Réplique au Dr Julien Poitras - Urgences, l'intérêt des patients doit primer sur les intérêts corporatistes
Renald Dutil - Président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec
5 juillet 2002
Dans une lettre ouverte au Devoir publiée le jeudi 4 juillet, le Dr Julien Poitras accuse la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) d'avoir contribué «au sous-développement» de la médecine d'urgence au Québec et d'avoir amélioré les conditions de rémunération dans les cabinets au détriment de celles accordées à la pratique dans les salles d'urgence.
Ces affirmations occultent les nombreuses mesures passées et présentes qu'a prises la FMOQ pour améliorer ce secteur de soins.
Le Dr Poitras, membre de la Fédération des médecins spécialistes et non de la FMOQ, préside une association non syndicale, l'Association des médecins d'urgence du Québec (AMUQ), qui regroupe une minorité des omnipraticiens qui travaillent dans les salles d'urgence. Cette association semble s'être récemment donné un nouveau programme politique, celui de se créer une représentation syndicale hors FMOQ afin de lui permettre de négocier elle-même les conditions d'exercice de ses membres. Les quelque 1800 omnipraticiens qui travaillent dans les salles d'urgence du Québec ne lui ont jamais accordé un tel mandat. Je regrette que l'AMUQ utilise le contexte difficile que connaissent le personnel et les patients de 11 salles d'urgence d'hôpitaux régionaux et ruraux pour faire mousser ses intérêts corporatistes.
Depuis plusieurs années, la FMOQ a fait des démarches auprès du ministère de la Santé et des Services sociaux pour améliorer les conditions de pratique à l'urgence et régler les problèmes organisationnels. Malgré les divers forums sur les urgences et les 30 comités qui en ont découlé, de nombreuses salles d'urgence offrent encore un milieu pitoyable aux patients qui y séjournent, de même qu'aux médecins et aux autres membres du personnel qui y travaillent: pénurie aiguë d'infirmières, locaux inadéquats, voire insalubres parfois, pénurie de ressources en amont et en aval de la salle d'urgence où on pourrait diriger rapidement la clientèle pour un suivi. Il ne faut pas s'étonner que les médecins désertent ce milieu de soins. La seule amélioration de la rémunération ne suffira pas. Il faut assainir ce milieu.
Majoration de la rémunération
Sur le plan conventionnel, la FMOQ a fait de nombreux efforts pour redresser la rémunération des médecins qui exercent dans les salles d'urgence. En 1998, elle a négocié un nouveau mode de rémunération plus adapté à cette pratique. Malgré les compressions budgétaires et les faibles augmentations de l'enveloppe budgétaire allouée à la rémunération des omnipraticiens, la rémunération moyenne versée à un médecin pour ses activités à la salle d'urgence a été majorée de 39,4 % entre 1998 et 2001.
Aucun autre secteur de pratique n'a reçu d'augmentations comparables. Ce redressement était nécessaire, mais il a fallu le faire par des mécanismes de péréquation au détriment d'autres secteurs, notamment des cabinets privés. Le ministère a refusé d'injecter les crédits additionnels et proportionnels aux augmentations que la FMOQ a voulu affecter à la rémunération dans les salles d'urgence. D'autres efforts devront être faits. Cependant, dans le juste partage des crédits obtenus à l'arraché, la FMOQ doit aussi tenir compte d'une rémunération équitable pour tous ses membres. La prise en charge et le suivi des clientèles vulnérables dans les cabinets privés et les CLSC est actuellement l'une des activités les moins bien rémunérées.
L'urgence, un champ d'exercice du médecin de famille
La FMOQ a toujours considéré le travail à la salle d'urgence comme une activité importante du médecin de famille. Contrairement à ce qu'affirme le Dr Poitras, la FMOQ n'a jamais découragé certains médecins omnipraticiens d'y consacrer l'essentiel de leur pratique. De nombreuses activités de formation continue ont été organisées par la FMOQ afin d'accroître la formation des omnipraticiens en médecine d'urgence.
De multiples démarches ont été faites pour intégrer dans le programme de résidence en médecine familiale des stages de formation dans les salles d'urgence d'hôpitaux régionaux et éloignés afin de rassurer les jeunes omnipraticiens face à cette pratique.
À ce jour, plus de 1800 omnipraticiens intègrent cette activité à leur pratique de médecin de famille, et ce, pendant plusieurs années. Ils constituent la base des équipes de médecins à l'urgence, surtout dans les hôpitaux régionaux et ruraux.
L'intransigeance de certains milieux, à laquelle l'AMUQ n'est pas étrangère, a forcé plusieurs de ces médecins de famille à délaisser la salle d'urgence. Une telle attitude a sans doute contribué à démotiver certains médecins de famille compétents à exercer à la salle d'urgence de leur hôpital, aggravant ainsi les pénuries de certains hôpitaux.
Ce ne sont pas les 94 salles d'urgence qui sont en crise mais 11 d'entre elles, dont certaines sont en voie de résoudre ce problème. Des mesures rapides et ciblées doivent certes être apportées dans ces hôpitaux car il est inadmissible pour la population de ces milieux qu'il y ait rupture de services. La FMOQ s'y active. Mais elle est loin d'être la seule organisation interpellée. Plutôt que de se réfugier derrière une loi spéciale, le gouvernement devrait plutôt mettre en place des mesures concrètes et permanentes, sans improvisation, et y affecter les ressources requises. Quant à l'AMUQ, je l'invite, dans le contexte actuel, à oublier ses intérêts corporatistes et à faire preuve de plus d'objectivité. Sa contribution pour assainir ce milieu serait d'autant plus crédible et appréciée.
