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Le site Benny Farm dans NDG: 312 logements inoccupés - Inconcevable!, dit Phyllis Lambert

La Société immobilière du Canada reste totalement indifférente aux pressions publiques

Josée Boileau   4 juillet 2002 
«C'est inconcevable! Je ne comprends pas pourquoi on piétine!» Phyllis Lambert, la célèbre directrice et fondatrice du Centre canadien d'architecture, ne cachait pas son exaspération hier devant les 312 logements vacants du site Benny Farm, dans l'arrondissement Notre-Dame-de-Grâce (NDG), à Montréal.

Mme Lambert trouve tout aussi «invraisemblable» qu'on puisse même songer à démolir les 52 immeubles de brique rouge qui abritent ces logis où ont demeuré des anciens combattants pendant 50 ans.

À ses côtés, le député libéral Russell Copeman, qui représente NDG à l'Assemblée nationale, s'est exclamé: «C'est une honte qu'un site comme celui-là reste vide.» Le conseiller municipal Marvin Rotrand, de l'équipe de Gérald Tremblay, a pour sa part pressé le maire d'agir rapidement afin d'empêcher que les immeubles soient remplacés par des condos de luxe.

Tous trois prenaient la parole lors d'une conférence de presse tenue sur le site et organisée par Les Amis de Benny Farm, une coalition de groupes communautaires. Ceux-ci réclament que le vaste site serve à des logements sociaux et à prix abordable, selon un projet conçu par le Fonds foncier communautaire Benny Farm, qui bénéficie d'un appui financier de la Fondation Chagnon. Un projet que Phyllis Lambert a qualifié d'idéal, «le seul projet acceptable».

La conférence de presse, qui regroupait plus d'une dizaine de représentants d'organismes, s'est ajoutée à l'impatience manifestée lundi par le maire Tremblay pour que le dossier se règle enfin, compte tenu de la crise du logement qui sévit à Montréal.

La Société immobilière du Canada (SIC), propriétaire du site, sera-t-elle sensible à ces pressions publiques et politiques? «Non, je ne pense pas», a répondu hier son porte-parole, Gordon McIvor.

La SIC est une société de la Couronne qui relève du ministre fédéral John Manley. Mais au bureau de celui-ci, on indiquait hier que le ministre n'intervient pas dans les activités de la SIC. L'ingérence du ministre précédent, Alfonso Gagliano, avait d'ailleurs entraîné sa démission en janvier dernier.

Du côté du bureau du ministre fédéral Martin Cauchon, responsable du Québec, on soulignait aussi l'autonomie de la SIC. On suit quand même le dossier, a précisé la porte-parole, mais on attend le jugement qui doit être rendu demain dans la cause opposant le Fonds foncier et la SIC à propos de Benny Farm avant de commenter.

La SIC a été créée pour vendre les propriétés excédentaires du gouvernement fédéral. Elle a acquis Benny Farm en 1998 et a toujours refusé d'agir précipitamment car l'avenir du site suscite énormément de controverses.

Encore hier, Michel Prescott, responsable de l'habitation à la Ville de Montréal et vice-président du comité exécutif, soulignait qu'à Benny Farm, «le problème, c'est qu'il n'y a pas de consensus». Ainsi, le conseiller Rotrand a une position, mais d'autres élus pensent autrement, a-t-il fait valoir. C'est pourquoi la Ville vient de nommer un médiateur tout en reconnaissant que trouver un terrain d'entente ne sera pas facile.

Les débats durent en fait depuis 12 ans et ont pris une nouvelle ampleur ces derniers mois. Le projet du Fonds foncier, axé sur la rénovation des immeubles existants, a été rejeté l'automne dernier par la SIC. Depuis, certains veulent que les immeubles laissent la place à des condos, voire à un centre récréatif ou à un CLSC.

Pour le moment, de la rue, rien ne laisse voir que les 312 logements sont vides. Le site est soigneusement entretenu, à un coût de 60 000 $ par mois, et il y a des stores aux fenêtres. «On tond les pelouses, on arrose les jardins, on a aussi peinturé, reconnaît M. McIvor. On ne voulait pas être accusés de créer un taudis en plein coeur de NDG.»

L'intérieur des appartements, où il n'y a ni eau courante ni électricité, est toutefois en piètre état, comme l'a constaté Le Devoir. Selon M. McIvor, ils ne pourraient pas servir à héberger temporairement les quelque 440 ménages montréalais présentement sans abri, comme le réclament des groupes communautaires. «On pourrait évidemment les rénover, mais ça coûterait entre 60 000 $ et 80 000 $ par unité. Ce ne serait pas raisonnable pour une solution temporaire», fait valoir M. McIvor.

La SIC préfère axer ses efforts pour régler le dossier d'ici l'automne, prévenant que «ça va demander des sacrifices de tout le monde». Ainsi, la SIC envisage de reconstruire tout le site en gardant peut-être un ou deux bâtiments. De plus, elle veut «trouver une solution qui va accommoder les gens qui ont besoin de logements mais aussi permettre d'offrir des maisons au prix du marché», dit M. McIvor.

Dès lundi, avec l'accord de la Ville de Montréal, la SIC entreprendra donc un processus de consultation, baptisé «processus de collaboration multi-parties prenantes». Comme c'est la SIC qui est propriétaire du terrain, l'administration municipale estime que c'est à elle de mener la démarche. Le médiateur de la Ville, Cameron Charlebois, est là pour «accompagner» la société, comme il le dit lui-même. Le but, c'est de «trouver une solution qui va être acceptable pour tout le monde», ajoute-t-il.

«On a besoin de ce site, on a hâte que ça avance, mais il faut procéder étape par étape», insiste M. Charlebois, directeur du Service de développement économique et d'urbanisme de la Ville. Il croit même qu'on pourrait réconcilier les points de vue et «voir clair» d'ici la fin août, ce qui permettrait à la SIC de soumettre un plan de développement à l'automne. Celui-ci ferait alors l'objet de consultations publiques, soit au niveau de l'arrondissement, soit à celui de la Ville, selon le projet.

Mais il est clair que le jugement qui va être rendu demain, dans lequel les représentants du Fonds foncier réclament une injonction pour empêcher la SIC de vendre le terrain à d'autres qu'à eux, «va conditionner la démarche», conclut M. Charlebois.
 
 
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