Rapport alarmant de l'ONUSIDA - L'épidémie du sida ne fait que débuter
Sans riposte, la maladie tuera 68 millions de personnes d'ici 2020
Pauline Gravel
3 juillet 2002
La pandémie de sida que l'on croyait désormais stabilisée n'en serait en réalité qu'à ses balbutiements. En l'absence d'interventions préventives et thérapeutiques musclées, 68 millions de personnes mourront du sida à travers le monde d'ici 2020, soit cinq fois plus qu'au cours des deux dernières décennies, révèle le rapport d'analyse bisannuel publié hier par l'ONUSIDA (le Programme commun des Nations unies sur le VIH-sida).
Au Botswana, pays qui connaît les taux d'infection les plus élevés du monde, près de 39 % de tous les adultes sont infectés contre 36 % il y a deux ans. Au Zimbabwe, alors qu'un quart des adultes étaient séropositifs en 1997, un tiers étaient contaminés à la fin de 2001.
Dans cette Afrique australe où l'épidémie est la plus grave, la prévalence atteint en effet des niveaux que l'on n'aurait jamais imaginé. L'hécatombe se poursuit et pourrait bien faucher 55 millions de personnes. Ainsi, les théories selon lesquelles l'épidémie devrait se stabiliser dans les pays particulièrement éprouvés volent en éclats...
Dans les Caraïbes qui représentent la deuxième région la plus touchée au monde, la mobilité des populations amplifiée par le chômage et la pauvreté jouent un rôle important dans la propagation de la maladie.
L'Inde et la Chine, qui comptent plus du tiers de la population mondiale, représentent de véritables poudrières. En Chine, les infections déclarées ont grimpé de près de 70 % au cours des six premiers mois de 2001. Alors que le virus se transmettait auparavant strictement par la consommation de drogues injectables ou par le biais de collectes de sang improprement pratiquées, la maladie se répand maintenant par voie hétérosexuelle. Selon un rapport récent de l'ONU, la méconnaissance de la maladie, la pauvreté, l'exode rural, la prostitution et la faible utilisation des préservatifs figurent parmi les principaux facteurs de dissémination.
En Inde, l'épidémie se propage désormais dans la population générale et au terme de 2001, on y comptait 3,97 millions de personnes vivant avec le VIH/sida.
Les taux d'infection qui étaient restés négligeables pendant dix ans en Indonésie, quatrième pays le plus peuplé du monde, prolifèrent maintenant parmi les toxicomanes, les prostitués et les donneurs de sang.
Par ailleurs, c'est dans l'ex-Union soviétique et en Europe de l'Est que la maladie semble progresser le plus rapidement, affectant maintenant la population générale.
L'ONUSIDA souligne que ce sont les jeunes qui sont les plus fréquemment contaminés. «Aujourd'hui, la moitié de toutes les nouvelles infections enregistrées touche les jeunes de 15 à 24 ans. Près de 12 millions de jeunes vivent aujourd'hui avec le VIH et quelque 6 000 sont infectés chaque jour», précise le rapport.
Selon une étude réalisée par l'UNICEF, l'ONUSIDA et l'Organisation mondiale de la santé, deux facteurs sont en grande partie responsables de la crise actuelle. D'une part, dans de nombreux pays où la prévalence du VIH est élevée, les jeunes célibataires deviennent sexuellement actifs avant l'âge de 15 ans. D'autre part, ces jeunes ne savent pas comment se transmet la maladie ni ne connaissent les moyens de s'en protéger.
Or, le rapport présenté par ces organismes souligne que «la stabilisation ou le recul de la pandémie survenu dans plusieurs pays, tels la Thaïlande et l'Ouganda, s'explique en grande partie par le fait que les jeunes, hommes et femmes, y reçoivent les informations, outils et services nécessaires pour adopter des comportements sans risques.»
L'accès au traitement
Dans les pays en développement, 230 000 personnes, soit moins de 4 % des personnes malades, ont eu accès à un traitement en 2001, contre 500 000 dans les pays riches où moins de 25 000 ont été emportées par la maladie. En Afrique, 2,2 millions d'individus sont morts du sida alors qu'à peine 30 000 Africains ont pu bénéficier d'un traitement.
