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    États-Unis

    Où sont les femmes?

    La misogynie et plus encore pour expliquer la défaite de la candidate démocrate

    Les élus de la Chambre des représentants américaine récitent le serment d’allégeance avant de commencer leur dernier jour de travail à Jackson, au Mississippi, en avril dernier.
    Photo: Rogelio V. Solis Associated Press Les élus de la Chambre des représentants américaine récitent le serment d’allégeance avant de commencer leur dernier jour de travail à Jackson, au Mississippi, en avril dernier.

    Hillary Clinton ne sera pas la première femme présidente des États-Unis. Mais pour le reste, le niveau monte ou baisse ? Et pourquoi ?


    Un beau cadeau pour fêter ça ? Le lendemain de l’élection présidentielle, l’artiste américain patriotique Jon McNaughton a annoncé sur Twitter qu’il venait de vendre sa toile The Forgotten Man à l’animateur du réseau conservateur Fox News Sean Hannity, qui lui-même souhaiterait l’offrir au président désigné.

     

    L’oeuvre, d’un style patriotique assumé, montre les prédécesseurs de M. Trump (Washington, Lincoln, Reagan, Obama…) assemblés entre la Maison-Blanche et un banc de parc où se repose un électeur moyen affligé. « Certains présidents essaient de consoler l’homme déprimé, explique le peintre sur son site personnel. Ils semblent regarder dans la direction des présidents modernes avec l’air de leur dire : mais qu’avez-vous fait ? »

     

    Admettons. On peut en tirer un autre constat imparable : avec la défaite d’Hillary Clinton, le bel aréopage reste indécrotablement masculin.

     

    Vingt-deux pays du monde sont dirigés par des femmes élues en ce moment. Environ soixante-dix l’ont déjà été depuis le milieu du siècle dernier, dont le Canada avec la première ministre Kim Campbell pendant 4 mois et 10 jours, en 1993.

     

    Le plus puissant pays du monde demeure en rade. L’analyse de l’élection présidentielle pointe vers plusieurs causes pour expliquer le résultat, du ressentiment contre les élites (auxquelles appartient Mme Clinton) jusqu’à la démagogie inégalée de son adversaire.

     

    Le genre d’Hillary Clinton a-t-il compté ? « La misogynie existe et se porte bien aux États-Unis, et elle a probablement aidé à faire élire Trump », résume une synthèse de Vox.com sur le sujet paru cette semaine.

     

    Andréanne Bissonnette, coordonnatrice de l’observatoire des États-Unis de l’UQAM, ne nie pas cette discrimination structurelle. « Le sexisme latent de l’électorat n’explique pas totalement le manque de représentation de femmes en politique, dit-elle en passant aux nuances analytiques. Mme Clinton mettait en avant un programme idéologique particulier qui ne plaisait pas aux électrices républicaines. Ce n’est pas parce qu’une femme se présente en politique que toutes les femmes vont voter pour elle uniquement sur la base de son sexe. Cela dit, Mme Clinton a remporté le vote populaire par des marges historiques. Ce n’est donc pas globalement parce que les Américains ne sont pas prêts à voir des femmes aux plus hautes marches du pouvoir. »

     

    Les chambres des dames

     

    Il n’y a pas que le sommet, évidemment. Pour se faire une idée plus englobante, il faut considérer tous les postes législatifs des cinquante États et du gouvernement fédéral.

     

    Au Sénat, depuis le 8 novembre, on retrouve 21 femmes sur 100 sièges, avec toutefois cette nuance que peu de femmes en compétition contre des hommes l’ont emporté.

     

    À la Chambre des représentants, une dizaine de gains contre des candidats masculins font que 87 des 435 sièges appartiennent à des femmes.

     

    Dans les législatures des 50 États se retrouvaient1805 femmes avant les élections, soit l’équivalent du quart des postes (24,4 %). Cette proportion n’a pas bougé depuis 2009. La proportion avait traversé le seuil des 20 % en 1992.

     

    « En 25 ans, nous ne sommes pas encore passés du cinquième des sièges au quart », commente Katie Fisher Ziegler, directrice des programmes du Réseau des femmes élues de la Conférence nationale de législatures des États (NCSL). « La progression a été très lente au cours des deux dernières décennies et beaucoup de gens souhaiteraient que le rythme s’accélère, comme il a déjà gonflé rapidement dans les années 1970 et 1980. »

     

    Son organisation non partisane travaille pour favoriser la participation active des femmes en politique. La directrice rappelle l’évidence : la parité souhaitée dans ce domaine comme dans certains autres (religions, origines, etc.) refléterait la composition de l’électorat.

