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    Cohabitation autobus-vélos

    Les chauffeurs d’autobus dénoncent le plan de voies réservées

    26 octobre 2016 |Jeanne Corriveau | Montréal
    L’implantation de voies réservées pour autobus et vélos mettra en péril la sécurité des cycliste et ralentira le service de transport en commun, soutient le Syndicat des chauffeurs d’autobus de la STM.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’implantation de voies réservées pour autobus et vélos mettra en péril la sécurité des cycliste et ralentira le service de transport en commun, soutient le Syndicat des chauffeurs d’autobus de la STM.

    « Le maire Coderre met les cyclistes en danger. » Voilà comment le président du Syndicat des chauffeurs d’autobus de la Société de transport de Montréal (STM), Renato Carlone, a accueilli l’intention de la Ville d’implanter des voies réservées pour autobus et vélos sur plusieurs grandes artères de Montréal.

     

    Non seulement cette cohabitation mettra en péril la sécurité des cyclistes, mais elle ralentira le service de transport en commun, soutient M. Carlone. « Nous sommes complètement en désaccord avec ça. Faire partager des voies réservées avec des autobus et des vélos sur l’île de Montréal, c’est dangereux », dit-il.

     

    Lundi, le chef de l’opposition, Luc Ferrandez, révélait que l’administration Coderre et la STM envisageaient d’implanter des voies réservées autobus-vélos sur des artères telles que le boulevard Saint-Laurent, les rues Sherbrooke et Saint-Denis, ainsi que les avenues Papineau et De Lorimier. Ces deux dernières artères pourraient aussi être transformées en sens uniques.

     

    Le maire Coderre n’a pas nié l’existence d’un tel projet, mais il a soutenu que différents scénarios étaient toujours à l’étude.

     

    Le président du syndicat des chauffeurs d’autobus rappelle que le Code de la sécurité routière a été modifié et impose une distance minimale d’un mètre avec les cyclistes, ce qui rend les dépassements difficiles. « C’est sûr qu’il va y avoir des accidents graves », croit Renato Carlone, qui invite le maire Coderre à venir passer deux heures dans un autobus pour prendre lui-même conscience des dangers d’une telle cohabitation.


    Rouler à fond la caisse

     

    Les voies réservées autobus-vélos ont du bon, mais elles ne remplacent pas les pistes cyclables, prévient la p.-d.g. de Vélo Québec, Suzanne Lareau. « Ce ne sont pas tous les cyclistes qui vont se sentir à l’aise de rouler là-dedans », explique-t-elle.

     

    La configuration de telles voies partagées repose sur plusieurs éléments, ajoute-t-elle : la fréquence des bus, la largeur de la voie réservée et la durée de la mise en service de cette voie, qui peut aller de trois heures par jour à 24 heures. « Chaque cas est un cas unique qu’il faut analyser », souligne Mme Lareau.

     

    « Les voies réservées sont une bonne idée, mais dans les rues à double sens. Sur De Lorimier et Papineau, qui seraient à sens unique, ça va rouler à fond la caisse. Ça n’a pas de sens », indique-t-elle.

     

    Mais ce qui l’exaspère le plus, c’est que la Ville n’a pas informé et sollicité l’expertise de ses partenaires : « On avait une réunion du comité vélo avec la Ville vendredi dernier et ça n’a pas du tout été évoqué. Ce qui me choque là-dedans, c’est qu’on a les mêmes objectifs que la Ville. Pourquoi n’utilisent-ils pas l’expertise qu’on a ? À maintes reprises, j’ai proposé nos services à la Ville. […] Je ne comprends pas comment cette ville-là fonctionne. »

     

    Transport 2000 voit plutôt d’un bon oeil l’ajout de voies réservées. « Ce serait un acquis important pour le transport collectif à Montréal. […] La cohabitation sécuritaire est essentielle pour les vélos et les autobus. Les aménagements sont possibles », avance François Pepin, président du conseil d’administration de Transport 2000. « Par contre, on trouve déplorable la tension qu’on sent entre les arrondissements et la ville centre. »


    Manque de vision ?

     

    Directeur de l’Observatoire de la mobilité durable de l’Université de Montréal, Gérard Beaudet s’inquiète de la transformation de grandes artères en sens uniques. Cette idée ressemble à un compromis pour donner satisfaction à tout le monde, dit-il. « Ça augmenterait de manière assez considérable les charges de circulation. On veut avoir des voies réservées pour autobus, mais en même temps, on ne veut pas pénaliser les automobilistes. La pression qu’on devrait mettre sur les gens pour qu’ils passent au transport collectif, on la fait disparaître. » Sans compter que la cohabitation entre autobus et vélos lui paraît hasardeuse.


    « On a un ministère des Transports qui se vante de ne pas avoir de politique des transports dans la région métropolitaine. On a un plan de transport à Montréal qui a été à peu près totalement inappliqué. Et là, on sort des solutions comme ça pour des bouts de rue et des secteurs. Je me demande si on pourrait avoir une réflexion un peu plus intégrée et avoir unordre du jour pour faire avancer les choses, pas juste éteindre les feux », conclut M. Beaudet.













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