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Lettres: Une tragédie

Claude Tremblay - Montebello, le 28 janvier 2004  4 février 2004 
Si le fait de laisser opérer 2614 patients par un médecin séropositif n'est pas dangereux, dit-on, pourquoi entrer en contact avec eux pour leur demander de passer un test de VIH? Si on prend toutes les précautions nécessaires pour abaisser ce risque le plus possible, un seul décès sur un million devient alors une simple statistique. Faux! En effet, si cela tombe sur votre enfant, c'est une incroyable tragédie, et il aurait fallu l'éviter à tout prix.

Rosaire Vaillancourt, un médecin de Québec, écrivait dans les pages du Devoir qu'il faut savoir prendre des risques dans la vie, à défaut de quoi on ne réussirait pas à faire grand-chose. Avec une pointe évidente de sarcasme, il condamne l'immobilisme engendré par la peur du risque. Tous ces risques qu'il décrit, tout en étant prévisibles, sont provoqués par le hasard. On ne prévoit pas qu'un appareil anesthésique fera défaut, que le scalpel du chirurgien sectionnera une artère vitale, etc. Mais si on est séropositif, le risque qu'on fait courir au patient est voulu, évitable, autant que le fait d'avoir une relation sexuelle non protégée avec un sidatique qui ne déclare pas son état. Il paraît que c'est un crime. Les médecins sont-ils donc au-dessus des lois?

En prêtant le serment d'Hippocrate, le médecin s'engage à soulager la douleur et à guérir la maladie. S'il porte en lui le germe d'une maladie mortelle qu'il peut communiquer à ses patients, il contrevient à son serment, peu importe l'angle sous lequel on considère la question. Le patient a le droit de connaître les risques évitables qu'il court avant une opération et ce droit individuel inaliénable doit empêcher le médecin séropositif de taire son état. Son droit à la confidentialité ne doit pas le soustraire de ses responsabilités face au serment qu'il a prêté.

Et ce, quoi qu'en disent la direction de l'hôpital Sainte-Justine, certains grands bonzes du monde de la médecine et le ministre de la Santé du Québec.
 
 
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