Prendre des pois et perdre du poids

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De mémoire de chroniqueuse, c’est la première fois qu’on m’accorde une entrevue sur Skype et tapis roulant. Le Dr Michael Greger n’est pas nécessairement hyperactif — bien qu’il prononcera des conférences dans une soixantaine de villes de sept pays au cours des trois prochains mois —, mais il sait que bouger est capital.

 

Nos modes de vie sédentaires y font pour beaucoup dans les chiffres alarmants de maladies chroniques qui affligent les pays industrialisés et grèvent plus de 75 % du budget de santé aux États-Unis. Voilà pourquoi son ordinateur est fixé sur son tapis roulant et qu’il y travaille le plus souvent possible, en chemise et cravate !

 

L’essentiel des travaux de vulgarisation de ce médecin-chercheur américain ne porte pas sur l’exercice, mais plutôt sur l’alimentation à base de végétaux (whole plant food diet). Il préfère utiliser cette expression plutôt que « végétalien », un terme javellisé et politisé avec les années. « Il existe des crèmes glacées et des beignes « vegan ». L’industrie alimentaire pense à tout pour vous récupérer et semer la confusion », note-t-il.

 

L’ONU ayant déclaré 2016 Année des légumineuses (sans blague !), le Dr Greger ne pouvait tomber mieux avec le message qu’il diffuse depuis de nombreuses années sur son populaire site web à but non lucratif (NutritionFacts.org), alimenté par dix chercheurs. Son dernier livre, publié avant Noël et qui figure sur la liste des best-sellers du New York Times depuis, porte un titre qui pourrait rebuter : How Not To Die. Comment ne pas mourir.

 

Ce vaste projet, ultimement voué à l’échec, s’attarde aux 15 causes les plus probables de votre trépas, sournoisement amorcé dans la vingtaine. On creuse sa tombe avec ses dents, veut l’adage. La différence en terme de longévité est de 14 ans pour ceux qui font la transition vers une alimentation plus riche en végétaux, sans parler de la qualité de vie. « L’aliment idéal ne contient qu’un ingrédient et il est fabriqué par une plante », scande le Dr Greger, grand apôtre de la légumineuse, de la germination de brocoli et de la tisane d’hibiscus.

 

Tant pour le diabète et l’hypertension artérielle (400 000 décès par année aux États-Unis) que pour les maladies cardiaques (première cause de mortalité chez nos voisins), certains cancers et même l’Alzheimer, le Dr Greger déterre une foultitude d’études scientifiques (et nous les donne à consulter dans les 140 dernières pages de références de son livre) qui démontrent de façon explicite et répétée ad nauseam à quel point notre alimentation moderne est néfaste et produit des obèses et diabétiques en série.

 

Il est possible de prévenir, mais également de renverser la vapeur dans bien des cas, sans médicaments ni effets secondaires. Ce nouveau mode de vie ne profite à personne, sauf à vous-même, et peut-être à un obscur producteur de pois chiches.

 

Chronique d’une mort annoncée

 

Si le Dr Greger a choisi la médecine axée sur la nutrition, c’est grâce à sa grand-mère, renvoyée à la maison par ses médecins, souffrant de maladie cardiaque et d’angine, condamnée à une mort prochaine à l’âge de 65 ans.

 

Après avoir vu un reportage à l’émission 60 Minutes sur une « plant-based diet » dans une clinique californienne, cette Floridienne entêtée fait le voyage de la dernière chance en fauteuil roulant et ressort trois semaines plus tard en marchant 20 kilomètres… par jour. Elle a vécu 31 années de plus en bonne santé, jusqu’à l’âge de 96 ans.

 

Aujourd’hui, le Dr Greger est invité à titre de conférencier dans les congrès médicaux et les hôpitaux. Il attire l’attention des médecins sur le médicament le plus puissant qui existe pour défier 80 % des maladies chroniques : le contenu de l’assiette. « La plupart n’ont jamais entendu parler de cela ; ce qui est normal étant donné qu’on ne l’enseigne pas dans les écoles de médecine. Les autres sont au courant des diverses études, de l’evidence-based nutrition qui existe depuis au moins 1990, mais affirment que leurs patients ne feront jamais cela. »

 

Le Dr Greger dénonce avec véhémence cette attitude paternaliste de la confrérie médicale. « Ils mettent la pédale douce sur la vérité, mais c’est le choix du patient ! Pas celui du médecin ! On parle de questions de vie ou de mort ici… »

 

Le Dr Greger ne prétend pas que vous échapperez forcément à la mort en broutant du kale aux graines de lin : « C’est comme la ceinture de sécurité, ça ne garantit pas que vous ne mourrez pas dans un accident d’auto. »

 

Par contre, pour à peu près toutes les maladies, même la dépression, une diète à base de végétaux vous évitera de fréquenter le médecin. En deux semaines, des patients diabétiques adoptant une diète végétalienne ont pu cesser l’insuline qu’ils s’injectaient 20 fois par jour depuis 20 ans.

