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592 000 nouveaux emplois au Québec d'ici 2005

Valérie Dufour   5 juillet 2002 
Le marché du travail brillera de tous ses feux au cours des trois prochaines années dans la province. D'ici 2005, le gouvernement québécois prévoit l'ouverture de 592 000 postes dans une foule de secteurs de l'économie.

«Il y a de l'espoir pour à peu près toute personne qui souhaite entrer sur le marché du travail», a résumé la ministre déléguée à l'Emploi, Agnès Maltais. La ministre présentait aux médias hier matin les faits saillants de la publication Le marché du travail au Québec - Perspectives professionnelles 2001-2005.

Cette poussée de la demande de main-d'oeuvre s'explique en bonne partie par les départs des baby-boomers à la retraite. Ainsi, 57 % des nouveaux postes (soit 338 000) à combler seront directement imputables au roulement de personnel. Le reste découlera de la croissance économique.

«Ces chiffres me semblent très réalistes et correspondent à nos prévisions à moyen terme», indique Hélène Bégin, économiste au Mouvement Desjardins. «La croissance de la population de 65 ans et plus est plus rapide que celle des 20 à 64 ans. On parle de 2 % contre 1 %. Dans ce contexte, les départs à la retraite vont provoquer d'énormes besoins.»

Le document rendu public par la ministre prévoit des demandes pressantes dans les secteurs des sciences appliquées, de la santé, des sciences sociales, de l'enseignement, de l'administration publique, des communications et du multimédia. Bonnes nouvelles donc pour les jeunes et pour les chercheurs d'emploi.

«Ce qui est intéressant, c'est que le marché de l'emploi va rester vigoureux même s'il y a un ralentissement économique», souligne François Cartier, éditeur chez Jobboom, qui tire chaque année une cinquantaine de publications reliées à l'emploi. «La demande est de plus en plus forte, et ce dans tous les secteurs d'activité.»

Mais il ne faudrait pas penser que le tout se fera sans effort. «Oui, nous avons la main-d'oeuvre en quantité pour occuper les nouveaux postes, mais est-ce que cette main-d'oeuvre aura les qualités nécessaires? Voilà le défi», souligne Agnès Maltais. En effet, 60 % des emplois qui seront offerts exigeront une formation professionnelle et technique acquise au secondaire ou au niveau collégial.

«Ce n'est pas nouveau, mais c'est encore plus vrai qu'il y a dix ou quinze ans, reprend François Cartier. Il y a une érosion des emplois qui ne nécessitent pas de formation spécifique, notamment à cause des nouvelles technologies de production. Prenons l'industrie du meuble, par exemple. Il y a 20 ans, une personne pouvait entrer dans une entreprise, apprendre sur le tas et espérer travailler toute sa vie au même endroit. Aujourd'hui, on demande au moins un DEP [diplôme d'études professionnelles] car, en plus du travail manuel, l'employé est assisté par des appareils automatisés et il doit savoir comment les faire fonctionner.»

Pour combler l'énorme demande, il faudra redoubler d'efforts, avertit le président de la Fédération des cégeps, Gaëtan Boucher. «Il y a eu une hausse des demandes, mais il ne faut pas oublier que les techniques policières et les techniques infirmières gonflent un peu les chiffres. Il reste bien des places à combler dans les secteurs où on enregistre les plus fortes demandes de personnel.»

Collèges et établissements secondaires comptent ainsi des secteurs de formation professionnelle et technique où le taux de placement de leurs finissants est de 100 % mais où le nombre d'étudiants est toujours insuffisant. Tel est le cas en logistique du transport, en chimie, en multimédia, en informatique, en plasturgie, en production manufacturière et en aéronautique. «Malgré des campagnes répétées, on ne réussit pas à attirer assez de garçons et de filles dans nos programmes», constate M. Boucher.

La ministre Maltais croit que la nouvelle politique de formation continue et de formation pour adultes de son gouvernement permettra justement de remédier à la situation. «Mais il ne faut pas oublier que

45 000 personnes sortent chaque année avec un diplôme technique ou professionnel alors qu'elles étaient

12 000 au début des années 90. On commence à voir les fruits de nos efforts. Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'aussitôt qu'on a une formation de base, les perpectives d'emploi sont plus larges.»

Cela dit, 25 % des nouveaux postes exigeront une formation universitaire. «Et le taux de placement et les salaires sont toujours plus élevés avec un tel diplôme», précise François Cartier. De multiples occasions se présenteront également pour ceux qui sont intéressés par un poste de gestion.

En plus d'une réduction du taux de chômage, Hélène Bégin souligne que la rareté de la main-d'oeuvre qualifiée aura un effet bénéfique sur les salaires. «Actuellement, la rémunération hebdomadaire augmente d'environ 2 % par année et elle devrait augmenter plus rapidement au cours des prochaines années. Les augmentations de salaire seront encore plus généreuses dans les secteurs où on a de la difficulté à embaucher. [...] En fait, le bassin de la main-d'oeuvre va rétrécir et cela va donner plus de choix à ceux qui cherchent un travail et plus de latitude à ceux qui veulent changer d'emploi.»

À plus long terme, cette rareté risque cependant de faire mal aux régions éloignées, soutient François Cartier. Il explique qu'en plus de vivre la dénatalité, les régions assistent à l'exode de leurs jeunes. Elles seront donc les premières à souffrir de la pénurie de travailleurs qualifiés. «D'ici 2013, il y aura une coupure entre l'offre et la demande d'emplois. Il y aura plus de gens qui vont sortir du marché qu'il y en a qui vont y entrer. Cela va aller en s'accentuant et, pour le moment, il n'y a pas de solution.»






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