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Un oui conditionnel à l'Afrique

Les leaders africains sont satisfaits; Chrétien a gagné son pari

Manon Cornellier   28 juin 2002 
Calgary — «Nouveau départ.» Pour l'Afrique. Pour les relations entre pays riches et pays pauvres. C'est ainsi que les leaders du G8 et certains chefs d'État africains ont présenté le plan d'action pour l'Afrique adopté hier dans le cadre du sommet de Kananaskis.

Ce nouveau pacte a été, comme le souhaitait le premier ministre Jean Chrétien, la principale réalisation du Sommet du G8 qui s'est terminé hier dans les Rocheuses. Si les organisations non gouvernementales se disaient déçues, les leaders africains, qui se sont joints à ceux du G8 pour la journée d'hier, étaient d'un tout autre avis.

«Nous sommes très satisfaits de cet engagement. Bien sûr, il n'y a rien d'humain qui puisse être considéré parfait. Mais comme le premier ministre Chrétien l'a dit, ceci est un début et non la fin. Et si nous avons un bon départ, il y a de bonnes chances que nous obtenions de bons résultats. Avec ce document, je peux dire que nous connaissons un bon départ», a déclaré le président nigérian Olusegun Obasanjo. Selon lui, «chaque partie a pris des engagements et chaque partie est déterminée à respecter sa part du contrat».

Et si chacun le fait, a rappelé le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, «ce sommet pourrait être vu comme un point tournant dans l'histoire de l'Afrique et même du monde».

Le premier ministre Jean Chrétien ne pavanait pas mais était visiblement satisfait. «Aujourd'hui, nous avons une entente qui représente un nouveau début et des espoirs frais pour le continent africain. [...] C'est un nouveau début», a-t-il déclaré avant de rappeler qu'il reste maintenant à chaque partenaire de respecter ses promesses.

Le plan d'action du G8 se veut une réponse au Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (connu selon l'acronyme anglais NEPAD). Celui-ci a été élaboré par des leaders africains et soumis au G8 l'an dernier. Il part du principe selon lequel la responsabilité du développement de l'Afrique revient aux Africains. Ces derniers sollicitent l'aide des pays riches pour relancer leurs économies mais acceptent que cette aide soit conditionnelle à leurs efforts pour améliorer leur administration politique, juridique et économique, performance qu'ils prévoient juger entre eux.

Le président français Jacques Chirac a parlé de «main tendue à l'Afrique», de passage fondamental d'une «culture d'assistance à une culture de partenariat». Pour le premier ministre britannique Tony Blair, «le plan d'action [...] ne s'en remet pas à la vieille méthode de distribution de l'aide mais s'appuie sur une entente où nous nous engageons à aider l'Afrique à s'aider elle-même».

«C'est un nouveau départ, mais beaucoup reste à faire», a-t-il renchéri en évoquant en particulier l'ouverture des marchés des pays riches aux produits des pays pauvres.

La réponse du G8 illustre la volonté politique de venir en aide à l'Afrique mais les engagements pris, réunis sous huit thèmes allant de la paix et de la sécurité à la productivité agricole, sont restés assez généraux. Les détails sont laissés à chaque pays.

La seule exception a trait à l'allégement de la dette. Là, les pays du G8 ont promis de combler le manque à gagner d'un programme pour les pays pauvres très endettés. L'investissement pourrait dépasser le milliard de dollars.

Les autres aspects financiers du plan sont plus flous, les Américains obtenant que le G8 ne se montre pas trop catégorique. Les autres pays voulaient s'engager à consacrer à l'Afrique la moitié ou plus des nouveaux budgets d'aide au développement annoncés au cours des derniers mois et qui totaliseront, une fois en vigueur, 12 milliards par année. Pareil engagement aurait signifié six milliards de plus pour l'Afrique. Les États-Unis ont résisté, et on a un peu joué sur les mots.

«Nous avons bon espoir qu'en tout, la moitié ou plus de notre nouvelle aide au développement pourrait aller aux nations de l'Afrique qui sont gouvernées avec justice, qui investissent dans leur capital humain et qui promeuvent la liberté économique», précise le texte du plan d'action.

M. Chrétien a défendu ce recours au conditionnel. «C'est simple. C'est un partenariat.» Les pays africains recevront de l'aide supplémentaire seulement s'ils respectent les conditions qu'ils ont eux-mêmes inscrites au NEPAD. Il a rappelé que l'aide pour les besoins de base et humanitaires reste inchangée.

Pour montrer sa sincérité, il a immédiatement annoncé la contribution du Canada à la mise en oeuvre du plan d'action pour l'Afrique. Au total, six milliards de dollars sur cinq ans «en ressources actuelles ou nouvelles», ce qui comprend le fonds spécial de 500 millions annoncé lors du budget de décembre dernier.

M. Chrétien a aussi annoncé l'élimination, dès janvier 2003, des tarifs et contingentements sur la plupart des importations des 48 pays les plus pauvres, dont 34 sont africains. Le Canada prévoit de soutenir une foule de mesures afin d'encourager l'investissement en favorisant l'accès au capital de risque, en plus d'appuyer le perfectionnement de la main-d'oeuvre, l'éducation, la lutte contre les maladies, les réformes politiques, la prévention des conflits armés et l'accès aux nouvelles technologies.

Tenu à une centaine de kilomètres de Calgary, loin des manifestations pacifiques, le sommet a été conforme aux exigences de Jean Chrétien: petit de taille, court et ciblé. Le premier ministre était heureux d'avoir pu respecter son ordre du jour. Il n'y a pas eu de détournement du sommet, bien qu'on l'ait craint à un certain moment lorsque toute l'attention s'est portée, mardi et mercredi, sur le plan de paix de George W. Bush pour le Moyen-Orient. Le sujet a été abordé lors du dîner de mercredi, mais personne n'en avait fait mention au moment de mettre sous presse hier.

On a par contre pu s'entendre sur un nouveau partenariat contre la prolifération des armes de destruction massive et l'intégration complète de la Russie au G8.

À ceux qui avaient mis en question l'existence de ces sommets, MM. Chrétien et Blair ainsi que le premier ministre de l'Italie, Silvio Berlusconi, ont rappelé qu'il y a des choses qui ne peuvent se régler que face à face.
 
 
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