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«Peur d'une nouvelle attaque? À quoi ça sert?»

Marion Piekarec   5 juillet 2002 
Les Américains bravent la «menace terroriste» et célèbrent le 4 juillet
Photo : Agence Reuters
Les Américains bravent la «menace terroriste» et célèbrent le 4 juillet
New York — «Amusez-vous et laissez l'inquiétude aux autorités», avait demandé le maire de New York à la population new-yorkaise. Celle-ci a bien obéi. «Peur d'une nouvelle attaque terroriste? À quoi ça sert?», demandait Mark. «On ne peut pas vivre dans la peur. Si on arrête de vivre, les terroristes auront gagné», disait Elisa, un refrain souvent entendu. Comme la jeune fille, qui avait bien l'intention d'aller admirer les feux d'artifice au bord de l'East River, 95 % des Américains et 92 % des New-Yorkais affirmaient ne pas avoir l'intention d'annuler leur programme du 4 juillet. Et ce, malgré leurs propres craintes: 45 % des Américains estimaient que de nouvelles attaques étaient probables en cette longue fin de semaine et malgré les avertissements du département d'État américain. Le niveau de l'alerte: jaune, c'est-à-dire élevé. Pas plus, car les renseignements recueillis par le FBI étaient bien trop imprécis. «Aucune menace crédible ou spécifique», rien sur la nature de la cible, les moyens employés ou la date choisie, ont reconnu les autorités fédérales. Il s'agissait surtout de mettre tout le monde sur un pied d'alerte.

Et à New York, c'était particulièrement visible: 4000 policiers, dont 1600 en civil, étaient déployés. 2000 soldats de la Garde nationale surveillaient les ponts, tunnels et autres points stratégiques. L'espace aérien au-dessus de Manhattan a été fermé de 15h à minuit, laissant le ciel ouvert aux seuls avions militaires de surveillance.

Également déployés: des escouades de chiens dressés à détecter les matières explosives ainsi que des policiers équipés de détecteurs de matières radioactives et de combinaisons spéciales en cas d'attaques bioterroristes.

Ces mesures signifiaient aussi autre chose: la fête ne serait pas pour tout le monde. Selon Ghazi Khankan, directeur du Council on American-Islamic Relations à New York, les Arabo-Américains envisageaient en effet d'éviter les événements publics de peur de se faire arrêter par des policiers trop zélés.

En ce 4 juillet, les rues de New York étaient désertes, beaucoup de ses habitants ayant profité de la fin de semaine de quatre jours pour fuir la canicule et retrouver la fraîcheur de leur résidence secondaire au Massachusetts ou au New Hampshire. Seuls restaient les touristes, amassés aux endroits les plus touristiques: Times Square, Empire State Building, Battery Park (où se déroulait un concert de Winton Marsalis et du Lincoln Center Jazz Orchestra) et, bien sûr, Ground Zero, devenu une destination de choix.

Peu avant 15h hier, on a appris qu'un tireur fou avait tiré sur la foule à l'aéroport de Los Angeles. Bilan: trois morts, dont le tireur. «Un incident isolé», selon le département d'État américain.

Quelques minutes plus tard, un petit avion s'est écrasé sur une foule dans une petite ville près de Los Angeles. Un accident somme toute anodin mais qui donne froid dans le dos après ce qui s'est passé le 11 septembre dernier et compte tenu de l'avis de certains experts qui estiment que des attaques suicide par avion restent très possibles aux États-Unis, plusieurs incidents récents l'ayant démontré.

Cette année, les célébrations du 4 juillet avaient une saveur douceur-amère: l'amertume des souvenirs du 11 septembre et la douceur de l'amour du pays. «Le 11 septembre a été horrible, explique Alisa, mais en même temps, cela nous a unis et nous a permis de nous rendre compte à quel point nous pouvons être fiers d'être nés dans ce pays et devons nous battre pour les valeurs sur lesquelles il a été bâti.»

«Lorsqu'on vit aux États-Unis, on tient souvent toutes nos libertés pour acquises», disait également l'auteur des Cendres d'Angela, Frank McCourt. «Après les attaques, nous avons soudain réalisé ce que nous possédions et, comme jamais auparavant, nous avons pensé à ce qu'être Américain signifie.» Cette ferveur patriotique, on a pu la mesurer à la vente de drapeaux américains depuis le 11 septembre: elle a presque triplé dans certains cas. Des entreprises ont même décidé d'exploiter cette «faim» de patriotisme en donnant aux gens «à manger du drapeau»: des tortillas rouge blanc bleu au glaçage à gâteau Pillsbury en passant par la crème glacée Red White & Blue Swirl.

Le président George Bush a su faire vibrer cette corde nationaliste. Avant d'assister, en soirée, au traditionnel feu d'artifice de sa terrasse à la Maison-Blanche, il est allé à Ripley, un minuscule village de la Virginie occidentale, pour rendre hommage à l'«unité» de ses compatriotes. «Plus que jamais dans l'existence de la plupart des Américains, le drapeau est hissé devant un pays unifié», a-t-il dit.

Il a exhorté les citoyens américains à célébrer: «L'anniversaire de l'indépendance des États-Unis est une journée de gratitude et de célébrations», a-t-il dit. Il a également insisté sur les sacrifices des vétérans et des militaires et a offert un «cadeau du jour de l'Indépendance» à 15 000 immigrants servant dans l'armée américaine: l'admissibilité immédiate à la citoyenneté.

À Washington, le feu d'artifice devait attirer

500 000 personnes au National Mall où Aretha Franklin, Chuck Berry et Aaron Carter devaient se produire. Toute la journée, les spectateurs ont afflué, arrêtés par un double système de barrières puis passés au peigne fin et mis en garde par les équipes médicales contre les risques de coup de chaleur. On prévoyait

35 °C à Washington et 40 °C à New York. Après la tombée de la nuit à New York, les feux d'artifice, intitulés cette année A Time for Heroes pour rendre hommage aux disparus du 11 septembre, ont illuminé le ciel de Manhattan au son de l'hymne national.

Correspondante du Devoir






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