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Crise du logement - Boisclair et Marois se contredisent sur le contrôle des loyers

Josée Boileau   28 juin 2002 
Les ministres André Boisclair et Pauline Marois se sont contredits hier sur les solutions à apporter à la crise du logement. La ministre des Finances a évoqué la possibilité de desserrer le contrôle des loyers alors que M. Boisclair a carrément rejeté cette idée.

«Je peux déjà dire très clairement que le gouvernement du Québec ne fait pas partie de ceux qui pensent que l'obstacle, c'est la Régie du logement. Ce n'est pas en enlevant des droits aux uns qu'on va en donner aux autres», a-t-il affirmé hier, aux côtés du maire de Montréal, Gérald Tremblay, et du vice-président du comité exécutif, Michel Prescott, lors d'une conférence de presse sur la crise du 1er juillet. Ministre d'État aux Affaires municipales, M. Boisclair est le maître d'oeuvre de la politique d'habitation du gouvernement.

Devant les journalistes qui insistaient, le ministre a même ajouté: «Ce n'est pas dans une situation où l'on doit gérer de graves difficultés que le gouvernement du Québec va commencer soudainement à improviser ses interventions publiques.»

Pourtant, Pauline Marois n'a pas hésité à indiquer, à l'issue d'une conférence de presse sur des investissements à Mirabel, que son ministère évaluait différentes hypothèses dans le but de résoudre la crise du logement.

Selon la Presse canadienne, Mme Marois aurait déclaré: «Est-ce que ce sont des règles que l'on doit revoir en termes de contrôle, par exemple, au niveau de la Régie du logement? Est-ce que ce sont des mesures fiscales qu'on doit implanter? Les deux volets doivent être regardés.»

Dans une étude rendue publique mercredi, l'Institut économique de Montréal a soutenu que le contrôle des loyers avait fait plus de mal que de bien parce qu'il n'avait pas incité les propriétaires à investir dans la construction de nouveaux logements. Un point de vue partagé par un certain nombre d'intervenants.

«Si c'était le cas, qu'est-ce qu'on peut desserrer dans les contrôles pour nous assurer qu'il y ait plus de logements locatifs de disponibles?», s'est demandé Mme Marois. Elle a cependant ajouté qu'il fallait évaluer les conséquences d'un desserrement avant de passer à l'action et dit que le gouvernement n'avait encore pris aucune décision.

«Une fois que nous aurons terminé l'analyse, l'évaluation, nous indiquerons quelles sont les avenues les plus pertinentes. Je le ferai avec mes collègues, le ministre délégué à l'Habitation et le ministre des Affaires municipales», a-t-elle précisé.

Mis au courant de ces propos à la fin de la conférence de presse, André Boisclair a paru pris de court. Il a répondu qu'il fallait «s'occuper du vrai problème et le vrai problème actuellement, c'est le manque d'unités de logement». Il a ajouté qu'il était «beaucoup trop tôt pour sauter à de quelconques conclusions» quant aux solutions finales à apporter. Mais il a précisé que «la clé réside dans l'intervention publique pour soutenir la construction».

Un peu plus tôt, il avait d'ailleurs manifesté sa préférence pour des solutions fiscales, réclamées par les constructeurs en habitation mais rejetées mercredi par l'Institut économique de Montréal et le chef de l'ADQ, Mario Dumont.

«Il est clair dans mon esprit que les outils fiscaux qui sont à la disposition de ceux qui construisent du logement locatif doivent être revus, a soutenu M. Boisclair. Déjà, le gouvernement du Québec est au travail et j'ai pris l'engagement d'en discuter avec mon homologue fédéral et mes collègues des autres provinces à l'automne prochain.»

Le gouvernement du Québec a récemment créé un comité spécial pour étudier les mesures fiscales qui stimuleraient la construction de logements locatifs. Les ministères de M. Boisclair et Mme Marois y travaillent conjointement.

Cette contradiction entre les deux ministres apparaît donc surprenante. Mais en fin de journée hier, l'entourage de M. Boisclair cherchait à désamorcer l'affaire en expliquant que Mme Marois s'était exprimée sur des solutions à long terme alors que le ministre voulait s'en tenir à l'immédiat.

C'est malgré tout la première fois qu'un ministre péquiste envisage de modifier le contrôle des loyers. Au contraire, tout l'automne dernier, le prédécesseur de M. Boisclair, Louise Harel, citait abondamment une étude réalisée pour la Société d'habitation du Québec et la Régie du logement pour contrer tous ceux qui critiquaient ce contrôle. Selon cette étude, les politiques québécoises de contrôle des loyers n'ont pas nui aux propriétaires mais ont permis de stabiliser le marché.

État des lieux pour le 1er juillet

La sortie de Mme Marois est survenue au moment où M. Boisclair dressait le bilan du plan d'urgence en vue du 1er juillet, bilan qui s'est même attiré des compliments du FRAPRU (Front d'action populaire en réaménagement urbain), d'ordinaire très critique envers l'action gouvernementale.

Les 750 suppléments au loyer, qui permettent aux locataires à faible revenu de se payer un logement privé grâce à une subvention gouvernementale, ont tous été attribués. Ces suppléments étaient la clé de voûte du plan d'urgence. Le ministre Boisclair a indiqué qu'il était prêt à distribuer d'autres suppléments s'ils s'avéraient nécessaires.

De plus, 414 logements privés ont été réservés par différents offices municipaux d'habitation pour loger pour de bon des ménages à partir du 1er juillet. Plus de la moitié de ces logements, soit 227, sont à Montréal. La Ville évalue donc que 228 ménages n'ont, pour le moment, toujours pas de logement. Mais, assure-t-on, la plupart trouveront refuge chez des parents ou des amis.

Les ménages montréalais qui seront vraiment à la rue le 1er juillet pourront toutefois être hébergés temporairement dans des chambres d'hôtel tant que la situation le nécessitera. Ce service sera offert à tous, peu importe les revenus de chacun, tout comme le service d'entreposage de meubles et d'effets personnels.

Le Centre d'aide de Montréal (868-GÎTE) sera ouvert 24 heures sur 24 du 30 juin au 3 juillet. Le maire Tremblay et le ministre Boisclair affirment qu'ils suivront la situation d'heure en heure. Ils ont aussi lancé un vibrant appel aux propriétaires qui auraient encore des logements disponibles à se manifester.

À l'issue de la conférence de presse, Marie-Josée Latour, du FRAPRU, a confirmé que les interventions d'urgence en cours à Montréal, à Laval, à Longueuil, à Châteauguay et à Saint-Jérôme étaient bien menées. Mais de nombreuses petites villes des couronnes nord et sud de Montréal n'offrent pas de services adéquats alors qu'elles font partie des 106 municipalités couvertes par le plan d'urgence. Mme Latour a donc invité le gouvernement à s'assurer que toutes les mesures soient utilisées partout. Le FRAPRU s'est aussi dit soulagé que le ministre Boisclair annonce de nouveaux suppléments au loyer.

M. Boisclair a aussi précisé hier que la pénalité imposée aux assistés sociaux qui partagent leur loyer était dorénavant abolie.

Avec la Presse canadienne
 
 
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