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    Le Québec doit reprendre en main la gestion de ses forêts

    Tout comme le droit reconnaît le principe du pollueur-payeur, les compagnies forestières, responsables du saccage de nos forêts, devraient être tenues de payer leur quote-part du financement de la rec

    7 avril 2010 09h38 |Léandre Décarie - Montréal
    Alors que la commission Coulombe sur la gestion de nos forêts amorce ses travaux, je me permets d’ajouter ma voix citoyenne à ce débat. Bien que cette épineuse question ait suscité depuis quelques années des interventions remarquées, celle de Richard Desjardins, avec son Erreur boréale, a servi de véritable électrochoc.

    Elle a fait la démonstration auprès du public, comme d’autres l’avaient également fait en Colombie-Britannique, que des compagnies forestières avaient littéralement saccagé nos forêts. Ayant recours à un équipement de plus en plus lourd dans le but de maximiser leurs profits, elles se sont permis, se croyant à l’abris des regards indiscrets, des abattages sauvages avec, en prime, l’endommagement des sols (coupes à blanc, etc.).
    On a également mis en évidence l’incapacité chronique de nos ministères des Ressources naturelles d’assurer un développement durable et une biodiversité acceptable: permis de coupe sur des territoires beaucoup trop étendus, quotas excessifs et sans appel, paraît-il.
    La présence de représentants de forestières au sein du ministère (le loup dans la bergerie) a de quoi étonner. S’agissait-il d’un pur hasard ou d’une sorte de sous-traitance, par le privé, de certaines tâches du ministère (surveillance des travaux, calcul de la quantité de bois prélevée, etc.)? Je suis porté à croire la deuxième hypothèse et à conclure que s’il y a un exemple où l’association public-privé s’est avérée catastrophique, c’est bien celui de la gestion de nos forêts, et ce, depuis très longtemps d’ailleurs (voir notamment l’article de Bertrand Harvey dans le numéro de mars 2003 de L’Action nationale, «Une vision gouvernementale passéiste»).
    Les compagnies, premières responsables
    Les forêts demeurant la propriété du Québec, les compagnies avaient une obligation morale et juridique de bien gérer les forêts qui leur avaient été confiées, d’autant plus que nos ministères des Ressources naturelles (ou des Forêts, selon le cas) avaient cru bon de s’en remettre à elles.
    Ces compagnies ne peuvent pas plaider l’ignorance. En effet, elles ont toujours eu à leur emploi des ingénieurs forestiers et d’autres personnes-ressources pour les conseiller. Elles étaient très certainement au courant des pratiques adoptées par les Scandinaves depuis plus de 50 ans pour préserver la ressource et maintenir une saine diversité. Tout comme le droit reconnaît le principe du pollueur-payeur, les compagnies, responsables du saccage de nos forêts, devraient être tenues de payer leur quote-part du financement de la reconstitution d’une forêt boréale saine et diversifiée.
    Contrairement aux compagnies de tabac, qui auront probablement à débourser des sommes importantes pour indemniser les victimes de leur produit, les forestières peuvent cependant se consoler à l’idée que l’argent qu’elles seraient tenues de payer pour la régénération des forêts se transformerait de toute façon en investissement à long terme.

    L’autogestion s’impose
    «La forêt autrement», titre du dossier de L’Action nationale dans son numéro de mars 2003, indique bien la direction que devra rapidement prendre le Québec en reprenant en main la gestion de ses forêts et en favorisant la participation des régions concernées (Blancs et Amérindiens). Ainsi, celles-ci pourraient enrayer leur dépeuplement et attirer des travailleurs en chômage chronique dans nos villes. Un plus grand nombre de forestiers, ayant recours à un équipement moins lourd et pratiquant une sylviculture beaucoup plus élaborée, redonnerait à nos forêts leur santé et leur biodiversité d’antan.
    Les ingénieurs forestiers pourraient être encore davantage les véritables maîtres d’oeuvre de ce nouveau plan gouvernemental; la faculté de génie forestier de l’Université Laval pourrait être encore plus impliquée dans la formation sur le terrain de ses étudiants et participer encore plus étroitement à des projets de recherche. Un nouveau système de gestion et d’exploitation des forêts donnerait aux régions concernées le contrôle de leurs forêts à tous les chapitres. Bertrand Harvey suggère quant à lui la multiplication des fermes forestières propices à la sylviculture.
    Devant le tollé général qu’a provoqué L’Erreur boréale ainsi que d’autres interventions publiques de son auteur, le gouvernement du Parti québécois, puis celui du Parti libéral, a annoncé la tenue d’une enquête. D’aucuns auraient souhaité une enquête publique, avec les pouvoirs judiciaires dont dispose la commission responsable d’une telle enquête. Malheureusement, le gouvernement semble vouloir se contenter d’une enquête de nature moins contraignante et dont le but avoué serait avant tout «de rassurer». Il serait pour le moins inacceptable de traiter ce problème de façon aussi légère. Les milliards de dollars que coûtera le sauvetage de nos forêts ne doivent pas être le seul lot des contribuables du Québec, comme cela a malheureusement été (et est encore trop souvent) le cas dans bien d’autres domaines.
    Qu’il suffise de rappeler les demandes d’aide gouvernementale des papetières pour leur modernisation (celles-ci ont déjà menacé, on le sait, de fermer boutique si elles n’obtenaient pas l’aide de l’État). Selon ce qu’a toutefois révélé une enquête à cette époque, ces entreprises avaient tout simplement négligé, au Québec, de garder les fonds nécessaires en réserve durant leurs années de vaches grasses. Aux États-Unis, curieusement, elles avaient fait preuve de bien plus de prévoyance...
     
     
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