Les raisons d’un échec
Bernard Descôteaux
29 février 2004 22h02
Il y a cinq ans, les citoyens de Chandler entamaient une bataille pour empêcher la fermeture de l’usine Gaspésia. À la force du poignet, ils ont obtenu que soit mis sur pied un projet de relance qui, après avoir englouti 300 millions, vient d’échouer. Pour les partenaires financiers de ce projet, les pertes sont importantes. Pour les Gaspésiens, c’est surtout la perte d’un espoir.
Papiers Gaspésia était pour la péninsule gaspésienne plus qu’une simple affaire d’emplois à préserver. Sa réalisation aurait fait la preuve que cette région n’était pas condamnée à vivre d’un tourisme saisonnier et de centres d’appels téléphoniques. Qu’il y a pour la Gaspésie un avenir autre que celui qui a été réservé à Murdochville.
Faut-il regretter d’avoir appuyé ce projet? Aurait-il fallu regarder davantage les faits et la réalité du marché et faire fi du sentiment de solidarité qui a inspiré l’action du gouvernement québécois et du Fonds de solidarité? Aujourd’hui, il sera facile de répondre oui à ces questions, mais, au moment où la décision fut prise, il était difficile de rester sourd aux appels des Gaspésiens. C’est d’ailleurs pour cette même raison que le premier ministre Charest soulignait la semaine dernière que tout espoir n’était pas encore perdu.
Sauver la Gaspésia demeure possible, du moins en théorie. Des «repreneurs» viennent déjà aux informations. L’un d’entre eux osera-t-il s’engager avant que la liquidation des actifs ne soit entreprise le 8 avril? S’il y en a un, il ne sera pas animé par un sentiment de solidarité, mais uniquement par un intérêt économique. Or, les risques associés à ce projet demeurent: une technologie nouvelle de production de papier glacé, un marché du papier difficile, des coûts de rénovation de l’usine qui demeurent très élevés. Ce repreneur, s’il ne l’est pas lui-même, devra s’associer à un «opérateur».
Probablement cherchera-t-il à obtenir un appui financier du gouvernement. Le niveau de difficultés d’une deuxième opération de relance demeure très élevé. Une chose que voudra savoir cet éventuel repreneur sera les raisons précises qui ont conduit à la situation actuelle. Il ne sera pas le seul à vouloir comprendre. Les Gaspésiens, les actionnaires du Fonds de solidarité, les contribuables le voudront aussi. Des sommes trop importantes ont été englouties dans ce projet pour que l’on refuse d’expliquer. Précipitation, mauvaise planification, manque de productivité, toutes ces raisons ont été avancées. Reste à faire une analyse complète de l’échec, moins pour chercher des coupables que pour rétablir la confiance. Le Québec ne dispose pas d’assez de ressources pour se permettre de les gaspiller.
bdescoteaux@ledevoir.ca
Papiers Gaspésia était pour la péninsule gaspésienne plus qu’une simple affaire d’emplois à préserver. Sa réalisation aurait fait la preuve que cette région n’était pas condamnée à vivre d’un tourisme saisonnier et de centres d’appels téléphoniques. Qu’il y a pour la Gaspésie un avenir autre que celui qui a été réservé à Murdochville.
Faut-il regretter d’avoir appuyé ce projet? Aurait-il fallu regarder davantage les faits et la réalité du marché et faire fi du sentiment de solidarité qui a inspiré l’action du gouvernement québécois et du Fonds de solidarité? Aujourd’hui, il sera facile de répondre oui à ces questions, mais, au moment où la décision fut prise, il était difficile de rester sourd aux appels des Gaspésiens. C’est d’ailleurs pour cette même raison que le premier ministre Charest soulignait la semaine dernière que tout espoir n’était pas encore perdu.
Sauver la Gaspésia demeure possible, du moins en théorie. Des «repreneurs» viennent déjà aux informations. L’un d’entre eux osera-t-il s’engager avant que la liquidation des actifs ne soit entreprise le 8 avril? S’il y en a un, il ne sera pas animé par un sentiment de solidarité, mais uniquement par un intérêt économique. Or, les risques associés à ce projet demeurent: une technologie nouvelle de production de papier glacé, un marché du papier difficile, des coûts de rénovation de l’usine qui demeurent très élevés. Ce repreneur, s’il ne l’est pas lui-même, devra s’associer à un «opérateur».
Probablement cherchera-t-il à obtenir un appui financier du gouvernement. Le niveau de difficultés d’une deuxième opération de relance demeure très élevé. Une chose que voudra savoir cet éventuel repreneur sera les raisons précises qui ont conduit à la situation actuelle. Il ne sera pas le seul à vouloir comprendre. Les Gaspésiens, les actionnaires du Fonds de solidarité, les contribuables le voudront aussi. Des sommes trop importantes ont été englouties dans ce projet pour que l’on refuse d’expliquer. Précipitation, mauvaise planification, manque de productivité, toutes ces raisons ont été avancées. Reste à faire une analyse complète de l’échec, moins pour chercher des coupables que pour rétablir la confiance. Le Québec ne dispose pas d’assez de ressources pour se permettre de les gaspiller.
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