Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous
    Rapport Charbonneau

    Lachance dénonce une «chasse aux sorcières»

    15 décembre 2015 |Guillaume Bourgault-Côté | Québec
    Renaud Lachance soutient être « victime de sa rigueur ».
    Photo: Annick MH De Carufel Le Devoir Renaud Lachance soutient être « victime de sa rigueur ».

    Renaud Lachance monte au créneau pour défendre son intégrité. Au centre d’une controverse depuis le dépôt du rapport Charbonneau, le commissaire est sorti lundi de sa réserve en dénonçant une « chasse aux sorcières » dont il se dit la « principale victime ».

     

    Dans une lettre ouverte envoyée à certains médias en fin de journée, M. Lachance soutient être « victime de sa rigueur ». « J’entends et je lis des commentaires me concernant d’une grande agressivité, souvent plus grande que celle exprimée envers des témoins qui étaient venus avouer à la commission avoir participé à la collusion […] ou être corrompus, écrit-il. Pourtant, je n’ai fait rien de cela. »

     

    Visiblement choqué par la tournure des événements, le commissaire a choisi de répliquer — malgré la directive claire donnée par la présidente, France Charbonneau, lors du dépôt du rapport final de la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction (CEIC). « Les commissaires, tout comme les juges, sont tenus de faire preuve de réserve et ne peuvent commenter le rapport sur la place publique », avait-elle rappelé.

     

    Sauf que Renaud Lachance estime aujourd’hui que sa réputation personnelle est en jeu. « Certains m’accusent d’être à la solde du gouvernement dirigé par le même parti que celui en place pendant toutes les années où j’étais vérificateur général [VG], relève-t-il. Quelle hérésie ! »

     

    M. Lachance rappelle que la fonction de VG exige une « totale neutralité politique ». Et que, durant son mandat (2004-2011), « personne n’a dit que les vérifications que j’ai faites étaient tendres ou peu critiques ». « Je suis une personne apolitique, rigoureuse, intègre et surtout qui n’espère rien en retour », martèle-t-il.

     

    Conflit

     

    Le dépôt du rapport Charbonneau, le 24 novembre, a révélé une profonde division entre France Charbonneau et Renaud Lachance. Celle-ci est d’abord apparue par le biais d’une éclatante dissidence que M. Lachance signe en plein milieu du rapport pour se dissocier des conclusions établissant un lien indirect entre le financement politique et l’octroi de contrats publics.

     

    Dans le rapport, M. Lachance a jugé « inutiles ou non pertinentes » les analyses de la CEIC dans le chapitre sur le financement politique provincial. Sa lettre n’élabore pas sa position : il répète essentiellement ne pas avoir entendu un seul témoin dire qu’il avait « reçu indirectement un contrat en retour d’une contribution politique ».

     

    « À cause de l’absence d’un tel témoignage et de la rigueur inhérente à ma profession, il me fallait exprimer mon désaccord » avec les conclusions de Mme Charbonneau, explique-t-il dans sa lettre. M. Lachance soutient qu’il « savait très bien qu’un tel lien, direct même, aurait pu se matérialiser » et que c’est pourquoi la commission a fait des recommandations pour « empêcher une telle possibilité ».

     

    Cette dissidence entre les deux commissaires au sujet du volet le plus attendu du rapport a fait sourciller l’opposition à Québec — alors que les libéraux de Philippe Couillard choisissaient de ne retenir que l’interprétation de M. Lachance.

     

    Au lendemain du dépôt du rapport, la publication des réponses offertes aux « préavis de conclusions défavorables » de la commission a par ailleurs montré que la position de M. Lachance sur le financement politique était, à toutes fins utiles, identique à celle avancée par l’avocat du PLQ.

     

    Mais ce sont surtout les révélations de l’émission Enquête, jeudi dernier, qui ont incité M. Lachance à réagir publiquement. Radio-Canada a mis la main sur une version préliminaire du chapitre sur le financement des partis politiques. Celle-ci montre que M. Lachance a voulu atténuer les critiques envers les partis politiques — surtout le PLQ. Il a employé à six reprises le mot « ridicule » pour commenter certains passages.

     

    Un « ton franc et direct dont je n’avais pas l’exclusivité à la commission », commente Renaud Lachance. Il ajoute que « tous [ses] commentaires ont fait l’objet d’explications et de discussions ».

     

    N’empêche : « À vouloir tout atténuer, il donne la fâcheuse impression qu’il veut protéger les libéraux ou Jean Charest », avait notamment réagi Amir Khadir, député de Québec solidaire. Les partis d’opposition souhaitent d’ailleurs entendre M. Lachance et Mme Charbonneau en commission parlementaire, pour qu’ils expliquent les raisons de leur interprétation divergente.

     

    Courriels

     

    Également dévoilée par Enquête, une série de courriels acrimonieux échangés entre M. Lachance et Mme Charbonneau a aussi révélé l’étendue de leur mésentente. Dans sa lettre, Renaud Lachance s’explique… sans toutefois en révéler beaucoup.

     

    « Un échange de courriels est un peu comme un roman, dit-il. Prenez une phrase ici et là et vous pouvez en changer tout le propos. Moi, je le connais dans son entièreté. Je connais aussi les échanges verbaux qui y sont reliés. Mais il n’est pas question que je les commente, car je veux respecter mon serment de confidentialité », écrit-il.

     

    « Bien sûr que nous avons eu des débats internes parfois intenses. N’était-ce pas le but recherché en nommant plus d’un commissaire ? »

     

    Il termine sa missive en souhaitant qu’on « parle de choses plus sérieuses, comme les stratagèmes frauduleux identifiés par la commission ».

     

    Sa lettre reste par ailleurs muette quant au contenu d’un article publié par La Presse samedi — à savoir qu’au lendemain de sa nomination comme commissaire, en 2011, Renaud Lachance a participé à un cocktail soulignant le départ à la retraite du grand patron du ministère des Transports. M. Lachance a nié, dans ce quotidien, s’être placé dans une situation apparente de conflit d’intérêts.













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires

    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.