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Détente nord-américaine

Bernard Descôteaux   15 janvier 2004 
La conférence des chefs de gouvernement des Amériques tenue à Monterrey en début de semaine a été la première grande sortie internationale de Paul Martin. Si les négociations sur la zone de libre-échange des Amériques n'ont guère progressé, l'occasion lui aura néanmoins permis d'intéressantes prises de contact, tout particulièrement avec le président George W. Bush.

Le tête-à-tête entre les deux hommes était attendu car le Canada a beaucoup souffert ces dernières années de la piètre relation qu'entretenait Jean Chrétien avec le président américain. Paul Martin est sorti de cette rencontre presque exubérant. Visiblement, le courant avait passé entre les deux hommes, mais il est trop tôt pour parler d'un retour à la normale. Beaucoup de dossiers importants restent à régler.

Cette première rencontre entre les deux hommes a permis aux relations canado-américaines de se décrisper. Le dialogue au sommet est de nouveau possible, et on peut certes voir comme un geste de bonne volonté de la part du président Bush la confirmation que les entreprises canadiennes auront accès aux contrats de reconstruction en Irak et l'assurance donnée que les États-Unis informeront désormais le Canada avant d'expulser un de ses ressortissants vers un pays tiers. Notons toutefois que ces concessions coûtent bien peu à M. Bush.

Dans le cas des contrats de reconstruction en Irak, l'ouverture aux entreprises canadiennes était à toutes fins utiles acquise. Déjà, des assurances avaient été données à Jean Chrétien à ce sujet. La Maison-Blanche entendait corriger la décision du Pentagone de réserver l'accès à ces contrats aux seuls pays ayant des troupes en Irak afin de tenir compte de la contribution à la pacification de ce pays, qui, dans certains cas, notamment le Canada, est d'ordre financier et humanitaire. Ce changement de politique ne visait pas que le Canada.

L'engagement pris par les États-Unis d'informer Ottawa avant d'expulser un de ses citoyens ne doit pas non plus être vu pour ce qu'il n'est pas. Ce n'est que la moindre des politesses entre alliés de se prévenir dans de telles situations. Plus significatif aurait été un engagement à ne plus expulser de citoyens canadiens vers des pays tiers. Paul Martin a fait grand cas de cette entente, mais il faut lui rappeler qu'elle ne vaudra guère si, comme dans le cas récent de Maher Arar, expulsé vers la Syrie, les services canadiens de sécurité continuent à échanger des renseignements avec leurs vis-à-vis américains à l'insu des autorités politiques canadiennes.

La vraie mesure du changement dans les relations avec les États-Unis ne pourra être prise que lorsqu'on abordera des dossiers plus complexes et beaucoup plus importants pour l'économie canadienne, comme ceux de la vache folle et du bois d'oeuvre, ou encore celui de la fluidité des frontières pour le transport des biens. En cette année électorale, on ne doit surtout pas attendre de progrès significatifs: en effet, pour George Bush, les relations avec ses électeurs comptent bien davantage que celles avec le Canada. Pour Paul Martin, le plus dur reste à venir.

bdescoteaux@ledevoir.ca
 
 
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