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Le paravent de Bush

Serge Truffaut   3 février 2004 
Depuis que David Kay a admis qu'aucune arme de destruction massive n'avait été découverte après huit mois de recherches, le président Bush n'avait d'autre choix que de faire ce qu'il a fait hier: commander la tenue d'une enquête indépendante. D'ici à la fin de la semaine, le chef de l'exécutif devrait déterminer le mandat de cette commission et préciser son calendrier. D'ores et déjà, on sait que le mandat en question dépassera largement le cadre irakien et que les membres de cette commission devront communiquer le résultat de leurs travaux en 2005, soit bien après la tenue des élections.

On s'en doute, les balises qu'entend fixer la Maison-Blanche font grincer bien des dents dans les couloirs du Congrès. Les démocrates, puisque c'est d'eux qu'il s'agit, sont furieux. En élargissant l'enquête aux cas iranien, libyen et coréen ils estiment que Bush use de tous les pouvoirs dont il dispose pour faire l'économie d'un débat sur l'essentiel, soit le prétexte employé pour déclarer la guerre à l'Irak. Furieux également que la livraison du rapport soit fixée pour 2005 et non avant le rendez-vous électoral de novembre. Furieux enfin du rôle joué par David Kay.

En effet, les notables du Parti démocrate, on pense notamment au sénateur Carl Levin qui siège dans les commissions des forces armées et du renseignement, ont fustigé les propos de Kay. On estime qu'il a un peu trop campé le rôle que Lord Hutton a joué auprès de Tony Blair, soit celui d'un paravent qui a canalisé toutes ses critiques sur le monde du renseignement pour mieux mettre sous le boisseau les agissements de certains membres de l'administration Bush.

À ce propos, on se souviendra que plusieurs enquêtes de journalistes, surtout celles publiées par le New Yorker, tendent à démontrer que, dès leur prise de possession de la Maison-Blanche, le vice-président Dick Cheney et le secrétaire au Pentagone Donald Rumsfeld avaient convenu de faire fi des protocoles afférents à la diffusion des renseignements pour mieux contrôler le monde de l'intelligence. En un mot, le duo Cheney-Rumsfeld n'avait pas confiance en la CIA et autres agences parce qu'il avait la certitude que ces organisations conservaient pour elles des informations sensibles.

Pour l'heure, l'univers des maîtres espions est habité par la peur que cette commission fasse écho à celle que présida le sénateur Franck Church dans les années 70. Plus précisément, on craint que cet exercice n'emprunte à l'inquisition ses pires travers et qu'ainsi on passe à côté du sujet. Sous couvert, évidemment, de l'anonymat, des bonzes du secret suggèrent qu'on en finisse une fois pour toutes avec le pouvoir exorbitant que détient l'exécutif. On voudrait par exemple que le directeur de la CIA ait plus d'indépendance qu'il n'en a actuellement. Ainsi, il passerait moins de temps à séduire le président pour conserver son poste «comme l'a fait George Tenet avec Bush».

Imaginez, le monde du renseignement esclave des diktats de la séduction politicienne, ça fait désordre, non?
 
 
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