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    Québec

    Les cours de français boudés par les immigrants

    Une majorité ignorant le français refusent de suivre les cours offerts par l’État

    26 janvier 2016 | Robert Dutrisac - Correspondant parlementaire  à Québec  | Québec
    Une classe de francisation à Québec: 60 % des immigrants adultes refusent de suivre les cours de français qui leur sont offerts gratuitement.
    Photo: Renaud Philippe Le Devoir Une classe de francisation à Québec: 60 % des immigrants adultes refusent de suivre les cours de français qui leur sont offerts gratuitement.

    Environ 60 % des immigrants adultes qui ne connaissent pas le français en arrivant au Québec refusent de suivre les cours de français qui leur sont offerts gratuitement par l’État, une proportion en nette progression ces dernières années.

     

    Selon le rapport annuel de gestion 2014-2015 du ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI), des 13 455 immigrants reçus qui déclaraient ne pas connaître le français en 2012, seulement 3689 s’étaient inscrits à un cours de français dans les deux ans qui ont suivi, soit un pourcentage de 27,4 %. Mais comme les cours offerts par le MIDI ne représentent que les deux tiers des cours de français offerts aux nouveaux arrivants, a-t-on précisé au ministère — l’autre tiers est le fait du ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale (MTESS) —, il s’agit d’un peu plus de 40 % des immigrants anglophones ou allophones qui jugent bon d’apprendre formellement le français dans les deux ans qui suivent leur arrivée.

     

    Or en 2008, la proportion était inversée : 60 % des nouveaux arrivants ne connaissant pas le français assistaient aux cours offerts par l’État, évaluait-on au ministère. On s’inquiétait toutefois du fait que 40 % d’entre eux choisissaient de bouder les cours.

     

    Délais et budgets en baisse

     

    On montrait du doigt les longs délais que les immigrants devaient subir avant de pouvoir participer à un cours de français. Ces délais n’ont plus cours aujourd’hui. « En matière de francisation, le Ministère répond à la demande et les budgets sont ajustés en conséquence », a soutenu dans un courriel la porte-parole du MIDI, Karine Baribeau.

     

    Et les budgets sont revus à la baisse : réduction de 1,45 million en 2012-2013, de 809 000 $ en 2013-2014 et de 3,4 millions en 2014-2015, pour un total de 5,7 millions, soit près de 10 % du budget consacré à la francisation des immigrants par le MIDI. Selon la porte-parole, la diminution de l’an dernier est due à une baisse de fréquentation des cours à temps complet alors que le nombre d’immigrants qui suivent des cours à temps partiel s’est maintenu. Près de 10 800 immigrants se sont inscrits au cours à temps complet, soit 15 % de moins qu’il y a deux ans, contre 15 350 à des cours à temps partiel et 3000 à des cours en ligne, pour un total d’un peu plus de 29 000 étudiants de tous les niveaux de connaissance du français.

     

    En deux ans, la proportion des immigrants qui ne connaissent pas le français et qui ont accepté de suivre un cours de français de l’État est passée de 36,9 % à ces 27,4 % déjà cités, alors que le MIDI voulait atteindre un objectif de 36,5 % en 2014-2015. De ces 9866 immigrants qui se sont passés des cours de français, la moitié parlaient anglais. Le MIDI ne sait pas combien d’entre eux travaillent et dans quelle langue. Une majorité d’entre eux sont des requérants principaux (60 %) par rapport à des conjoints.

     

    « Pour mieux évaluer la situation, le Ministère a entrepris l’analyse de la participation aux cours de français et des facteurs qui l’influencent », peut-on lire dans le rapport annuel de gestion. Mais une dizaine de mois après avoir produit ce document, les fonctionnaires n’ont pas encore d’explications probantes à fournir. « Il apparaît cependant clair que l’explication est multifactorielle et qu’on ne peut déterminer avec précision le poids relatif de chacun des facteurs », a indiqué Karine Baribeau.

     

    Les changements dans la provenance des immigrants seraient un de ces facteurs, avance-t-elle. Ainsi, « les personnes de la sous-catégorie des travailleurs qualifiés originaires des pays du Maghreb, de l’Afrique subsaharienne francophone, d’Haïti et de la France, comptaient pour moins de 10 % des personnes admises en 2010, alors qu’elles sont passées à près de 40 % des personnes admises en 2012. Même si ces personnes n’étaient pas toutes francophones et que certaines peuvent avoir déclaré ne pas connaître le français, elles proviennent de pays à forte densité francophone et sont souvent francophiles », a fait valoir la porte-parole.

     

    Une possibilité n’est pas envisagée par le ministère : c’est que ces immigrants puissent vivre et travailler dans la grande région de Montréal sans connaître le français.













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