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Sundance couronne La Grande Séduction - La comédie de Jean-François Pouliot décroche le grand prix du public

Martin Bilodeau   26 janvier 2004 
Le cinéaste Jean-François Pouliot posant devant l’Egyptian Theatre du Festival du film de Sundance avant la projection de La Grande Séduction,
le 16 janvier dernier. Le film a obtenu le grand prix du public dans la catégorie Cinémas du monde.
Photo : Agence Reuters
Le cinéaste Jean-François Pouliot posant devant l’Egyptian Theatre du Festival du film de Sundance avant la projection de La Grande Séduction, le 16 janvier dernier. Le film a obtenu le grand prix du public dans la catégorie Cinémas du monde.
Bonne nouvelle ce week-end pour La Grande Séduction. La délicieuse et impertinente comédie de Jean-François Pouliot a en effet séduit l'auditoire du Festival de Sundance, qui l'a couronnée samedi soir de son grand prix du public dans la catégorie Cinémas du monde.

Joint par téléphone ce week-end à son chalet des Laurentides, Pouliot voit ce prix comme l'aboutissement naturel de l'expérience positive qu'il a vécue à Sundance la semaine dernière. «Ce prix du public vient démentir un préjugé, que moi-même j'avais, voulant que le public américain ne soit pas prêt à voir un film tourné dans une autre langue que la sienne et sous-titré. Je pense que, dans le monde difficile et morose où nous vivons, les gens veulent voir au cinéma un reflet positif. C'est ce que ce film leur offre, et c'est ce qui, à mon avis, leur a permis de transcender le problème de la langue et d'enjamber la barrière culturelle.»

Le prestigieux prix, pour lequel La Grande Séduction s'est distingué parmi 34 concurrents, devrait faciliter la distribution aux États-Unis de cette production de Max Films, en lice pour 13 prix Jutra dont ceux des meilleurs film, réalisateur et scénario. «Les distributeurs aiment le film, mais personne ne s'est manifesté encore», commentait Roger Frappier, depuis Charlevoix samedi après-midi. «On dirait que tout le monde attendait qu'il se passe quelque chose, et je pense que ce prix va réveiller les gens. D'autant que c'est le choix du public, et qu'en ce sens il est révélateur du potentiel du film sur le marché américain.»

Whale Rider et Bloody Sunday, les deux précédents gagnants de ce prix, ont percé le marché américain et remporté un relatif succès à la suite de leur couronnement à Sundance. Mais les deux films, respectivement australien et irlandais, étaient tournés en anglais, ce qui en facilitait l'importation états-unienne.

C'est pourquoi Frappier n'entend pas se contenter d'une vente des droits de distribution du film. Conjointement à ceux-ci, il espère vendre les droits de remake du scénario de Ken Scott, ce qui, de son propre aveu, pourrait ralentir et compliquer des négociations qu'il envisage néanmoins avec optimisme. De fait, quelques heures après avoir reçu la nouvelle, Frappier précisait qu'il fallait avant tout «que le film sorte là-bas sous sa forme actuelle». Pouliot abonde dans ce sens «Il faut que le film ait d'abord le temps de vivre sa vie.»

D'ici là, La Grande Séduction poursuivra sa campagne de séduction au festival de Berlin, dans deux semaines, où des projections sont prévues au marché. Douze pays en ont déjà acquis les droits de distribution, dont la France, l'Italie et le Japon. Mais l'Allemagne et l'Espagne se font encore tirer l'oreille. Le prix de Sundance pourrait donner un bon coup de pouce, en plus d'aider la promotion du film dans les pays où il a déjà été vendu.

La Grande Séduction n'est pas le seul film canadien à avoir brillé au Festival de Sundance. En effet, la cérémonie télévisée de samedi soir a vu le documentaire The Corporation, radiographie du modèle corporatiste qui régit nos sociétés, récompensé du grand prix du public dans sa catégorie. Voilà qui devrait faciliter la distribution aux États-Unis, en juin, sous la bannière Zeitgeist, de ce long métrage de Jennifer Abbott et Mark Achbar, dont on compare la puissance à celles de Bowling For Columbine et Manufacturing Consent.

Par ailleurs, chaudement applaudie lors de sa projection devant quelque 1200 personnes lundi dernier, la comédie Touch of Pink, du Canadien d'origine tanzanienne Ian Iqbal Rashid, vient d'être vendue par Alliance International (pour une somme confortable, dit-on) au distributeur américain Sony Classics. Cette désopilante comédie a pour héros un jeune gay d'origine pakistanaise écartelé entre son amour pour son conjoint, avec qui il vit à Londres, son affection pour sa mère, qui ignore sa préférence pour les garçons, et son attachement pour son ami imaginaire, Cary Grant, ressuscité dans le film sous les traits de Kyle McLachlan.

Deux prix majeurs et une vente importante: le Québec et le Canada rentrent de Sundance avec le plus gros butin de l'histoire de ce festival. Voilà qui est de bon augure pour l'avenir de nos cinémas sur les écrans américains, dont Sundance constitue l'un des seuils les plus importants. De l'avis de Jean-Claude Mahé, directeur des communications à Téléfilm Canada, le succès de nos films à Sundance constitue un signe supplémentaire que «notre cinéma est en train de prendre le monde d'assaut».






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