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Église catholique - Le temps est venu de parler du rôle du pape

Jean-Paul Lefebvre - Journaliste indépendant et essayiste  5 juillet 2002 
La venue prochaine de Jean-Paul II au Canada est un temps propice pour parler de l'avenir de l'Église et du rôle de la papauté, laissant aux historiens le soin de faire le bilan détaillé de son pontificat. Mais après un règne de près d'un quart de siècle, il est impossible de disserter sur l'avenir sans référence à l'héritage que laissera ce pontife superstar, unique dans l'histoire de l'Église. Jean-Paul II a tant parlé et tant écrit qu'il a rendu aphones la plupart des membres du collège épiscopal et figé leurs plumes et leurs ordinateurs. Heureusement, il y a des exceptions. Sinon, j'aurais été figé moi-même!

La bonne nouvelle de l'Évangile, c'est que l'amour est semence de bonheur pour l'humanité, à toutes les étapes de son évolution. C'est pourquoi il faut empêcher l'Église issue du ministère des apôtres de Jésus de devenir une secte, ou d'être perçue comme telle, par la société moderne. À cette fin, il faut que l'Église catholique romaine se rapproche de sa vocation à la sainteté, à l'unité, à l'universalité et à l'ouverture au monde d'aujourd'hui, sans laquelle elle ne saurait être apostolique.

***

Dans plusieurs régions du monde occidental, l'avenir de l'Église dépendra du nombre de croyants, laïcs, prêtres et évêques qui se manifesteront, fût-ce à la onzième heure, pour revendiquer leur liberté dans la foi, à l'instar de Paul face à Pierre, affirmant que les gentils ne devaient pas être tenus d'observer les rites et les habitudes des juifs. Dans un monde nouveau, il faut une Église renouvelée!

Il est urgent de préparer l'ordre du jour du concile Vatican III. La chose est déjà en marche aux États-Unis, en France, en Autriche, en Allemagne... Au Québec, le temps est venu d'y penser.

L'ordre du jour d'un nouveau concile concerne tous les baptisés puisqu'il décidera de l'avenir du christianisme dans plusieurs régions du monde. L'établissement clair et net du principe de la collégialité épiscopale, le respect de la juridiction des évêques titulaires des Églises locales et le rôle important des conférences épiscopales nationales forment la pierre d'assise de la réforme nécessaire. En Allemagne, plusieurs évêques ont récemment réclamé le respect de leur fonction de successeurs des apôtres.

Je m'en voudrais de ne pas signaler une expérience particulièrement intéressante. Un «questionnaire européen pour une constitution démocratique de l'Église catholique» est actuellement en circulation dans toute l'Europe. La publication par laquelle ce document m'est parvenu est une initiative soutenue par une trentaine de groupes très divers qui ont en commun un intérêt profond pour l'avenir de l'Église et la volonté de travailler à bâtir cet avenir.

Déposer aux archives de l'encyclique Humanae Vitae

L'histoire de cette encyclique, à laquelle le pape actuel est malheureusement très attaché, a été souvent écrite. Elle est longue et triste. Je me contenterai aujourd'hui de citer le grand théologien allemand Karl Rhaner. En 1978, dix ans après sa publication par le pape Paul VI, il écrivait:

«Cela fait partie de l'histoire tragique et difficile à élucider de l'Église: dans la pratique comme dans la théorie, celle-ci défendit toujours des maximes morales par de mauvais arguments, découlant de convictions et de préjugés incertains, liés au contexte historique [...]. Si cette sombre tragédie de l'histoire spirituelle de l'Église est si pesante, c'est parce que toujours, ou du moins souvent, elle concerne des questions qui touchent à la vie concrète des hommes, parce que ces maximes erronées, qui n'eurent jamais de valeur objective [...], imposèrent néanmoins aux hommes des contraintes que rien dans la liberté des Évangiles ne justifie» (Schriften zur Teologie, volume 13, page 99).

Il faut espérer qu'un prochain concile mette de côté l'encyclique Humanae Vitae. Cette «doctrine» est en contradiction avec l'expérience de vie de millions de chrétiens et avec la position d'un très grand nombre de théologiens. Et des meilleurs! Elle a fait perdre à l'Église toute crédibilité en matière de morale sexuelle.

