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    Le Suroît: Charest recule

    La Régie de l'énergie a 60 jours pour réexaminer le dossier

    7 février 2004 |Robert Dutrisac
    C'est la Régie de l'énergie qui aura le dernier mot et déterminera, d'ici 60 jours, s'il est nécessaire ou non de construire la centrale thermique du Suroît.

    Cédant à la pression populaire mais secoué aussi par la grogne au sein du caucus des députés libéraux, le gouvernement Charest a annoncé hier qu'il donnait le mandat à la Régie de l'énergie de vérifier si Hydro-Québec a raison d'affirmer qu'il y aura un déficit énergétique au Québec de 2007 à 2010, la seule justification officiellement avancée par la société d'État pour construire une centrale au gaz naturel de 800 MW à Beauharnois.

    Accompagné du ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair, et du ministre des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs, Sam Hamad, le premier ministre Jean Charest a fait cette annonce lors d'une interruption de la réunion, qui s'annonçait particulièrement houleuse, du caucus de ses députés.

    «La population, depuis l'annonce de cette décision [de construire la centrale], a manifesté une préoccupation très évidente sur l'ensemble du dossier, pas juste la question de sécurité énergétique, a dit M. Charest. Ça va nous permettre de faire le débat dans un contexte où on pourra avoir une vision large, une vision complète.» Tout cela «est très positif» et «tout le monde en sort gagnant», a soutenu le premier ministre.

    Le gouvernement accorde à la Régie de l'énergie un mandat à trois volets. La Régie doit déterminer quelle est l'augmentation de la capacité de production d'électricité nécessaire pour répondre à la demande d'ici 2010 et assurer la sécurité énergétique du Québec. L'organisme doit évaluer toutes les formes de production possibles en tenant compte de la protection de l'environnement et du développement durable. Enfin, elle doit étudier l'apport des mesures d'efficacité énergétique.

    Comme le veut la loi, c'est le ministre de l'Environnement qui a recommandé au gouvernement d'autoriser la construction de la centrale du Suroît, ce qui fut fait par un décret adopté par le conseil des ministres le 17 décembre, en l'absence de M. Mulcair. Ce dernier s'est dit «ravi» de la décision d'hier même si elle invalide sa recommandation. A-t-on tenu son crayon quand il l'a signée en décembre?

    «On a travaillé très fort. On a eu le résultat qu'on voulait», a indiqué M. Mulcair, qui est ainsi sorti de son mutisme qui durait depuis plusieurs semaines. «Il faut dans ces matières-là, en environnement en particulier, que le public ait la conviction d'avoir une information transparente et complète», a-t-il constaté en rétrospective.

    Se défendant de succomber à l'improvisation, le premier ministre a présenté la décision de recourir à la Régie de l'énergie comme la conséquence d'un sain exercice de la démocratie. Alors que la décision de construire la centrale du Suroît a été prise «dans un contexte de sécurité énergétique», la décision d'hier sort donc de cet étroit paramètre pour englober les sources alternatives d'énergie, les économies d'énergie, le développement durable et le respect du protocole de Kyoto.

    Du côté de M. Hamad, ardent défenseur du projet de la centrale — il affirmait pas plus tard que jeudi que le gouvernement ne reculerait pas —, la lumière sera venue d'un groupe d'élèves qu'il a rencontré jeudi soir. «Je voyais que les jeunes posaient des questions sur le Suroît», a-t-il relaté. M. Hamad a dit percevoir maintenant que la population ne recevait pas le message. Il est donc «tout à fait d'accord» pour que la Régie de l'énergie «explique davantage» à la population les impératifs de la sécurité énergétique.

    Dans les rangs des députés libéraux, la grogne couve au sujet de la centrale du Suroît. Plusieurs députés sont outrés que le conseil des ministres ait pris la décision d'aller de l'avant sans même les consulter. «Le caucus du Parti libéral du Québec et du gouvernement, c'est un caucus qui est fort et qu'on laisse parler. C'est important pour Jean Charest de l'écouter», a dit le président du caucus libéral, Norman MacMillan, qui a pris le blâme pour n'avoir pas appelé de réunion des députés libéraux en temps utile pour qu'ils puissent discuter du dossier. La réunion du caucus d'hier a justement permis aux députés d'échanger sur ce dossier controversé juste avant le Conseil général du Parti libéral qui se déroule en fin de semaine à Québec.

    Chez Hydro-Québec, on se dit confiant de pouvoir démontrer à la Régie de l'énergie que la construction de la centrale du Suroît est nécessaire. La société d'État fournira toute l'information que demandera la Régie, y compris le niveau d'eau dans ses réservoirs, une donnée qu'elle considère pourtant comme sensible, a assuré son porte-parole, Élise Proulx.

    Du côté des groupes écologistes, c'est avec prudence qu'on se réjouissait de la décision du gouvernement. La manifestation contre la centrale du Suroît qui doit avoir lieu aujourd'hui à Québec à l'occasion du Conseil général des libéraux n'est d'ailleurs pas décommandée. C'est à Montréal, dimanche dernier, que l'opposition à la centrale thermique s'est traduite par la plus importante manifestation de l'histoire du Québec pour un enjeu environnemental, a souligné André Bélisle, porte-parole de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA).

    Hier, Greenpeace rendait public un sondage Léger Marketing qui suggérait que les deux tiers des Québécois s'opposaient au projet du Suroît.

    Chez les écologistes, on estime qu'il est rassurant qu'un organisme indépendant puisse analyser objectivement les prétentions d'Hydro-Québec. «C'est un grand pas dans la bonne direction», a dit M. Bélisle au cours d'une conférence de presse. Selon lui, il ne fait pas de doute que la Régie de l'énergie conclura que la centrale du Suroît n'est pas nécessaire. «S'il y avait pénurie d'énergie, ce dont je doute énormément, il y a plein d'autres moyens plus rapides, plus efficaces et plus économiques [d'y faire face] que le développement de la filière thermique», a-t-il dit.

    Le porte-parole de Greenpeace, Steven Guilbeault, craint que le délai de 60 jours accordé à la Régie de l'énergie pour produire son rapport soit bien court compte tenu de la complexité des enjeux. Même son de cloche du côté du député de Lac-Saint-Jean et porte-parole de l'opposition officielle en matière d'énergie, Stéphan Tremblay. Pour le Parti québécois et pour l'Action démocratique du Québec, le gouvernement doit abandonner le projet. Pour M. Tremblay, le Parti libéral doit aussi respecter sa promesse de tenir un débat public sur la politique énergétique du Québec.












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