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    Libre opinion: Jean Rouch : l'ONF a perdu un grand ami

    26 février 2004 |Jacques Bensimon - Commissaire à la cinématographie et président de l'Office national du film
    C'est à l'Office national du film (ONF) que Jean Rouch fit la connaissance de Michel Brault et il fut très impressionné par les prouesses techniques et l'esprit d'invention de l'équipe. En juin 1963, il déclara, dans un entretien avec Louis Marcorelles et Éric Rohmer paru dans les Cahiers du cinéma (no 144): «Il faut le dire, tout ce que nous avons fait en France dans le domaine du cinéma-vérité vient de l'ONF (Canada). C'est Brault qui a apporté une technique nouvelle de tournage que nous ne connaissions pas et que nous copions tous depuis. D'ailleurs, vraiment, on a la "brauchite", ça, c'est sûr; même les gens qui considèrent que Brault est un emmerdeur ou qui étaient jaloux sont forcés de le reconnaître.»

    C'est du reste à Michel Brault que Jean Rouch demandera d'expérimenter la caméra nouvelle Coutant KMT sur son film Chronique d'un été (1961). Les Raquetteurs, de Michel Brault et Gilles Groulx, ainsi que Les Bûcherons de la Manouane, d'Arthur Lamothe, ont trouvé en Rouch un de leurs plus ardents défenseurs. Arthur Lamothe se souvient de sa première rencontre, un midi à l'ONF, alors que son film venait d'être achevé: «Pierre Juneau me l'a présenté et Rouch ne tarissait pas d'éloges sur mon film, c'était la première fois que quelqu'un me parlait aussi positivement des Bûcherons de la Manouane. Il a toujours été pour moi un jalon sur lequel on s'appuie pour penser. Il était avec moi lors de la rétrospective que la Cinémathèque française a organisée autour de mes films.»

    Les relations entre Jean Rouch et ces cinéastes n'ont jamais cessé et il a toujours gardé un contact très étroit avec le cinéma d'ici. Avec Rouch, nous perdons l'un des grands pionniers du documentaire. Bien avant que les mots «mondialisation» ou «diversité culturelle» ne soient à la mode ou galvaudés, Rouch, avec la complicité entre autres de l'ONF et de ses créateurs, avait ouvert la porte de l'Afrique postcoloniale, pratiquant un cinéma ethnographique qui savait saisir l'homme dans sa dimension humaine et où la palabre et l'humour n'étaient pas des moindres qualités.

    L'apport de Jean Rouch au cinéma va au-delà du cinéma-vérité. Il avait une grande admiration pour Robert Flaherty, en qui il respectait la notion de participation; la liberté qu'il a prise pour amener le cinéma direct là où il est actuellement a permis non seulement le développement de techniques légères de tournage mais aussi une approche, une intimité avec le sujet filmé, dont on mesure l'importance encore aujourd'hui.

    À l'ONF, il réalisera Rose et Landry, un court métrage en collaboration avec Jacques Godbout (1963), et Marie-France et Véronique, un épisode de La Fleur de l'âge (coréalisé en 1965 par Hiroshi Teshigahara, Michel Brault et Gian Vittorio Baldi). Peter Wintonick lui donne longuement la parole dans son film Cinéma vérité: le moment décisif, produit à l'ONF en 1999.

    Après 120 films, le défricheur qu'il est resté depuis ses débuts, le défenseur du cinéma comme outil de connaissance ethnographique qu'il était et le grand humanisme qu'il a toujours su témoigner nous manqueront.

    «Ses films visent à amener le spectateur à se poser des questions et non à lui donner à l'avance des réponses», comme le souligne Gilles Marsolais (L'Aventure du cinéma direct revisitée).

    Nous retenons cette leçon pour nous et la nouvelle génération de cinéastes que nous aidons à former ou avec qui nous travaillons au Canada et dans le monde.












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