Ces affirmations occultent les nombreuses mesures passées et présentes qu'a prises la FMOQ pour améliorer ce secteur de soins.
Le Dr Poitras, membre de la Fédération des médecins spécialistes et non de la FMOQ, préside une association non syndicale, l'Association des médecins d'urgence du Québec (AMUQ), qui regroupe une minorité des omnipraticiens qui travaillent dans les salles d'urgence. Cette association semble s'être récemment donné un nouveau programme politique, celui de se créer une représentation syndicale hors FMOQ afin de lui permettre de négocier elle-même les conditions d'exercice de ses membres. Les quelque 1800 omnipraticiens qui travaillent dans les salles d'urgence du Québec ne lui ont jamais accordé un tel mandat. Je regrette que l'AMUQ utilise le contexte difficile que connaissent le personnel et les patients de 11 salles d'urgence d'hôpitaux régionaux et ruraux pour faire mousser ses intérêts corporatistes.
Depuis plusieurs années, la FMOQ a fait des démarches auprès du ministère de la Santé et des Services sociaux pour améliorer les conditions de pratique à l'urgence et régler les problèmes organisationnels. Malgré les divers forums sur les urgences et les 30 comités qui en ont découlé, de nombreuses salles d'urgence offrent encore un milieu pitoyable aux patients qui y séjournent, de même qu'aux médecins et aux autres membres du personnel qui y travaillent: pénurie aiguë d'infirmières, locaux inadéquats, voire insalubres parfois, pénurie de ressources en amont et en aval de la salle d'urgence où on pourrait diriger rapidement la clientèle pour un suivi. Il ne faut pas s'étonner que les médecins désertent ce milieu de soins. La seule amélioration de la rémunération ne suffira pas. Il faut assainir ce milieu.
Majoration de la rémunération
Sur le plan conventionnel, la FMOQ a fait de nombreux efforts pour redresser la rémunération des médecins qui exercent dans les salles d'urgence. En 1998, elle a négocié un nouveau mode de rémunération plus adapté à cette pratique. Malgré les compressions budgétaires et les faibles augmentations de l'enveloppe budgétaire allouée à la rémunération des omnipraticiens, la rémunération moyenne versée à un médecin pour ses activités à la salle d'urgence a été majorée de 39,4 % entre 1998 et 2001.
Aucun autre secteur de pratique n'a reçu d'augmentations comparables. Ce redressement était nécessaire, mais il a fallu le faire par des mécanismes de péréquation au détriment d'autres secteurs, notamment des cabinets privés. Le ministère a refusé d'injecter les crédits additionnels et proportionnels aux augmentations que la FMOQ a voulu affecter à la rémunération dans les salles d'urgence. D'autres efforts devront être faits. Cependant, dans le juste partage des crédits obtenus à l'arraché, la FMOQ doit aussi tenir compte d'une rémunération équitable pour tous ses membres. La prise en charge et le suivi des clientèles vulnérables dans les cabinets privés et les CLSC est actuellement l'une des activités les moins bien rémunérées.
L'urgence, un champ d'exercice du médecin de famille
La FMOQ a toujours considéré le travail à la salle d'urgence comme une activité importante du médecin de famille. Contrairement à ce qu'affirme le Dr Poitras, la FMOQ n'a jamais découragé certains médecins omnipraticiens d'y consacrer l'essentiel de leur pratique. De nombreuses activités de formation continue ont été organisées par la FMOQ afin d'accroître la formation des omnipraticiens en médecine d'urgence.
De multiples démarches ont été faites pour intégrer dans le programme de résidence en médecine familiale des stages de formation dans les salles d'urgence d'hôpitaux régionaux et éloignés afin de rassurer les jeunes omnipraticiens face à cette pratique.
À ce jour, plus de 1800 omnipraticiens intègrent cette activité à leur pratique de médecin de famille, et ce, pendant plusieurs années. Ils constituent la base des équipes de médecins à l'urgence, surtout dans les hôpitaux régionaux et ruraux.
L'intransigeance de certains milieux, à laquelle l'AMUQ n'est pas étrangère, a forcé plusieurs de ces médecins de famille à délaisser la salle d'urgence. Une telle attitude a sans doute contribué à démotiver certains médecins de famille compétents à exercer à la salle d'urgence de leur hôpital, aggravant ainsi les pénuries de certains hôpitaux.
Ce ne sont pas les 94 salles d'urgence qui sont en crise mais 11 d'entre elles, dont certaines sont en voie de résoudre ce problème. Des mesures rapides et ciblées doivent certes être apportées dans ces hôpitaux car il est inadmissible pour la population de ces milieux qu'il y ait rupture de services. La FMOQ s'y active. Mais elle est loin d'être la seule organisation interpellée. Plutôt que de se réfugier derrière une loi spéciale, le gouvernement devrait plutôt mettre en place des mesures concrètes et permanentes, sans improvisation, et y affecter les ressources requises. Quant à l'AMUQ, je l'invite, dans le contexte actuel, à oublier ses intérêts corporatistes et à faire preuve de plus d'objectivité. Sa contribution pour assainir ce milieu serait d'autant plus crédible et appréciée.
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