     

    « Beaucoup de recherches ont aussi montré que les femmes travaillent différemment, note-t-elle. En général, elles négocient différemment avec les problèmes et les gens, elles écoutent plus leurs collaborateurs et elles cherchent davantage le consensus. »

     

    Elle ajoute que les problèmes politiques comme tels semblaient plus « genrés » il y a quelques décennies. Oui, les femmes se souciaient davantage des mesures pour la famille ou les enfants, par exemple. « Mais il semble plus difficile de tirer des lignes claires de démarcation, poursuit Mme Fisher Ziegler. Les élues que je rencontre sont aussi attirées en politique par toutes les questions, de l’énergie à l’urbanisme. La sphère politique américaine est tellement polarisée qu’il devient difficile de séparer les candidats sur la seule base de leur genre. »

     

    Le Parti démocrate est le plus féminisé, avec plus de 1000 femmes (1070 précisément) dans la cinquantaine de législatures au dernier décompte. Le Parti républicain en compte 710.

     

    L’état des États

     

    Il faut aussi nuancer en considérant les disparités régionales de ce pays-continent. Six États ont moins de 15 % de femmes élues au Sénat, à l’assemblée législative ou comme gouverneure. Les places du bas, avec seulement 13 % d’élues, appartiennent au Wisconsin et au Missouri. Les États les plus paritaires sont l’Arizona (35,6 %), le petit Vermont voisin (41 %), puis le Colorado, qui trône tout en haut (42 %). Une candidate transgenre s’y présentait même aux dernières élections pour le Congrès.

     

    C’est là que vit et travaille Katie Fisher Ziegler, à Denver précisément. « Nous avons beaucoup de femmes élues, mais le Colorado n’a toujours pas désigné une gouverneure ou une sénatrice. C’est un peu paradoxal. Je crois toutefois que la forte représentation féminine dans l’État encourage les femmes à encourager d’autres femmes à se présenter. »

     

    Une des clés semble se trouver là. D’évidence, il faut devenir candidate pour être élue et les femmes hésitent encore à faire le saut, même si elles occupent de plus en plus de place de pouvoir dans la société.

     

    « La décision de se présenter n’est pas encore assez prise, dit Mme Ziegler. Les recherches montrent que les hommes et les femmes approchent cette possibilité différemment. Les hommes y vont d’eux-mêmes parce qu’ils croient en eux. Les femmes ont besoin de se faire encourager par les partis ou une mentor. »

     

    Un échec, et puis après

     

    Le traitement réservé à celles qui plongent n’aide évidemment pas. Quand une femme s’engage publiquement, ici comme ailleurs, elle s’expose à un déluge de critiques sexistes, amplifiées maintenant par les réseaux sociaux.

     

    Andréanne Bissonnette rappelle que, cette année, les deux tiers des luttes au Sénat (19 sur 32) opposaient des candidats masculins. « Les enjeux vers les postes électifs sont plus grands pour les femmes, dit-elle. On voit l’ambition comme une qualité masculine. On reproche parfois même leurs ambitions aux candidates. Dans les États plus conservateurs, où domine une vision plus conservatrice des rôles sexués, ça peut être plus difficile pour une femme de faire sa place dans l’arène politique. »

     

    L’observatrice américaine ne sait pas si l’échec de la première présidentiable aura un impact positif ou négatif sur la suite des choses. Certaines pourraient hésiter encore plus à se mouiller en politique ; d’autres pourraient au contraire miser sur ce précédent pour faire l’histoire à leur tour. Mme Clinton elle-même a évoqué cette possibilité dans son discours de concession.

     

    « Elle a échoué, mais ce n’est pas un échec du symbole, dit pour sa part l’observatrice Bissonnette. Le plafond de verre n’a pas éclaté, mais sa candidature ouvre la voie à d’autres candidatures. Son poids symbolique aura un impact. Le discours de concession qu’elle a prononcé mettait l’accent sur l’importance des femmes en politique et sur le fait qu’on pourrait voir une femme présidente plus rapidement qu’on ne le pense. Elle a perdu la présidence, mais elle a accompli quelque chose qui va rester dans l’imaginaire collectif. »

     

    Ce texte fait partie de notre section Perspectives.
    Les élus de la Chambre des représentants américaine récitent le serment d’allégeance avant de commencer leur dernier jour de travail à Jackson, au Mississippi, en avril dernier. Les nouveaux membres démocrates et républicains du Congrès descendent les marches de la Chambre des représentants après avoir posé pour une photo de groupe, le 15 novembre dernier.












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