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Un soldat terre-neuvien périt lors d'un attentat suicide

28 janvier 2004 
Des soldats canadiens examinent les lieux où un attentat suicide a coûté la vie à l’un des leurs hier, à Kaboul, en Afghanistan. Un kamikaze s’est fait exploser près d’un véhicule militaire Iltis, tuant l’un des quatre occupants et blessan
Photo : Agence Reuters
Des soldats canadiens examinent les lieux où un attentat suicide a coûté la vie à l’un des leurs hier, à Kaboul, en Afghanistan. Un kamikaze s’est fait exploser près d’un véhicule militaire Iltis, tuant l’un des quatre occupants et blessan
Ottawa - Au moment où des soldats de Valcartier commencent à arriver en Afghanistan, un attentat suicide a coûté la vie, hier matin, à un soldat terre-neuvien, à Kaboul. Le ministre de la Défense, David Pratt, a néanmoins assuré qu'Ottawa maintiendrait la mission canadienne jusqu'en août.

Vers 8h30, heure de Kaboul, un kamikaze bourré d'explosifs a embarqué à bord d'un véhicule léger Iltis et a déclenché une déflagration qui a tué le caporal Jamie Brendan Murphy, 26 ans, de Conception Harbour, à Terre-Neuve et blessé trois autres soldats canadiens, alors que leur patrouille tirait à sa fin.

M. Murphy est le septième soldat canadien à mourir en Afghanistan depuis l'automne 2001. Le convoi touché se trouvait à environ un kilomètre de Camp Julien, la principale base canadienne à Kaboul, quand l'attentat a été perpétré. Un civil afghan en est aussi mort, tandis qu'au moins huit autres ont été blessés, dont deux grièvement. Selon les agences de presse internationales, l'attentat a été revendiqué par les talibans, qui voudraient en multiplier le nombre «jusqu'à ce que les forces de la coalition aient quitté» le pays. Depuis leur expulsion du pouvoir par les forces américaines, à l'automne 2001, les talibans ont formé une guérilla qui a fomenté de nombreuses attaques contre les forces internationales à Kaboul.

Les trois soldats blessés, le lieutenant ontarien Jason Matthew Feyko, 30 ans, le caporal néo-brunswickois Richard Michael Newman, 23 ans, et le caporal terre-neuvien Jeremy Gerald MacDonald, 30 ans, ne l'ont été que légèrement et sont dans un état stable.

«Il est difficile de comprendre un acte aussi insensé qu'un attentat suicide», a confié le major-général Andrew Leslie aux soldats postés à Kaboul, hier après-midi. «Cet attentat, aussi répréhensible soit-il, nous rappelle pourquoi vous êtes ici, a-t-il poursuivi. Vous êtes ici pour protéger la population de ces êtres ignobles.»

Inquiétudes

À la garnison de Valcartier, près de Québec, le capitaine Mario Couture a reconnu que l'attaque risquait de susciter des préoccupations au sein des familles, puisque 400 militaires de cette base ont déjà pris la route de Kaboul. À la mi-février, 2000 soldats de Valcartier auront remplacé leurs collègues de Petawawa, en Ontario, qui sont en Afghanistan depuis août dernier. «C'est clair que, pour les familles, ça vient d'augmenter d'un cran le niveau d'appréhension pour la sécurité du proche qui est envoyé là-bas», a admis M. Couture en entrevue téléphonique.

À Ottawa, le premier ministre Paul Martin a qualifié l'attentat terroriste de «lâche». Il a offert ses condoléances à la famille du caporal Murphy. «Cet incident nous rappelle douloureusement que la défense de nos valeurs et l'accomplissement de notre devoir dans le cadre de la campagne internationale contre le terrorisme peuvent exiger un lourd tribut», a-t-il déclaré dans un communiqué.

Le président afghan, Hamid Karzaji et le secrétaire-général de l'OTAN, Jaap de Hoop Scheffer, ont aussi condamné l'attentat.

Le ministre canadien de la Défense, David Pratt, a répété qu'Ottawa entendait maintenir des soldats en Afghanistan jusqu'en août, comme prévu. La mission afghane, a-t-il soutenu, renforce la sécurité du Canada. «Nous restons inébranlables dans notre engagement envers cette mission», a-t-il affirmé en conférence de presse.

Véhicules

Comme cela avait été le cas lors de la mort de deux autres soldats canadiens en Afghanistan, en octobre dernier, les questions ont rapidement porté sur les véhicules utilisés par l'armée à Kaboul, des jeeps légères Iltis. «Il n'existe pas, sincèrement, de véritable protection contre un commando suicide résolu», a estimé le chef d'état-major des Forces canadiennes, le général Ray Henault. Le commando «aurait très bien pu attendre que nos soldats fassent leur patrouille à pied [pour attaquer]», a-t-il fait remarquer.

À la suite de l'accident d'octobre dernier, au cours duquel une mine antichar avait détruit un Iltis, les autorités militaires ont convenu d'accélérer le remplacement de ces véhicules par des Gelaendewagens blindés construits par Mercedes.

Soixante de ces nouveaux véhicules doivent arriver en Afghanistan le mois prochain et une quarantaine d'autres, en mars ou en avril. Mais ils ne remplaceront pas tous les Iltis. Une chose est sûre, ces patrouilles à pied vont se poursuivre à Kaboul, afin que les soldats puissent garder le contact avec la population locale.

Colère

À Kaboul, pourtant, certains soldats en avaient contre l'état-major de l'armée. Ils croient que l'attentat d'hier constitue une vengeance à la suite du raid que les troupes canadiennes ont mené le 18 janvier dernier et qui a conduit à l'arrestation de présumés «terroristes». C'était la première offensive des soldats canadiens depuis leur arrivée en Afghanistan, en août dernier.

«Ils ont remué un nid de guêpes juste avant que nous rentrions chez nous, a indiqué un soldat, sous le couvert de l'anonymat. Voilà la monnaie de notre pièce.»

«Ils font la lutte à des gens qui ont tué pour moins que ça, a ajouté un autre militaire. C'est relié à l'argent de la drogue.»

Rien ne prouve que l'attentat visait directement les Canadiens, plutôt que la Force internationale d'assistance à la sécurité en Afghanistan (FIAS), a rétorqué le général Henault.

D'autres soldats se sont par ailleurs indignés de ne pas avoir été dépêchés rapidement sur les lieux après l'attentat. «Nous aurions dû être là dans les heures qui ont suivi pour chercher les responsables de l'attaque», a lancé l'un d'entre eux.

Les troupes canadiennes comptent pour 40 % des effectifs de la FIAS. Le Canada prendra le commandement en chef de cette dernière le mois prochain.






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