«Même si des progrès réels ont été accomplis en matière de baisse du prix de la thérapie antirétrovirale dans le monde en développement, tant les pouvoirs publics que le secteur privé devront agir beaucoup plus énergiquement pour faire en sorte que le traitement parvienne aux plus démunis», a déclaré le Dr Peter Piot, directeur exécutif de l'ONUSIDA.
Alors que l'accès au traitement demeure encore limité en Afrique, certains pays d'Amérique latine et des Caraïbes ont pris conscience que l'accès à la thérapie antirétrovirale engendre d'importants avantages collatéraux et de ce fait ont instauré des politiques et des lois garantissant un traitement adéquat à leurs concitoyens séropositifs.
Certains pays ont ainsi réussi à ralentir la propagation de la maladie au sein de leur population. Un bel exemple est celui du Brésil qui produit ses propres médicaments génériques et a mené de bons programmes de prévention qui se sont avérés efficaces. Grâce au recours aux préservatifs (passé de 42 % en 1999 à 65 % en 2000) et à la diminution du partage des seringues (tombée de 70 % à 41 %), la prévalence de la maladie a ainsi chuté de façon drastique (de 49 % à 7 %) parmi les toxicomanes.
L'Ouganda a obtenu le plus grand succès d'Afrique où la prévalence du VIH chez l'adulte est passée de 8,3 % en 1999 à 5 % en 2001. La Zambie semble suivre ces traces en parvenant à inverser la tendance d'une épidémie généralisée.
En Thaïlande où une personne sur 100 est infectée par le VIH, qui demeure la principale cause de décès, les efforts de prévention commencent à porter des fruits, tout comme au Cambodge.
«Les succès remportés à travers le monde en matière de prévention de l'infection et de traitement de ceux qui sont déjà infectés montrent qu'il est possible d'obtenir des victoires contre le VIH/sida, a affirmé le Dr Piot. Mais jusqu'ici ces pays sont l'exception et non la règle. Pour vaincre cette épidémie à l'échelle mondiale, la communauté internationale doit faire preuve de bien davantage d'engagement politique et d'action et surtout, mobiliser les ressources.»
Avec l'AFP
Au Botswana, pays qui connaît les taux d'infection les plus élevés du monde, près de 39 % de tous les adultes sont infectés contre 36 % il y a deux ans. Au Zimbabwe, alors qu'un quart des adultes étaient séropositifs en 1997, un tiers étaient contaminés à la fin de 2001.
Dans cette Afrique australe où l'épidémie est la plus grave, la prévalence atteint en effet des niveaux que l'on n'aurait jamais imaginé. L'hécatombe se poursuit et pourrait bien faucher 55 millions de personnes. Ainsi, les théories selon lesquelles l'épidémie devrait se stabiliser dans les pays particulièrement éprouvés volent en éclats...
Dans les Caraïbes qui représentent la deuxième région la plus touchée au monde, la mobilité des populations amplifiée par le chômage et la pauvreté jouent un rôle important dans la propagation de la maladie.
L'Inde et la Chine, qui comptent plus du tiers de la population mondiale, représentent de véritables poudrières. En Chine, les infections déclarées ont grimpé de près de 70 % au cours des six premiers mois de 2001. Alors que le virus se transmettait auparavant strictement par la consommation de drogues injectables ou par le biais de collectes de sang improprement pratiquées, la maladie se répand maintenant par voie hétérosexuelle. Selon un rapport récent de l'ONU, la méconnaissance de la maladie, la pauvreté, l'exode rural, la prostitution et la faible utilisation des préservatifs figurent parmi les principaux facteurs de dissémination.
En Inde, l'épidémie se propage désormais dans la population générale et au terme de 2001, on y comptait 3,97 millions de personnes vivant avec le VIH/sida.
