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Silvio les mains sales

Serge Truffaut   16 janvier 2004 
Les efforts déployés par le premier ministre Silvio Berlusconi pour échapper à la justice auront été vains. Cette semaine, la Cour constitutionnelle italienne a déchiré la loi que celui-ci avait concoctée afin d'interdire toute traduction devant les tribunaux des personnes occupant les cinq principaux postes de l'État, donc celui, évidemment, de chef du gouvernement. On précisera que ce texte législatif digne d'une république de bananes avait été avalisé par une majorité de députés.

Dans sa conclusion, la cour concernée a statué que cette loi était «illégitime» car elle violait le principe d'égalité des citoyens devant la justice inscrit dans la Constitution italienne. L'actuel chef du gouvernement italien avait cultivé l'outrecuidance jusqu'à s'octroyer l'impunité absolue. Les magistrats ayant débouté Berlusconi, ils ont désormais toute latitude pour réactualiser les dossiers dans lesquels le nom de ce dernier apparaît à divers titres.

À court terme, Berlusconi devrait être convoqué par le procureur qui planche actuellement sur l'affaire SME, du nom d'un société publique d'agroalimentaire, pour répondre des accusations de corruption de magistrat. Soit dit en passant, le juge qui a encaissé les milliers de dollars versés sur son compte par la Fininvest, la holding de Berlusconi, a été condamné à huit ans de prison. Quant au cadre de cette société qui a joué le rôle du porteur de valise pleine de billets, il a écopé de cinq ans d'emprisonnement.

On s'attend maintenant à ce que le premier ministre en titre use de sa position pour mieux jongler avec les règlements afférents à la limitation d'une cause dans le temps. Il est plus que vraisemblable que Berlusconi usera de toutes les possibilités qui s'offrent à lui pour faire en sorte que son «affaire» tombe dans la classe dite de prescription. Ce ne serait pas la première fois que cet homme à la réputation sulfureuse parviendrait à contrecarrer des magistrats en jouant avec brio avec la durée.

S'il parvient cette fois-ci à s'en tirer, il faut espérer que ce ne sera pas le cas des autres dossiers. Outre la corruption de juges, Berlusconi est accusé de manipulation de livres comptables, de fraudes financières, de blanchiment, sans oublier cette affaire de fonds illégaux versés à la caisse de Bettino Craxi, ex-premier ministre aujourd'hui décédé.

Cela étant, il faut souligner que contrairement à l'engagement pris au lendemain de son élection, Berlusconi n'a toujours pas coupé le cordon qui le lie à ses affaires. Il était et demeure le patron de Fininvest. Et puisque monsieur mélange les genres, mentionnons qu'à titre de président de cette entreprise, il est propriétaire des plus importants réseaux privés de télévision, alors qu'en tant que premier ministre, il est de fait le patron des trois principales chaînes publiques. CQFD: Berlusconi est en conflit d'intérêts.

La culture politique qui prévaut actuellement dans ce pays combinant cynisme et intérêts très particuliers, c'est à se demander si l'Italie n'a pas mal à sa démocratie.
 
 
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  • Claude L'Heureux - Abonné
    16 janvier 2004 20 h 05
    Pauvre Italie!
    C'est à se demander si l'Italie n'est pas l'aboutissement ultime des communautés d'esprit latin, à savoir un individualisme, un anarchisme exacerbé: comment comprendre qu'un peuple (ou une communautée) aie pû élire un guignol pareil (si près du Vatican...) après avoir tenté (je n'en connais pas la suite) une guerre courageuse contre la mafia et de rester coi devant un tel parrain?

    C'est à en perdre son latin (c'est mon cas) et il est à se demander si la communautée italienne québécoise n'est pas atteinte de ce virus car elle semble bien distante du PQ et de ses efforts démocratiques soient-il indépendentistes. Si des membres de cette communauté (dont le sang coule dans mes veines) sont capable de m'expliquer: je suis tout ouie.
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