Magic Tom
Jean Dion
31 janvier 2004
Dans l'auditoire considérablement trié sur le volet réuni au Congrès pour entendre le discours sur l'état des États, il y a une dizaine de journées, se trouvait entre autres Tom Brady, le quart-arrière des Patriots de la Nouvelle-Angleterre. Les Patriots, précisons-le à l'intention de ceux et celles qui auraient passé les deux dernières semaines dans un univers parallèle, affronteront demain les Panthers de la Caroline à l'occasion du XXXVIIIe match du Super Bowl. Un ami intellectuel me signale à cet égard avec une rare pertinence que la principale différence entre la Nouvelle-Angleterre et la Caroline réside dans le fait qu'en Nouvelle-Angleterre, il y a des filles qui s'appellent Caroline, alors qu'en Caroline, il n'y a pas de filles, du moins pas que l'on connaisse, qui s'appellent Nouvelle-Angleterre. Il est toujours utile d'avoir des amis intellectuels.
Et puis, tenez, puisqu'il est question du Congrès, un rapprochement fascinant, quoique vaseux: qui étaient les deux candidats de tête à l'investiture démocrate après que l'Iowa eut ajourné ses caucus? Qui sont ces deux leaders postmodernes qui pourraient se retrouver sur le même ticket contre George W. l'automne venu? En plein cela: John Kerry et John Edwards. John Forbes Kerry, d'ailleurs, avez-vous vu ça un peu, dont les initiales au long sont JFK, ce qui ne veut peut-être rien dire mais qui, il faut en convenir, est quand même mieux que s'il s'appelait Peter, mettons, ce qui donnerait PFK (une denrée qui, même pendant la télédiffusion du Super Bowl, est contre-indiquée si l'on veut se rendre au quatrième quart).
Or Kerry est sénateur du Massachusetts, et qui dit Massachusetts dit Boston, et qui dit Boston dit Nouvelle-Angleterre, et qui dit Nouvelle-Angleterre dit Patriots. Et Edwards est sénateur de la Caroline du Nord, et qui dit Caroline du Nord dit Caroline, c'est bien connu, et qui dit Caroline dit Panthers. Ce ne peut juste pas être un hasard. Surtout que le match aura lieu à Houston, au Texas, et qui dit Texas dit peine capitale, et qui dit peine capitale dit George W. Je vous le dis, messieurs dames, de quelque côté que l'on aborde la question, on revient à la case départ: toute est dans toute, et vice-versa.
On m'apprend par ailleurs à l'instant qu'en mettant ensemble «Patriots» et «Panthers», on obtient l'anagramme «star prophétisant». Et quand on intervertit les lettres de «Nouvelle-Angleterre», le croiriez-vous, on peut former «Angleterre nouvelle». C'est bien pour dire.
***
Bref, Tom Brady était là ce soir-là, invité par la première dame du pays parce qu'il participe à des camps sportifs pour les jeunes, les détournant ainsi de la maudite drogue sale, du sexe hors mariage et de la violence à laquelle est exposé quiconque regarde du football américain. Pour les d'entre vous qui tiennent une carte de pointage, Brady était assis drette entre Alma Powell, épouse de Colin, et Joyce Rumsfeld, épouse de Donald, la mautadite chanceuse.
Au moment d'envoyer les faire-part, on ne savait pas encore que Brady participerait au Super Bowl, mais ç'a bien adonné. Il en sera le seul joueur connu, comme il sied de ces deux équipes «défensives» — un euphémisme qui signifie qu'elles accrochent sans arrêt et se retrouvent dans les pantalons de l'adversaire avant que celui-ci n'ait eu le temps de crier «dégage mon cochon». Si tout se passe comme prévu, le match devrait d'ailleurs ressembler à la course démocrate, vaguement ennuyante, qui fait se demander pourquoi on s'est tellement excité pour ça. (Formidable tout de même qu'on fasse un plat avec un gars qui reçoit 39 % des voix dans la conurbation du grand New Hampshire métro.)
