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Maria Di Lorenzo - Douloureux combat d'un médecin

Ramses Wassef - Professeur titulaire au département de chirurgie de l'Université de Montréal et chirurgien du côlon et du rectum au département de chirurgie du Centre hospitalier de l'Université de Montréal - hôpital Saint-Luc  28 janvier 2004 
C'est avec beaucoup de tristesse que j'ai lu les articles parus dans les quotidiens au sujet des familles des enfants qui ont reçu cet appel public relatif à leur chirurgie antérieure à l'hôpital Sainte-Justine. Je comprends leur inquiétude et j'espère de tout coeur que toutes ces personnes seront rassurées par les résultats des prélèvements. Cela est certes triste pour ce qu'elles doivent vivre, mais c'est triste aussi pour la mémoire de Maria Di Lorenzo.

Maria n'était pas une de mes grandes amies. Je n'étais pas au courant de sa condition médicale. Mais c'était une collègue et une camarade, une chirurgienne extrêmement dévouée à laquelle bien des patients doivent leur vie et leur santé, une personne d'intelligence très nettement supérieure et une professeure appliquée et appréciée par tant d'étudiants et de résidents.

Elle a contribué à notre compréhension et au traitement de l'entérocolite, une maladie potentiellement mortelle des jeunes enfants, par ses recherches et découvertes lors de l'élaboration de son doctorat.

Je l'ai connue lors de notre résidence en chirurgie et l'ai retrouvée dans notre circuit universitaire après nos longues années de formation. Nous nous accueillions avec une étreinte et un baiser sur la joue, et j'étais toujours content de la voir. J'ai été terrassé par son décès.

Maria vivait pour ses patients, pour sa profession, pour soigner et tenter de guérir. Je réalise maintenant comment son combat a dû être douloureux... Se donner autant, sachant qu'elle portait elle-même une maladie incurable!

La vie de chirurgien apporte énormément de gratifications mais demande également beaucoup. On ne regarde pas l'heure et on ne quitte pas l'hôpital tant que le travail n'est pas terminé. Il n'y a pas de «ça attendra à demain... » lorsqu'on est chirurgienne, et encore moins pour une chirurgienne pédiatrique. Les nuits sont souvent écourtées et interrompues par des appels de l'hôpital, souvent par la nécessité de se lever en plein milieu de la nuit pour y courir.

Maria aurait pu cesser de travailler. Elle aurait très bien pu vivre avec l'assurance-invalidité et son salaire de professeur. Je suis convaincu qu'elle a préféré lutter intérieurement mais continuer de traiter avec sa science, son expertise, son habileté et son dévouement.

Je suis également convaincu qu'elle a su prendre toutes les précautions pour protéger ses patients. Elle a même avisé ses «supérieurs», et ceux-ci ont établi un cadre de travail qu'ils jugeaient sécuritaire pour les patients.

Mais je comprends que cela ne suffise pas aujourd'hui. Ces familles et ces enfants ont le droit d'être rassurés, et j'espère encore une fois qu'ils le seront tous. Et nous devons, en tant que professionnels, nous pencher sur notre devoir de «consentement éclairé» par rapport à une telle situation.

Mais Maria n'était pas une statistique, un incident, un problème, une nouvelle à sensation. Dans tout ce débat, n'oublions pas Maria Di Lorenzo, femme, collègue, chirurgienne pédiatrique accomplie et professeure universitaire.
 
 
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