 

Même pour le cancer de la prostate et du sein, on a constaté des changements chez les patients dépistés à un stade précoce. « Les taux de cancer diffèrent de 100 % selon l’endroit où nous sommes dans le monde. Les études de migration sont très claires là-dessus. Dès que des Japonaises adoptent le mode de vie occidental, les taux de cancer du sein augmentent de façon significative en moins d’une génération. »

 

Changement de mentalité

 

Au fil des ans, le Dr Greger s’est bâti un petit fan club, même ici à Montréal, une ville qu’il adore visiter. Peu à peu, il assiste au changement des mentalités, plus familières avec The China Study ou Forks over Knives, apaise les peurs du public, dont celles de manquer de protéines ou de fer.

 

« 98 % des gens n’ont pas le minimum de fibres et de potassium dans leur diète. Les végétaliens s’en sortent avec 70 % de plus de protéines que leurs besoins minimaux. À moins d’adopter une diète à base de laitue, vous rencontrez vos besoins en protéines. Même chose pour le calcium : pas besoin de produits laitiers, on en trouve largement dans les végétaux à feuilles vert foncé et ils ne contiennent pas de cholestérol. »

 

Le Dr Greger n’a jamais prescrit de statines ni fait de pontage coronarien, mais il a probablement sauvé plus de vies à lui seul que tous les départements d’un hôpital réunis. « Les gens commencent par dire : “ Je ne peux pas faire ça !” Je réponds : “Essayez trois semaines ! ” Leur goût change et ils voient les résultats. Ceux qui retournent en arrière le font généralement à cause de la pression sociale. »

 

Sur ce, fidèles lecteurs, je vous souhaite une année riche en volonté et en légumineuses. Très égoïstement, je vous préfère pétants de santé.

Downton, The End

Ma télésérie favorite ever (Downton Abbey) a repris l’antenne dimanche dernier à PBS pour entamer son ultime révérence et sa sixième saison. J’ai pris un peu d’avance durant les vacances de Noël et me suis régalée jusqu’au Christmas Special. Que de larmes versées au moment de fredonner cet au revoir. Car au revoir, il y a. Pour les aficionados comme moi, ne reste plus qu’à reprendre du début et à bisser en sirotant un thé à la rose. J’en ai même acheté un avec les trois soeurs Crawley en médaillon sur la boîte. On est Downton ou on ne l’est pas !

Photo: PBS
«Notre médecine est excellente pour régler des problèmes aigus mais a très peu à offrir pour les maladies chroniques qui représen­tent 85 % des problèmes de santé. On ne traite pas la cause. Et cette cause est le mode de vie», affirme le Dr Michael Greger

Photo: Tatiana Mendez
Dégusté le best-seller How Not To Die durant mes vacances, coécrit avec Gene Stone, l’auteur du best-seller Fork over Knives. Le livre du Dr Michael Greger est passionnant pour quiconque s’intéresse à la nutrition basée sur des évidences scientifiques et non pas sur le Guide alimentaire canadien, soumis à divers lobbys. Le site du Dr Greger, est financé par un mécène canadien et les profits du livre et des conférences sont versés à un organisme de charité. «Just a labor of love», écrit l’auteur dans son dernier pavé, qui n’est pas commandité par Pfizer ou Nabisco, on s’en doute. On peut télécharger l’application gratuite «Dr. Greger’s Daily Dozen» sur son téléphone pour s’aider au départ.

Réservé mon billet pour la conférence du Dr Greger, le vendredi 15 janvier à 19h à l’UQAM, à Montréal : «Food as medicine. L’alimentation sous ordonnance» (en anglais seulement).

Trouvé des cours de cuisine virtuels totalement végés sur le site Forks over Knives un dérivé du livre et du documentaire (Netflix). Sur trois mois, on vous apprend à cuisiner équilibré sans produits d’origine animale. Le Dr Greger convient que les gens ne savent plus cuisiner, ou alors qu’il faut parfois retrouver ses repères en adoptant une diète basée sur les végétaux.