Il faut proposer, au prochain concile, une révision complète des ministères ordonnés, qui tiendrait compte des lacunes évidentes du régime actuel, où les prêtres sont censés être préparés à toutes les tâches liées de près ou de loin à la pastorale... et, de surcroît, être mâles et célibataires! Il serait logique aussi qu'il y ait quelques différences dans la définition de certains ministères ordonnés selon les particularités culturelles des divers continents. Nous en revenons toujours au débat entre Pierre et Paul. Dès les origines!

Dans toutes les sociétés où la femme est reconnue comme égale à l'homme, les nouveaux ministères devraient accueillir des personnes des deux sexes qui auraient acquis la formation spécialisée appropriée à la définition précise de chacune des tâches pastorales concernées. On se retrouverait avec une équipe de pastorale comprenant des théologiens et théologiennes, des catéchètes, des homélistes, des préposés à l'administration des sacrements et, pourquoi pas, des spécialistes en administration et en communication. On comprendra que je ne prétende point proposer ici une liste concrète.

Hâter l'union des principales confessions chrétiennes

Quatre siècles après la Réforme protestante, je suis de ceux qui croient que c'est maintenant au tour de l'Église romaine de se réformer. C'est à elle de favoriser l'unité de tous les croyants en acceptant d'abord de respecter les valeurs de la modernité et de ne plus confondre une certaine culture ecclésiastique avec les données fondamentales de la révélation du Dieu de Jésus. Depuis plus d'un quart de siècle, les principales confessions chrétiennes se sont entendues sur une version commune de la Bible, Ancien et Nouveau Testaments. Ce cadre ne pourrait-il pas être suffisant pour admettre, dans la même communion, tous les disciples de Jésus? En commençant par la base, dans les communautés locales? Non pas en fusionnant toutes ces communautés mais en acceptant l'intercommunion?

Je cite Mgr John Raphael Quinn, ancien archevêque de San Francisco, dans une entrevue qu'il accordait en 1997: «L'Église, à mon sens, ne pourra pas rester toujours divisée. Cette séparation est une forme de blessure qu'il nous faut impérativement cicatriser. Bien sûr, cette marche vers la véritable unité chrétienne que le pape a lui-même appelée de ses voeux comportera des sacrifices, mais elle est essentielle. L'idée selon laquelle les orthodoxes et les protestants doivent impérativement venir à nous est à bannir. Nous devons, nous, catholiques, faire aussi une partie du chemin et accepter des sacrifices, sans céder sur la doctrine fondamentale de la foi. Ne nous leurrons pas: par définition, l'unité sera coûteuse. Mais nous devons être prêts à en payer le prix.»

Ce serait un jour nouveau, non seulement dans la vie de l'Église mais dans l'histoire de l'humanité, que celui où tous les chrétiens réaliseraient une union, dans la diversité des cultures et des traditions. Il faut payer le prix auquel fait allusion Mgr Quinn pour mettre un terme au scandale de la division entre ceux qui s'identifient sérieusement comme disciples de Jésus.

Fermer les ambassades du Vatican

L'un des anachronismes qui alourdissent le fonctionnement de notre Église, c'est l'existence, dans pratiquement tous les pays du monde, des nonciatures et autres ambassades du Vatican auprès des gouvernements civils. Il s'agit d'un héritage des siècles passés où le pape était un chef d'État, les États pontificaux englobant une bonne partie de ce qui est aujourd'hui l'Italie. Pendant longtemps, le pape sacrait les empereurs et partageait avec eux un pouvoir politique très réel.

Ces temps sont complètement révolus. Et les diplomates du Vatican sont aujourd'hui un obstacle à la liberté d'action des évêques locaux et des conférences épiscopales. Ils ont entre autres un pouvoir nuisible dans le choix et la désignation des nouveaux évêques. Ce qui nous place à des années-lumière des origines de l'Église, où les chrétiens de la base élisaient leurs évêques.

Les ambassadeurs du pape constituent aussi un obstacle à l'unité des chrétiens. Elles sont la négation absolue du primus inter pares!
 
 
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