Seul connu, mais quel connu. Il y a deux ans, après avoir hérité du poste de quart-arrière à la suite d'une blessure à Drew Bledsoe et avoir conduit les Patriots à la victoire finale, il est devenu célèbre. En plus, il est riche, il est jeune (26 ans), il est plutôt pas mal joli garçon à ce que racontent les dames — le quotidien Boston Herald, auquel je suis abonné les jours impairs, le surnomme «QB/QT», pour quarterback et cutie, slang de filles pour désigner le bel aménagement du chromosome Y— et, ce qui n'est pas pour nuire, il est célibataire. Il s'efforce d'être bien entretenu, itou: il se fait périodiquement blondir les cheveux par une professionnelle de la coiffure, selon des sources à moi grassement rémunérées.
**
Mais il ne l'a pas toujours eue facile, le beau Tom. La célébrité lui est tombée dessus pratiquement du jour au lendemain, et vous savez un peu comment elle est, la célébrité: une vieille calvette. Les madames se sont mises à le pourchasser, il a dû faire des détours pour rentrer chez lui où, invariablement, il trouve, sur son portique, des biscuits, des fleurs, de la soupe, des sous-vêtements affriolants, des invitations à sortir, des photos de madames et des demandes en mariage. L'an dernier, on a même sonné à sa porte, et quand il a ouvert, il s'est retrouvé devant une fille de 18 ans qui lui demandait de l'accompagner à son bal des finissants (il a refusé poliment). L'an dernier toujours, il a dû changer de numéro de téléphone trois fois.
Résultat, après avoir passé quelques mois au sommet du monde en remportant le Super Bowl XXXVI, Tom Brady s'est écroulé. Trop de pression, comprenez-vous? Vous essaierez, vous messieurs, de plaire constamment aux femmes et de vous en trouver ragaillardi: c'est tout sauf simple. En 2002, les Patriots se sont mis à perdre, et ils ont raté les séries. Brady s'est isolé. Et il a fait une sorte d'espèce de genre de dépression.
Mais rassurez-vous, pas question de foutre votre week-end à la flotte, aujourd'hui, ça va mieux. Tellement mieux que les Patriots ont gagné leurs 14 derniers matchs. C'est la leçon de la semaine, un winner ne reste jamais sur le carreau longtemps. Et Tom Brady, paraît-il, a du feu dans le regard sous son protecteur facial, et, paraîtrait-il, aurait un début de quelque chose avec l'actrice Bridget Moynahan.
Pour cette raison et cette raison seule, les Patriots vont gagner par trois points demain. Parce que Tom Brady en a souvent vu, des Caroline qui veulent lui mettre le grappin dessus. Il y en a beaucoup en Nouvelle-Angleterre. Alors qu'en Caroline, selon mes sources, il y a surtout des Charlotte.
jdion@ledevoir.com
Et puis, tenez, puisqu'il est question du Congrès, un rapprochement fascinant, quoique vaseux: qui étaient les deux candidats de tête à l'investiture démocrate après que l'Iowa eut ajourné ses caucus? Qui sont ces deux leaders postmodernes qui pourraient se retrouver sur le même ticket contre George W. l'automne venu? En plein cela: John Kerry et John Edwards. John Forbes Kerry, d'ailleurs, avez-vous vu ça un peu, dont les initiales au long sont JFK, ce qui ne veut peut-être rien dire mais qui, il faut en convenir, est quand même mieux que s'il s'appelait Peter, mettons, ce qui donnerait PFK (une denrée qui, même pendant la télédiffusion du Super Bowl, est contre-indiquée si l'on veut se rendre au quatrième quart).
Or Kerry est sénateur du Massachusetts, et qui dit Massachusetts dit Boston, et qui dit Boston dit Nouvelle-Angleterre, et qui dit Nouvelle-Angleterre dit Patriots. Et Edwards est sénateur de la Caroline du Nord, et qui dit Caroline du Nord dit Caroline, c'est bien connu, et qui dit Caroline dit Panthers. Ce ne peut juste pas être un hasard. Surtout que le match aura lieu à Houston, au Texas, et qui dit Texas dit peine capitale, et qui dit peine capitale dit George W. Je vous le dis, messieurs dames, de quelque côté que l'on aborde la question, on revient à la case départ: toute est dans toute, et vice-versa.
