Tourner sa langue sept fois...
Jean-Robert Sansfaçon
23 février 2004
L'intervention indignée du chef du Parti québécois, Bernard Landry, en réaction jeudi dernier au scandale des commandites qui secoue la capitale fédérale, était digne d'un mauvais feuilleton. Il y a de quoi s'indigner, en effet, de ce qu'autant d'argent ait abouti de façon illégitime sinon illégale dans les coffres d'agences de communications proches du Parti libéral du Canada. Mais venant de M. Landry, la réaction a de quoi étonner. Si l'ancien premier ministre s'imagine que les Québécois ont une image plus propre de la politique provinciale que fédérale, son «option» l'aveugle.
Même si c'est René Lévesque qui a fait adopter une loi pour limiter le financement des partis aux contributions des individus, transformant ainsi un handicap en avantage pour le parti de masse qu'était le PQ du temps, les organisations ont trouvé depuis des moyens détournés de financer une partie de leurs activités. Quant aux amis du parti, ceux du PQ comme ceux du PLQ, ils ont appris à profiter tour à tour de la présence affectueuse d'un gouvernement de la bonne couleur à Québec. Les faveurs et les contrats distribués en retour d'une loyauté sans faille et d'un coup de pouce financier ne sont plus l'exception, tant s'en faut. Le raisonnement «Si tout le monde le fait, fais-le donc!» vaut pour les deux partis.
M. Landry veut-il qu'on lui rappelle les interventions de son ancien chef de cabinet, Raymond Bréard, devenu associé d'une firme de relations publiques qui exigeait de très généreuses commissions pour seulement faire transiter des subventions de l'État vers des sociétés publiques? Et que dire des agences de publicité et des professionnels de pratique privée qui ont profité de plantureux contrats sur la base de leurs accointances politiques?
Le virus du favoritisme et de la fraude politiquement correcte n'affecte pas seulement la politique nationale. Un grand nombre de municipalités sont aussi touchées. Encore là, les techniques illégales de financement pratiquées à grande échelle sont connues et, tant qu'il n'y aura pas d'enquête publique pour s'en scandaliser ouvertement, le mal continuera d'infecter les moeurs politiques locales. Les noms de cabinets d'avocats, de firmes de génie-conseil et d'évaluation sont pourtant connus, mais les preuves tangibles et les témoignages publics manquent. Certains cabinets achètent carrément leur présence dans une municipalité en trouvant le financement et en organisant des élections clés en main au profit d'une équipe donnée. Sans parler, une fois l'élection faite, du traficotage éhonté des conditions d'admissibilité posées lors des appels d'offres pour services professionnels.
Les péquistes pas plus que les libéraux n'ont envie de parler de ces choses.
Y a-t-il quelqu'un dans la salle qui ignore que c'est ainsi que l'on fait de la politique en ce pays? Et l'on ira se plaindre ensuite de ce que tant de simples citoyens soient cyniques à l'endroit des politiciens?
Vraiment, M. Landry aurait dû tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler.
jrsansfacon@ledevoir.ca
Même si c'est René Lévesque qui a fait adopter une loi pour limiter le financement des partis aux contributions des individus, transformant ainsi un handicap en avantage pour le parti de masse qu'était le PQ du temps, les organisations ont trouvé depuis des moyens détournés de financer une partie de leurs activités. Quant aux amis du parti, ceux du PQ comme ceux du PLQ, ils ont appris à profiter tour à tour de la présence affectueuse d'un gouvernement de la bonne couleur à Québec. Les faveurs et les contrats distribués en retour d'une loyauté sans faille et d'un coup de pouce financier ne sont plus l'exception, tant s'en faut. Le raisonnement «Si tout le monde le fait, fais-le donc!» vaut pour les deux partis.
M. Landry veut-il qu'on lui rappelle les interventions de son ancien chef de cabinet, Raymond Bréard, devenu associé d'une firme de relations publiques qui exigeait de très généreuses commissions pour seulement faire transiter des subventions de l'État vers des sociétés publiques? Et que dire des agences de publicité et des professionnels de pratique privée qui ont profité de plantureux contrats sur la base de leurs accointances politiques?
Le virus du favoritisme et de la fraude politiquement correcte n'affecte pas seulement la politique nationale. Un grand nombre de municipalités sont aussi touchées. Encore là, les techniques illégales de financement pratiquées à grande échelle sont connues et, tant qu'il n'y aura pas d'enquête publique pour s'en scandaliser ouvertement, le mal continuera d'infecter les moeurs politiques locales. Les noms de cabinets d'avocats, de firmes de génie-conseil et d'évaluation sont pourtant connus, mais les preuves tangibles et les témoignages publics manquent. Certains cabinets achètent carrément leur présence dans une municipalité en trouvant le financement et en organisant des élections clés en main au profit d'une équipe donnée. Sans parler, une fois l'élection faite, du traficotage éhonté des conditions d'admissibilité posées lors des appels d'offres pour services professionnels.
Les péquistes pas plus que les libéraux n'ont envie de parler de ces choses.
Y a-t-il quelqu'un dans la salle qui ignore que c'est ainsi que l'on fait de la politique en ce pays? Et l'on ira se plaindre ensuite de ce que tant de simples citoyens soient cyniques à l'endroit des politiciens?
Vraiment, M. Landry aurait dû tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler.
jrsansfacon@ledevoir.ca
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