Salivé devant le menu 100 % végétal de Brutalimentation, une traiteure végétalienne qui livre vos repas à Montréal. Pour avoir déjà goûté à la cuisine de Marie-Ève Savaria, je regrette de ne plus habiter en ville.
4 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 8 janvier 2016 02 h 11

    une soupe aux pois au petit lard comme nos ancetres l'aimaient

    Quand nous avons été éduqués a un régime carné, il n'est pas facile de passer aux légumineuses, ca fait deja quelques années que je m'y essaie, mon regime est maintenant amélioré, mais j'ai encore des fringales de viande, surtout de porc, n'est il pas a la base de notre regime depuis très très longtemps, il me semble toujours complémentaire a tout ce que je mange, n'est ce pas la bête de prédilection de nos ancetres, ne fait-il pas bon ménage justement avec les légumineuses, ma mère faisait une soupe au pois au petit lard extra ordinaire, c'était mon repas préféré, je le considerais comme complet des petit légumes ajouté au dernier moment venait en compléter le gout

  • Guy Lafond - Inscrit 8 janvier 2016 05 h 25

    Le Dr. Greger:


    Ce docteur représente sûrement un bon modèle à suivre. À des médecins du Québec et du Canada: "Heads up!"

    Le Dr. Greger a-t-il pensé à se lancer en politique aux É.U.?

    Autrement, éduquer et permettre à tous de soigner sa santé efficacement est assurément "un devoir d'Hippocrate".

    Les hypocrites et les corrompus de la mauvaise alimentation finiront bien un jour par être confondus. ;-)

    Soulager les budgets de la famille et de l'État est notre devoir et est aussi dans notre intérêt à tous.

    Merci Le Devoir. Merci Mme Blanchette de "laver toujours plus blanc". :-)

    (Un Québécois à pied et à pied d'oeuvre à Ottawa)

  • Claude Banville - Abonné 8 janvier 2016 12 h 33

    La survie ...

    Chère Joblo,

    Merci de me faire découvrir ce bon docteur. Cette découverte suscite chez moi une réflexion sur deux thèmes essentiels à notre survie : l’industrie alimentaire et notre corps médical. Survie, comme dans « Not to die ».

    Un exemple du comportement de l’industrie alimentaire est traité par Isabelle Paré dans l’édition d’aujourd’hui. Il a également été présenté dans un récent numéro de Bloomberg Business Week. Cette revue, qui ne peut absolument pas être considérée comme un pamphlet gauchiste, a d’abord présenté simplement la proposition de départ du comité scientifique qui s’est penché sur la révision du Guide alimentaire des USA, proposition déposée au début de l’année 2015. L’article, qui prenait la forme d’un tableau schématique, nous montrait ensuite l’évolution de ce qui en était retenu au fil des auditions publiques et des représentations des divers lobbies, lobbies essentiellement à la solde de la grande industrie alimentaire. Il se terminait par une liste des entreprises qui ont comparu aux divers moments. L’ensemble annonçait clairement et explicitement ce que nous présente Isabelle Paré.

    L’industrie alimentaire est à la fois notre allié et un dangereux compagnon de route. Elle est notre allié en ce que peu d’entre nous dépassons le 0% de production de ce que nous mangeons quotidiennement. Difficile d’être plus dépendant. Elle est dangereuse en ce que ses intérêts divergent fortement des nôtres, avec les résultats que l’on connaît et qui sont si bien présentés par le Dr Greger. L’industrie alimentaire est totalement partie prenante du capitalisme, décrit par Bernard Maris dans le Devoir d’hier de la façon suivante : « Ce que le capitalisme ne connaît pas, c’est le bien et le mal. » L’industrie alimentaire travaille pour le profit et est sourde aux conséquences des actions que cela l’amène à poser.

    Il est désolant de devoir dire la même chose du noyau dur du corps médical. Noyau dur parce qu’ils ne participent pas tous, mais tous so

  • Catherine-Andrée Bouchard - Abonnée 10 janvier 2016 17 h 01

    Vous accordez trop d'importance à ce que vous mangez...

    Les nutritionnistes américain(e), s'il fallait prendre l'apport nécessaire recommandé chaque jour de chaque aliment imposé, nous serions tous obèses. Et nous engagerions un ( très facultatif) nutritionniste pour qu'il nous " aide" à contrôler notre poids.

    Vous n'avez pas compris l'arnaque du siècle!?! C'est pour créer de l'emploi... Des " spécialistes" qui induisent en erreur pour mieux servir.

    Un bon repas par jour, c'est ben en masse!

    Et on a même toujours le droit à un gros dessert cochon et mettre trois crèmes dans son café...mmm...

    Je vous dit mon secret égoïstement, pour que vous soyez aussi pimpante toute l'année!

    Sans rancune et surtout très riche 2016 pour vous et les vôtres,

    Votre deuxième plus fidèle admiratrice, m. Paquette me bat haut la main!