Lettres: Les Yvette, décidément ignorées!

Dimanche soir, j'ai regardé aux Beaux dimanches le documentaire sur Claude Ryan. J'avais envie, encore une fois, que l'on me raconte l'histoire du Québec et l'un de ses principaux artisans. Mais davantage qu'une rétrospective politique, j'étais curieuse de revoir cet homme qui, un an auparavant, m'avait accueillie chez lui.

En effet, c'est en mars dernier que je me suis présentée chez Claude Ryan dans le but de l'interviewer pour mon mémoire de maîtrise qui portait sur le phénomène des Yvette. Cette rencontre m'avait manifestement marquée. Non seulement Claude Ryan avait été d'une gentillesse, d'une simplicité et d'une disponibilité incroyable, mais davantage il confirmait mon hypothèse selon laquelle les Yvette avaient permis la victoire du camp du «non». Lui, le chef du Parti du «non», me disait combien ces femmes avaient changé le sort de la campagne référendaire.

Ainsi, j'étais très curieuse de voir la façon dont on allait traiter ce phénomène féministe dans le documentaire de Radio-Canada. Malheureusement, on n'a qu'effleuré l'événement. Tout au plus deux petites minutes! Bien sûr, on a interviewé le ministre Pettigrew, mais pour moi, il n'y avait rien de nouveau, il m'avait donné cette même position lors de notre entretien. Pourtant, je n'arrive pas à croire qu'aucun recherchiste n'ait pensé à interviewer Louise Robic, responsable de l'organisation du rassemblement des 15 000 femmes au Forum, Monique Bégin, Sheila Finestone. N'a-t-on pas cru bon de questionner Lise Payette ou Lise Bissonnette?

Finalement, on n'a pas cru nécessaire de laisser la parole aux femmes sur un phénomène dont elles sont pourtant les seules responsables. Ni Radio-Canada, ni l'histoire ne semble vouloir reconnaître l'importance de ce phénomène que pourtant Claude Ryan reconnaissait lui-même. Aux réalisateurs, recherchistes et historiens qui se sont contentés de faire une histoire «traditionnelle» et donc masculine du Québec, je me permets de vous dire que les Yvette de Québec et de Montréal que j'ai rencontrées durant mon enquête sont convaincues d'avoir fait le poids en mai 1980. Il semble bien qu'elles chériront cette victoire secrètement et qu'on continuera de mener au podium les Ryan, Trudeau, Lalonde et Bibeau, qui entre vous et moi n'auraient jamais pu faire vibrer le forum.

Ainsi donc, les femmes au Québec n'ont pas de place en politique. Ne vous demandez plus pourquoi; elles n'en n'ont aucune dans l'histoire politique officielle du Québec et du Canada. Si Claude Ryan ne s'est pas retourné dans sa tombe dimanche soir, Madeleine, elle, l'a sûrement fait.