Les taux d'infection qui étaient restés négligeables pendant dix ans en Indonésie, quatrième pays le plus peuplé du monde, prolifèrent maintenant parmi les toxicomanes, les prostitués et les donneurs de sang.
Par ailleurs, c'est dans l'ex-Union soviétique et en Europe de l'Est que la maladie semble progresser le plus rapidement, affectant maintenant la population générale.
L'ONUSIDA souligne que ce sont les jeunes qui sont les plus fréquemment contaminés. «Aujourd'hui, la moitié de toutes les nouvelles infections enregistrées touche les jeunes de 15 à 24 ans. Près de 12 millions de jeunes vivent aujourd'hui avec le VIH et quelque 6 000 sont infectés chaque jour», précise le rapport.
Selon une étude réalisée par l'UNICEF, l'ONUSIDA et l'Organisation mondiale de la santé, deux facteurs sont en grande partie responsables de la crise actuelle. D'une part, dans de nombreux pays où la prévalence du VIH est élevée, les jeunes célibataires deviennent sexuellement actifs avant l'âge de 15 ans. D'autre part, ces jeunes ne savent pas comment se transmet la maladie ni ne connaissent les moyens de s'en protéger.
Or, le rapport présenté par ces organismes souligne que «la stabilisation ou le recul de la pandémie survenu dans plusieurs pays, tels la Thaïlande et l'Ouganda, s'explique en grande partie par le fait que les jeunes, hommes et femmes, y reçoivent les informations, outils et services nécessaires pour adopter des comportements sans risques.»
L'accès au traitement
Dans les pays en développement, 230 000 personnes, soit moins de 4 % des personnes malades, ont eu accès à un traitement en 2001, contre 500 000 dans les pays riches où moins de 25 000 ont été emportées par la maladie. En Afrique, 2,2 millions d'individus sont morts du sida alors qu'à peine 30 000 Africains ont pu bénéficier d'un traitement.
«Même si des progrès réels ont été accomplis en matière de baisse du prix de la thérapie antirétrovirale dans le monde en développement, tant les pouvoirs publics que le secteur privé devront agir beaucoup plus énergiquement pour faire en sorte que le traitement parvienne aux plus démunis», a déclaré le Dr Peter Piot, directeur exécutif de l'ONUSIDA.
Alors que l'accès au traitement demeure encore limité en Afrique, certains pays d'Amérique latine et des Caraïbes ont pris conscience que l'accès à la thérapie antirétrovirale engendre d'importants avantages collatéraux et de ce fait ont instauré des politiques et des lois garantissant un traitement adéquat à leurs concitoyens séropositifs.
Certains pays ont ainsi réussi à ralentir la propagation de la maladie au sein de leur population. Un bel exemple est celui du Brésil qui produit ses propres médicaments génériques et a mené de bons programmes de prévention qui se sont avérés efficaces. Grâce au recours aux préservatifs (passé de 42 % en 1999 à 65 % en 2000) et à la diminution du partage des seringues (tombée de 70 % à 41 %), la prévalence de la maladie a ainsi chuté de façon drastique (de 49 % à 7 %) parmi les toxicomanes.
L'Ouganda a obtenu le plus grand succès d'Afrique où la prévalence du VIH chez l'adulte est passée de 8,3 % en 1999 à 5 % en 2001. La Zambie semble suivre ces traces en parvenant à inverser la tendance d'une épidémie généralisée.
En Thaïlande où une personne sur 100 est infectée par le VIH, qui demeure la principale cause de décès, les efforts de prévention commencent à porter des fruits, tout comme au Cambodge.
«Les succès remportés à travers le monde en matière de prévention de l'infection et de traitement de ceux qui sont déjà infectés montrent qu'il est possible d'obtenir des victoires contre le VIH/sida, a affirmé le Dr Piot. Mais jusqu'ici ces pays sont l'exception et non la règle. Pour vaincre cette épidémie à l'échelle mondiale, la communauté internationale doit faire preuve de bien davantage d'engagement politique et d'action et surtout, mobiliser les ressources.»
Avec l'AFP
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