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Une crise sous contrôle

Josée Boileau   2 juillet 2002 
Les 441 ménages qui n'ont toujours pas de logement à Montréal ont réussi à être logés temporairement au cours de cette fin de semaine du 1er juillet. La grande majorité a trouvé refuge chez des parents ou des amis, et 91 ménages sont abrités dans les centres d'hébergement de la ville. Plus d'une centaine de ménages ont profité des services d'entreposage offerts.

Dans l'ensemble du Québec, quelque 150 ménages se sont retrouvés dans les centres d'hébergement mis sur pied par les autorités. «Nous constatons que le problème se pose avec une moindre acuité que ce que nous avions d'abord estimé», indiquait hier, en conférence de presse, le ministre d'État aux Affaires municipales André Boisclair, qui chapeaute le dossier de l'habitation au gouvernement.

Dans l'ensemble du Québec, 1064 suppléments au loyer ont été octroyés dans le cadre du plan d'urgence en vue du 1er juillet, dont 723 à Montréal. Ces suppléments permettent à un ménage de ne consacrer que 25 % de ses revenus à se loger dans le privé, le gouvernement comblant la différence. «Les services offerts aux gens ont donné leur pleine mesure», a commenté le ministre.

«On a la situation sous contrôle», constatait à ses côtés le maire Gérald Tremblay, précisant que 80 cols bleus et 20 camions de la Ville de Montréal ont servi aux opérations de dépannage. Une opération qui s'élève pour le moment à 500 000 $, ce qui inclut les frais d'hébergement et de nourriture, l'entreposage et le travail des cols bleus.

La ville cherchera maintenant à relocaliser la centaine de ménages sans ressources, a indiqué le maire, qui a visité hier les centres d'hébergement. «J'ai eu l'occasion de parler à un très grand nombre de personnes qui se disent, à court terme, satisfaites des efforts qui sont faits, mais qui espèrent toujours qu'on puisse trouver des solutions à moyen et à long termes», a-t-il noté.

Des solutions auxquelles il songe aussi. S'appuyant sur une récente étude de la Communauté métropolitaine de Montréal, M. Tremblay a dit vouloir obtenir des incitatifs fiscaux pour encourager les promoteurs privés à construire des logements locatifs.

Il s'est par ailleurs montré très vigoureux à propos du site Benny Farm, dans l'arrondissement Notre-Dame-de-Grâce, qui a logé pendant plus de 50 ans des anciens combattants. On y trouve aujourd'hui plus de 300 logements vacants et la vocation du site, propriété de la Société immobilière du Canada, est fort disputée depuis des années. La Ville de Montréal aimerait qu'au moins 200 logements sociaux ou à prix abordables y soient aménagés.

«Notre administration est devenue impatiente, pour ne pas dire très impatiente», a dit le maire, en soulignant que ce terrain pourrait accueillir jusqu'à 400 unités de logement. La ville a d'ailleurs mandaté un médiateur pour régler le dossier et promet d'agir si aucune entente n'est trouvée. «La prise de conscience qu'on doit faire comme Montréalais, c'est qu'on ne peut pas se permettre d'avoir une disponibilité de logements comme le site Benny Farm et retarder encore des échéances», a-t-il dit.

Selon la tournée téléphonique faite par Le Devoir hier, la journée a été tranquille dans les autres grandes villes et chacun attribuait la situation aux arrangements pris au cours des dernières semaines.

À Québec, 38 ménages avaient recours à l'hébergement d'urgence, notamment dans les résidences étudiantes de l'Université Laval, ce qui était bien en-deçà des 150 places prévues. «Mais si on n'avait rien fait, il y aurait bien plus de ménages à la rue», signalait le directeur général de l'Office municipal d'habitation, Jocelyn Bigras.

Des 513 appels reçus à Québec au cours du dernier mois, 85 ménages étaient admissibles au programme d'urgence de supplément au loyer. De ce nombre, 39 ont trouvé un logement, d'autres seront logés cette semaine, et il reste une vingtaine de logements à trouver. Une mission que l'OMH ne considère pas impossible puisque depuis une semaine, beaucoup de propriétaires se sont manifestés.

À Longueuil, où 160 dossiers ont été ouverts depuis le 27 mai et 76 suppléments au loyer octroyés, la situation était aussi sous contrôle. L'Office municipal d'habitation a attribué 90 logements à Longueuil ou dans la vaste région de la Montérégie. Certains se sont même retrouvés aussi loin que Waterloo. «Mais les gens étaient d'accord, insiste le directeur général de l'OMH, M. Jean-Benoît Laberge. On ne fait pas de la déportation!»

Les autres ménages ont trouvé par eux-mêmes à se loger et il n'en restait plus que six, hier, à chercher encore. Ils ont pour le moment trouvé refuge chez des parents ou des amis, et une seule personne a dû être dépannée.

Même situation à Laval où une personne a eu recours dimanche soir à l'hébergement temporaire offert dans un sous-sol d'église, où une cinquantaine de cubicules sont aménagés. Trois ménages totalisant 10 personnes ont toutefois contacté hier le centre d'aide et devaient se rendre à l'église en soirée.

Au cours des deux dernières semaines, le centre d'aide de Laval a reçu 70 demandes d'aide et 34 ménages étaient admissibles au supplément au loyer. Depuis, ces ménages ont trouvé eux-mêmes un logement ou ont été relogés par l'Office municipal d'habitation. «Les citoyens nous signalent les logements à louer. Il y a une vraie solidarité et on l'apprécie grandement», soulignait hier le porte-parole de la ville, Jean-Claude Beaudry. Une réaction notée aussi à Longueuil.

À Gatineau, 13 familles sont logées dans des chambres de motel. De plus, quelque 55 suppléments au loyer ont été octroyés. François Roy, du groupe Logemen'occupe, a salué les efforts des autorités, mais noté des lacunes. Contrairement à Montréal, ni allocation de subsistance ni nourriture ne sont offertes aux familles; les cols bleus ne participent pas aux opérations et la Croix-Rouge non plus.

François Giguère, du Comité de logement social de Châteauguay, se réjouissait de son côté de l'exceptionnelle collaboration de la ville, qui a permis de loger bien des familles, d'accorder 15 suppléments au loyer et de limiter l'hébergement d'urgence à deux ménages, l'un en motel, l'autre dans une communauté religieuse.

«Mais l'effet caché de ce que l'on vit présentement, c'est que les ménages qui vivent dans des conditions précaires — deux familles dans un quatre et demi par exemple — ne sont pas comptés», dit-il.

Un constat que partage François Saillant, du FRAPRU (Front d'action populaire en réaménagement urbain), qui ajoute: «Ma grande peur, c'est qu'une situation comme celle-là devienne banale et qu'on s'y habitue. Ce n'est pas parce qu'on a doré la pilule en fin de semaine que la pilule est plus facile à avaler!»






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