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    L’inévitable collision

    Michel David
    20 septembre 2016 |Michel David | Québec | Chroniques

    Les sautes d’humeur de Gaétan Barrette font maintenant partie du paysage. Ainsi, en dévoilant à La Presse la lettre qu’elle lui a adressée le 6 septembre dernier, son homologue fédérale, Jane Philpott, aurait joué « un jeu politique indécent » pour s’attribuer indûment le mérite de l’abolition des « frais accessoires » que les médecins imposent illégalement depuis des décennies. Comble de perfidie, Ottawa pourrait imposer une pénalité de 80 millions de dollars au Québec pour les frais qui ont été perçus depuis 2014-2015.

     

    Bien sûr, Mme Philpott fait de la politique, mais il est difficile de reprocher à une ministre fédérale de vouloir faire respecter la Loi canadienne sur la santé, qui interdit formellement la surfacturation. S’il y a quelque chose d’indécent dans cette histoire, c’est plutôt qu’Ottawa ait laissé les médecins détrousser les usagers des services de santé pendant tant d’années avec la bénédiction de Québec.

     

    Jusqu’à son étonnante volte-face de la semaine dernière, M. Barrette lui-même ne s’en formalisait pas le moins du monde. Sous prétexte d’encadrer les frais accessoires, la loi 20 légalisait bel et bien une pratique qu’il savait interdite. Comme si les médecins n’étaient pas assez payés !

     

    Dans sa lettre, Mme Philpott dit avoir rencontré M. Barrette dès le mois de mars 2016, peu après l’adoption de la loi 20, précisément pour « discuter des questions concernant la surfacturation, […], en particulier la situation des médecins qui facturent des frais accessoires pour des services de santé assurés par l’État ».

     

    Peu importe, les pressions d’Ottawa n’ont rien eu à voir avec sa volte-face, soutient M. Barrette, qui n’a cependant pas expliqué son « cheminement » sur les frais accessoires au cours des derniers mois. Il a trop souvent pris des libertés avec la vérité depuis qu’il oeuvre sur la scène publique pour qu’on puisse tenir ses propos pour parole d’évangile.

     

    Tout cela n’enlève rien à la légitimité des revendications du gouvernement Couillard en ce qui concerne le Transfert canadien en santé (TCS). M. Barrette a également raison de dénoncer la lenteur d’Ottawa à verser les 3 milliards supplémentaires en quatre ans que Justin Trudeau avait promis de consacrer aux soins à domicile durant la campagne électorale.

     

    Une fois de plus, M. Barrette tourne les coins ronds en accusant Mme Philpott d’avoir « pris fait et cause pour une diminution de 50 % des transferts ». Il est vrai qu’à compter de l’an prochain, le gouvernement Trudeau entend plutôt limiter à 3 % l’augmentation annuelle des sommes versées aux provinces dans le cadre du TCS, comme l’avait décidé le gouvernement Harper, alors qu’elle a été de 6 % depuis 2004. On peut trouver cette augmentation insuffisante compte tenu du vieillissement de la population, mais il n’y aura pas de diminution des transferts.

     

    On peut toutefois comprendre la méfiance de M. Barrette. Mme Philpott, qui fait valoir ses 30 ans d’expérience dans le domaine, entend manifestement faire en sorte qu’Ottawa joue un rôle plus important en santé que sous le gouvernement Harper. Elle semble également prendre ses distances avec le principe d’asymétrie reconnu il y a 12 ans par le gouvernement de Paul Martin, qui accorde une plus grande marge de manoeuvre au Québec.

     

    Dans une récente entrevue au Huffington Post, Mme Philpott avait indiqué son intention de profiter de la renégociation de l’entente de 2004 pour apporter d’importants changements au système de santé. « Nous savons comment offrir de meilleurs soins à moindre coût, mais le système n’est pas conçu convenablement », expliquait-elle sans donner davantage de précisions.

     

    Malgré sa réticence à parler de « conditions » imposées aux provinces, elle a déclaré lundi qu’en retour des milliards qu’il consacre chaque année à la santé, le gouvernement fédéral « devrait avoir le droit de savoir quels seront les résultats », ce qui suppose l’adoption de « pratiques exemplaires » et le développement d’« indicateurs de performance ».

     

    La complète autonomie du Québec en manière de santé fait partie des revendications du Québec depuis toujours, alors qu’au Canada anglais, le medicare, garanti par la Loi canadienne sur la Santé, est peut-être le symbole de l’unité canadienne le plus vivace. Dès lors, la collision paraît inévitable.

     

    Comme ses prédécesseurs, M. Barrette constatera toutefois que les usagers du système de santé ont peu de goût pour les querelles fédérales-provinciales. Certains croient même que ce n’est pas une si mauvaise chose qu’Ottawa exerce une certaine surveillance. Vu la performance du Québec dans le domaine, on peut difficilement les en blâmer.

     

    En divulguant sa lettre sur les frais accessoires, Mme Philpott a sans doute voulu démontrer que sa priorité allait aux patients, alors que M. Barrette a toujours donné l’impression qu’il se préoccupait davantage de l’intérêt des médecins.













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