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Hydro-Québec pourrait céder le Suroît à General Electric

Robert Dutrisac   23 janvier 2004 
«Dans une négociation, il faut maintenir ouvertes le plus grand nombre de portes possible», a dit André Caillé.
Photo : Jacques Nadeau
«Dans une négociation, il faut maintenir ouvertes le plus grand nombre de portes possible», a dit André Caillé.
Québec - Après avoir obtenu l'autorisation, en son nom propre, de construire la centrale thermique du Suroît, Hydro-Québec envisage maintenant d'en céder la propriété à la multinationale GE.

C'est ce que le p.-d.g. d'Hydro-Québec, André Caillé, a confirmé hier après que le ministre des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs eut révélé à l'émission Maisonneuve à l'écoute de la radio de Radio-Canada que la centrale du Suroît pourrait faire l'objet d'un partenariat public-privé avec GE.

Au cours d'un entretien en marge de la commission parlementaire qui étudie le plan stratégique 2004-08 d'Hydro-Québec, André Caillé a indiqué hier que la société d'État négocie actuellement avec son fournisseur, GE, constructeur de la turbine de dernière génération qui doit équiper la centrale du Suroît, afin d'obtenir les meilleurs conditions possibles. À ce stade des négociations, GE doit présenter sous peu à Hydro-Québec une proposition en vertu de laquelle la multinationale sera le propriétaire et l'exploitant de la centrale du Suroît et Hydro-Québec un acheteur exclusif de l'électricité produite. «Dans une négociation, il faut maintenir ouvertes le plus grand nombre de portes possible», a dit M. Caillé. Que GE, plutôt qu'Hydro-Québec, soit le propriétaire de la centrale est une des options à l'étude. M. Caillé a indiqué que seules des considérations d'ordre économique entreront en ligne de compte: Hydro-Québec optera pour le contrat et la forme de propriété les moins chers pour elle.

M. Caillé a indiqué que cette cession au secteur privé ne serait pas faite dans le but de ménager l'image d'Hydro-Québec, associée à l'hydroélectricité plutôt qu'à l'émission de gaz à effet de serre par des centrales thermiques comme celle du Suroît.

La vice-présidente et secrétaire générale d'Hydro-Québec, Marie-Josée Nadeau, a indiqué que la centrale du Suroît servira de «vitrine technologique» pour GE. Une seule de ces turbines de nouvelle génération est actuellement exploitée dans le monde, au Royaume-Uni, sur un réseau électrique de 50 cycles. La centrale du Suroît sera la première de ces turbines conçues pour les réseaux nord-américains de 60 cycles. En raison des incertitudes technologiques, Hydro-Québec cherche à obtenir un important rabais. Mme Nadeau a aussi précisé qu'Hydro-Québec demeurera propriétaire du terrain sur lequel la centrale sera érigée.

Délivré par le gouvernement à la recommandation du ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair, le certificat d'autorisation de la construction de la centrale du Suroît ne peut pas être cédé sans l'aval du ministre. Après avoir approuvé à contrecoeur le projet, M. Mulcair devra de nouveau sortir sa plume pour signer l'autorisation devant permettre à GE d'exploiter une centrale thermique au Québec.

Il est clair qu'une société privée qui aurait soumis une proposition au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) et au ministère de l'Environnement pour ériger une centrale sans qu'un appel d'offres, approuvé par la Régie de l'énergie, ne soit lancé par Hydro-Québec Distribution et sans que les besoins en énergie justifiant la construction de cette centrale ne soient clairement démontrés n'aurait jamais obtenu les autorisations nécessaires. Qui plus est, une société privée n'aurait pas pu lancer un tel projet s'il avait été rejeté par le BAPE. Si la centrale du Suroît a obtenu l'aval du gouvernement et les autorisations requises, c'est que c'était un projet d'Hydro-Québec.

En commission parlementaire, André Caillé a défendu le projet du Suroît. À compter de 2007-08, Hydro-Québec sera «très serrée» pendant quelques années, une période où «on ne sera pas satisfaits de la sécurité d'approvisionnement», a dit M. Caillé. Comme il ne veut pas avoir recours à l'importation de façon régulière, ce qui exposerait la société d'État à des fluctuations de prix et à des risques de hausse de tarif, il faut construire cette centrale de 800 MW, avance-t-il.

Par la suite, l'apport de la centrale thermique, avec l'entrée en fonction de plusieurs centrales hydroélectriques d'ici 2010, contribuera à rétablir un coussin d'une quinzaine de TWh, ce qui correspond à environ 10 % de la consommation actuelle, une réserve qui existait avant l'arrivée de M. Caillé à la tête d'Hydro-Québec, en 1998.

Cette réserve s'ajoutera à la réserve minimale de 64 TWh censée se trouver dans les réservoirs de la société d'État. Selon une enquête du Devoir, les niveaux d'eau dans les principaux réservoirs d'Hydro-Québec étaient à des niveaux très bas, voire critiques, en 2003. «Ça nous permet, avec 15 TWh de jeu hydroélectrique, de faire face à toutes sortes de situations», notamment à «des années de sécheresse», a dit M. Caillé. Hydro-Québec investira 3,5 milliards par an dans la construction de nouvelles centrales. Parce que le gouvernement s'est entendu avec les Cris et d'autres nations autochtones, le développement du potentiel hydroélectrique du Québec n'est plus bloqué. «Les choses ont changé. La roue s'est remise à tourner», s'est enthousiasmé M. Caillé.

L'exploitation d'une nouvelle centrale thermique n'empêchera pas le Québec de présenter «un dossier impeccable» quand viendra le temps de se conformer au protocole de Kyoto. M. Caillé a réitéré cet engagement, fait devant le BAPE: Hydro-Québec absorbera l'accroissement de 2,2 millions de tonnes de gaz à effet de serre causé par la centrale; le fardeau ne sera pas refilé à d'autres entreprises.






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