On m'apprend par ailleurs à l'instant qu'en mettant ensemble «Patriots» et «Panthers», on obtient l'anagramme «star prophétisant». Et quand on intervertit les lettres de «Nouvelle-Angleterre», le croiriez-vous, on peut former «Angleterre nouvelle». C'est bien pour dire.
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Bref, Tom Brady était là ce soir-là, invité par la première dame du pays parce qu'il participe à des camps sportifs pour les jeunes, les détournant ainsi de la maudite drogue sale, du sexe hors mariage et de la violence à laquelle est exposé quiconque regarde du football américain. Pour les d'entre vous qui tiennent une carte de pointage, Brady était assis drette entre Alma Powell, épouse de Colin, et Joyce Rumsfeld, épouse de Donald, la mautadite chanceuse.
Au moment d'envoyer les faire-part, on ne savait pas encore que Brady participerait au Super Bowl, mais ç'a bien adonné. Il en sera le seul joueur connu, comme il sied de ces deux équipes «défensives» — un euphémisme qui signifie qu'elles accrochent sans arrêt et se retrouvent dans les pantalons de l'adversaire avant que celui-ci n'ait eu le temps de crier «dégage mon cochon». Si tout se passe comme prévu, le match devrait d'ailleurs ressembler à la course démocrate, vaguement ennuyante, qui fait se demander pourquoi on s'est tellement excité pour ça. (Formidable tout de même qu'on fasse un plat avec un gars qui reçoit 39 % des voix dans la conurbation du grand New Hampshire métro.)
Seul connu, mais quel connu. Il y a deux ans, après avoir hérité du poste de quart-arrière à la suite d'une blessure à Drew Bledsoe et avoir conduit les Patriots à la victoire finale, il est devenu célèbre. En plus, il est riche, il est jeune (26 ans), il est plutôt pas mal joli garçon à ce que racontent les dames — le quotidien Boston Herald, auquel je suis abonné les jours impairs, le surnomme «QB/QT», pour quarterback et cutie, slang de filles pour désigner le bel aménagement du chromosome Y— et, ce qui n'est pas pour nuire, il est célibataire. Il s'efforce d'être bien entretenu, itou: il se fait périodiquement blondir les cheveux par une professionnelle de la coiffure, selon des sources à moi grassement rémunérées.
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Mais il ne l'a pas toujours eue facile, le beau Tom. La célébrité lui est tombée dessus pratiquement du jour au lendemain, et vous savez un peu comment elle est, la célébrité: une vieille calvette. Les madames se sont mises à le pourchasser, il a dû faire des détours pour rentrer chez lui où, invariablement, il trouve, sur son portique, des biscuits, des fleurs, de la soupe, des sous-vêtements affriolants, des invitations à sortir, des photos de madames et des demandes en mariage. L'an dernier, on a même sonné à sa porte, et quand il a ouvert, il s'est retrouvé devant une fille de 18 ans qui lui demandait de l'accompagner à son bal des finissants (il a refusé poliment). L'an dernier toujours, il a dû changer de numéro de téléphone trois fois.
Résultat, après avoir passé quelques mois au sommet du monde en remportant le Super Bowl XXXVI, Tom Brady s'est écroulé. Trop de pression, comprenez-vous? Vous essaierez, vous messieurs, de plaire constamment aux femmes et de vous en trouver ragaillardi: c'est tout sauf simple. En 2002, les Patriots se sont mis à perdre, et ils ont raté les séries. Brady s'est isolé. Et il a fait une sorte d'espèce de genre de dépression.
Mais rassurez-vous, pas question de foutre votre week-end à la flotte, aujourd'hui, ça va mieux. Tellement mieux que les Patriots ont gagné leurs 14 derniers matchs. C'est la leçon de la semaine, un winner ne reste jamais sur le carreau longtemps. Et Tom Brady, paraît-il, a du feu dans le regard sous son protecteur facial, et, paraîtrait-il, aurait un début de quelque chose avec l'actrice Bridget Moynahan.
Pour cette raison et cette raison seule, les Patriots vont gagner par trois points demain. Parce que Tom Brady en a souvent vu, des Caroline qui veulent lui mettre le grappin dessus. Il y en a beaucoup en Nouvelle-Angleterre. Alors qu'en Caroline, selon mes sources, il y a surtout des Charlotte.
jdion@ledevoir.com
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