Pétrolia veut fracturer le sous-sol d’Anticosti en 2016

L'exploitation du pétrole de schiste divise la population de l'île d'Anticosti.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir L'exploitation du pétrole de schiste divise la population de l'île d'Anticosti.

Si les résultats des analyses en cours s’avèrent concluants, Pétrolia a bel et bien l’intention de mener des forages avec fracturation sur l’île d’Anticosti dès 2016, a affirmé lundi son président-directeur général, Alexandre Gagnon.

 

« Je suis fier que nous soyons la première compagnie à aller sur Anticosti, depuis les gaz de schiste, pour aller faire de la fracturation », a souligné M. Gagnon au cours d’une présentation des projets de Pétrolia dans le cadre du congrès annuel de l’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ).

 

C’est en effet Pétrolia qui est l’opérateur des travaux d’Hydrocarbures Anticosti, l’entreprise mise sur pied et financée en majeur partie par le gouvernement du Québec pour mener les forages exploratoires sur l’île.

 

Un total de 12 forages ont ainsi été réalisés en 2014 et 2015, dans le cadre de la première étape des travaux. Si l’analyse des résultats de ces forages s’avère concluante, un total de trois forages avec fracturation doivent être menés dès 2016. Alexandre Gagnon a fait valoir que les « permis » nécessaires seraient émis par le gouvernement.

 

Selon le président-directeur général de Pétrolia, une telle opération industrielle comporte toutefois des « défis logistiques ». Il a ainsi indiqué que les forages avec fracturation mobiliseront entre 120 et 140 travailleurs.

 

Le processus de fracturation nécessitera aussi de transporter de l’équipement et de trouver des sources d’approvisionnement en eau. Une étude menée dans le cadre de l’évaluation environnementale stratégique (EES) lancée par le gouvernement pour évaluer les besoins en eau estime que chaque forage pourrait consommer plusieurs millions de litres d’eau.

 

Le Devoir, qui était présent au congrès de l’APGQ, n’a pas été en mesure de parler avec Alexandre Gagnon. Même si le président-directeur général de Pétrolia a accordé des entrevues à des médias lundi, les demandes du Devoir ont été refusées. On a plutôt suggéré d’envoyer les questions « par courriel ». Le gouvernement du Québec est le premier actionnaire de Pétrolia.

 

Potentiel à prouver

 

Fait à noter, l’EES dirigée par le gouvernement Couillard ne pourra pas tenir compte des impacts des opérations de fracturation à venir puisqu’elle doit se terminer avant la fin de 2015. Cette EES doit pourtant servir à l’élaboration de la loi sur les hydrocarbures qui devrait être présentée au printemps prochain, soit avant les forages avec fracturation prévus sur Anticosti.

 

Ces forages devraient permettre de déterminer s’il existe bel et bien des ressources en pétrole de schiste et en gaz de schiste exploitables sur la plus grande île du Québec. Aucun gisement n’a jusqu’ici été découvert, malgré des décennies de recherches.

 

Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand, s’est d’ailleurs montré prudent lundi lors de son passage au congrès de l’APGQ. « Il y a un potentiel, mais nous ne sommes pas rendus à dire qu’il faut aller de l’avant sur Anticosti. Il faudra répondre aux questions environnementales et économiques », a-t-il dit en point de presse.

 

Il a ainsi souligné que toute exploitation consommerait beaucoup d’eau. Chaque forage consommerait près de 22 millions de litres d’eau, selon ce qui se dégage des travaux de l’EES. Or, seules deux zones de l’île pourraient répondre aux besoins en eau de l’industrie, et seulement à raison deux ou trois forages simultanés. L’étude suggère donc d’évaluer la possibilité de puiser de l’eau directement dans le golfe du Saint-Laurent.

 

Plusieurs composés jugés « toxiques » sont ajoutés à cette eau de fracturation, rappelle une étude environnementale gouvernementale. Or, « plusieurs informations sur la persistance dans les milieux aquatiques, la bioaccumulation dans les organismes aquatiques ou la toxicité quant à ces organismes sont manquantes pour de nombreux composés susceptibles d’être utilisés comme intrants de fracturation ». Et il n’existe aucune structure sur Anticosti pour traiter cette eau.

 

Gaz de schiste

 

Si le potentiel du sous-sol de l’île se confirme, il s’agira surtout de gaz de schiste, conclut une autre étude de l’EES. Pour extraire ces hypothétiques ressources, les investissements en exploitation et en infrastructures seraient majeurs.

 

En fait, on estime que chaque forage pourrait coûter 8,8 millions de dollars. Qui plus est, les coûts de transport uniquement pour le gaz de schiste se chiffreraient en milliards de dollars. En supposant la construction d’un gazoduc pour atteindre la Gaspésie, les investissements pourraient dépasser les 10 milliards. L’entreprise Pétrolia a évoqué récemment cette dernière hypothèse. Dans le cas d’un recours à un navire-usine, les coûts dépasseraient les sept milliards.

 

Le ministère des Finances a par ailleurs élaboré un scénario « optimisé » qui indique que l’exploitation sur l’île pourrait durer pas moins de 75 ans. Au cours de cette période, qui doit en théorie mener à une élimination mondiale du recours aux énergies fossiles, l’industrie pourrait forer pas moins de 4155 puits répartis sur 445 plateformes.

 

Ces opérations permettraient d’extraire au maximum 12 % du gaz emprisonné dans le sous-sol. En se basant sur la consommation actuelle de gaz au Québec, la production équivaudrait à 55 années de consommation. Quant au pétrole de schiste, le rapport du ministère des Finances estime le taux de récupération à 3,5 %, ce qui signifie 584 millions de barils.

2 commentaires
  • Marc Durand - Abonné 10 novembre 2015 07 h 32

    Taux de récupération

    Le ministère des Finances dans son étude a fait une erreur dans l'estimé du taux de récupération; c'est plutôt 5,9% que l'entreprise devrait atteindre pour arriver aux valeurs de pétrole extrait qu'on indique dans l'étude qui détaille les paramètres de ce sécnario optimisé (http://bit.ly/1HozB7R). Ce taux est irréaliste en rapport au taux réel mesuré dans 4 grands gisements en opération aux USA (1,2 à 1,8%). C'est très technique. Mais trois à quatre fois moins de récupération, c'est un revenu brut coupé par trois ou quatre et cela fait une énorme différence.

  • Tim Yeatman - Abonné 11 novembre 2015 10 h 21

    Notre réputation mondiale va en prendre un coup

    Pourtant, combien de conférenciers et de reportages ont déclaré qu'il y avait un moratoire sur la fracturation hydraulique au Québec? Bien que très peu habitée par l'homme, ce serait un viol éhonté que de laisser ce projet aller de l'avant.

    Johanne Dion
    Richelieu, Qc