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Nature: Les défis de l'écotourisme

Louis-Gilles Francoeur   3 juillet 2002 
Fin mai, Québec accueillait le Sommet mondial sur l'écotourisme, un événement dont, malheureusement, les enjeux ont été grandement ignoré par les médias.

Pourtant, non seulement ce sommet trace les voies d'avenir au tourisme, il l'a aussi fait d'une manière exceptionnelle parce que la planète y participait en direct par Internet et parce que jamais avait-on marié nature et culture de façon aussi articulée en faisant de l'un le pilier de l'autre plutôt que de les opposer.

Le Sommet mondial sur l'écotourisme avait fait l'objet de 18 réunions préparatoires, et plus de 3000 représentants de gouvernements, d'entreprises et de groupes divers y ont participé. Il s'est étalé sur quatre semaines par des ateliers et des conférence en ligne. Ce nouveau moyen de communication, qui place sur un pied d'égalité les gros concessionnaires et les micro-entreprises locales, est d'ailleurs désormais défini comme l'outil privilégié du développement de l'écotourisme.

La déclaration finale de ce sommet sera transmise au Deuxième Sommet de la Terre, fin août à Johannesburg, afin que, dans la phase II de la stratégie planétaire de développement durable, une attention particulière soit accordée au tourisme durable comme axe de développement privilégié à la fois pour réduire la pauvreté chez les fiduciaires des joyaux de la nature et pour privilégier ce moyen de protéger ce qui en reste au lieu de laisser accaparer et saccager ce patrimoine par le plus offrant.

La déclaration finale contient des constats costauds: «Chaque fois que dans les espaces naturels et ruraux le tourisme n'est pas planifié et géré judicieusement, il contribue à la dégradation des paysages naturels, aux menaces pesant sur les espèces sauvages et sur la biodiversité, à la pollution des mers et des côtes, à la piètre qualité de l'eau, à la misère, au déplacement des communautés locales et indigènes et à l'érosion des traditions culturelles.» Quiconque a visité Acapulco, Cancún ou les côtes de la Floride avec leurs hôtels et condos construits sur les plages ne peut qu'être d'accord avec ce portrait, apparenté au développement intensif du mont Tremblant, par exemple.

Le sommet a aussi constaté que partout dans le monde, «le financement de la sauvegarde et de la gestion des zones protégées riches de leur biodiversité et de leur culture est insuffisant» même si, la plupart du temps, «la diversité culturelle est associée à beaucoup d'espaces naturels» et que l'écotourisme apparaît comme le moyen par excellence de «contribuer à renforcer la viabilité de l'activité touristique en accroissant les avantages économiques et sociaux pour les communautés d'accueil en participant activement à la protection des ressources naturelles et à l'intégrité des communautés», souvent autochtones.

Les discussions en ateliers ont souvent été désarmantes de vérité. Par exemple, on y a noté que les médias mettent généralement l'accent sur les animaux dangereux et sur les paysages époustouflants mais assez rarement sur l'aspect humain de cette équation pourtant permanente entre les humains et le biotope.

Les gouvernements devront revoir leurs stratégies pour intensifier l'écotourisme sur leurs territoires, un marché qui, en 1994, affichait déjà, selon un sondage de l'époque, un potentiel de 13,2 millions de voyageurs par année uniquement pour l'Alberta et la Colombie-Britannique!

Mais l'écotourisme n'a pas que des avantages: il détruit, ont noté les participants, souvent les bases mêmes de son adoration si les acteurs — surtout privés — sont laissés à eux-mêmes et non contraints par des normes environnementales qui assurent la suprématie de l'intérêt public, une stratégie qui impose de rejeter le modèle néolibéral. La surpression touristique imposée à nos bélugas du fleuve illustre bien ce propos.

Le sommet a aussi noté que tourisme et écotourisme contribuent tout autant à la pollution de l'air et au réchauffement du climat avec des rejets moyens d'une tonne de CO2 par voyageur des lignes aériennes, le mode de transport le plus polluant! Le sommet suggère d'ouvrir un débat sur la question pour amorcer «l'internalisation» des coûts cachés du tourisme aéroporté, par exemple inclure dans le prix du billet d'avion celui de la récupération de la tonne de carbone atmosphérique émise. Cet argent pourrait par exemple financer la plantation d'un nombre suffisant d'arbres pour que le carbone émis lors du transport ne contribue pas au réchauffement de la planète et à la disparition des sites et des espèces naturels recherchés par les touristes!

Le sommet a demandé aux gouvernements nationaux d'accorder, dans les stratégies d'aménagement, la priorité à la protection des zones écologiquement sensibles et des grands paysages en les entourant notamment de zones tampons pour assurer leur pérennité au lieu de les solder au promoteur le plus offrant qui veut en tirer profit.

Le financement des sites protégés, jugé insuffisant partout, est évidemment au coeur de ce débat où l'écotourisme ne récolte pas encore la part du lion.

Par exemple, le Québec a sacrifié plus de 60 chutes et rapides pour quelques mégawatts de plus au début des années 90. Il se propose de récidiver avec 14 nouveaux projets sur des sites publics, accueille favorablement plusieurs projets sur des sites privés et refuse de s'engager à mettre fin à ce mode de développement peu durable. Or, bien souvent, les défenseurs de ces projets sont des gestionnaires de parcs locaux ou régionaux qui voient dans cette mesure le moyen de développer un peu plus leur site, quitte à en sacrifier l'essentiel, la beauté et la majesté. Faute de fonds pour mettre en valeur leurs plus beaux sites naturels, plusieurs acteurs régionaux sont acculés à vendre la chute pour multiplier les tables à pique-nique ou pour réduire le niveau de taxation local, ce qui n'est pas mieux.

Pays d'eau par excellence, le Québec devrait avoir développé depuis 20 ans un circuit des grandes eaux — chutes et rapides — dont il possède la plus impressionnante collection en Amérique. Des incroyables chutes de Sainte-Ursule, à une heure de Montréal, à la perle méconnue qu'est la chute en dentelle derrière le village de Rivière-au-Tonnerre, sur la Côte-Nord, tous ces sites sont susceptibles de former les mailles d'un circuit touristique unique en Amérique, qu'il faudrait lancer avant que les bétonneurs n'aient remporté le morceau.

Nulle part dans le monde les parcs et les monuments naturels ne sont vraiment rentables dans une stricte logique financière, à moins de les saccager sous le poids du tourisme lourd. Mais y investir même au prix de légers déficits — sans commune mesure d'ailleurs avec les gouffres sans fond de la haute technologie et autres éléphants blancs — est sans contredit la plus viable de toutes les cartes de visite que peut se donner le Québec à l'étranger, sa plus indéfectible vitrine à long terme sur sa culture... naturelle. Espérons que le message ne sera pas entendu trop tard.

- Lecture: Le Compostage facilité, sous la direction de Josée Duplessis, Éditions Novaenvirocom, Montréal, 2002, 107 pages. 10 $ par la poste. Ce véritable guide du compostage domestique ravira quiconque aime recycler les résidus de table, de jardinage et de sa propriété. Ce petit document, fort pédagogique et très complet, a été conçu pour les cours donnés dans plusieurs municipalités qui fournissent des composteurs à leurs citoyens. info@novaenvirocom.ca.

- Fête de la pêche: on pêche sans permis samedi et dimanche prochains. Plusieurs activités partout au Québec. Pour consulter le programme: www.fapaq.gouv.qc.ca.






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