradition néolibérale, le film nous fait accepter cette tendresse comme le résultat de la générosité d'un individu qui poursuit une brillante carrière dans le monde des affaires. Imaginez le capitalisme par le truchement d'un représentant encore imberbe qui vole au secours de ce socialiste impénitent afin de lui procurer une douce transition vers une paix éternelle à laquelle il ne croit pas. Quelle perfidie!
Donc, par son rayonnement et son propos, le film Les Invasions barbares est un instrument de mondialisation, antisyndical et néolibéral. Il convient alors de se demander pourquoi ce film pourtant si envahissant a par ailleurs été si embusquant pour bon nombre de personnes si vigilantes à dénoncer ces outrages outrecuidants. Où sont nos columnists, éditorialistes et animateurs habituellement si prompts et alertes à démasquer les supercheries mondialisantes et néolibérales? On a récemment invité Gérald Larose à commenter le film La Passion de Mel Gibson; d'après moi, l'animateur en question devrait aussi lui faire commenter nos Invasions. Qu'est-ce qui a occulté le sens critique pourtant si créateur et si porteur qui a contribué à faire du Québec une société tranquille et prospère?
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