Promouvoir l'indépendance par la voie électorale - Exit l'étapisme
Lors de la dernière campagne électorale, plus de 600 000 souverainistes n'ont pas donné leur appui au Parti québécois. À mon avis, ce geste est la conséquence de l'attitude attentiste et passive des dirigeants et candidats de ce parti à l'endroit du projet de faire du Québec un pays. Je m'explique.
À cette occasion, nombre de Québécois ont compris que la gouverne de la province, ce que le PQ recherchait, ne peut pas conduire à l'indépendance pour la raison suivante: cette approche a tout de l'étapisme (prise du pouvoir, démonstration de bon gouvernement et peut-être un référendum) et transforme les dirigeants de ce parti en gestionnaires d'affaires quotidiennes plutôt qu'en promoteurs de pays.
Dès lors, les dirigeants et les élus du PQ ne mettent jamais leur tête en jeu au nom de l'indépendance. Ils ne risquent rien pour la cause qu'ils prétendent défendre. Disant s'affairer à préparer les conditions gagnantes, ils ont remis entre les mains du Conseil de la souveraineté la responsabilité de faire la promotion de l'indépendance du Québec et se sont déclarés à l'écoute d'un signal venant de la population pour procéder à la tenue d'un référendum. Bernard Landry a même répété à plusieurs reprises qu'il saurait, seul, décoder ce signal.
Le principal défaut de cette approche est de disjoindre le projet d'indépendance de la prise du pouvoir. Avec elle se crée une rupture qui a pour conséquence d'enlever toute légitimité aux élus péquistes pour utiliser la gouverne provinciale en vue de créer le pays. Se privant ainsi d'une légitimité indépendantiste, ils se doivent de gouverner pour tous, comme ils le disent, et ont l'excuse facile pour ne rien faire. L'étapisme devient alors leur bouée de survie et l'approche qui y conduit devient un moyen de parler pour parler. De parler sans agir.
Ainsi, Bernard Landry et ses congénères ont beaucoup parlé de souveraineté. C'est vrai. Mais ils ont surtout participé, en bons gars et en bonnes filles qui gouvernent bien la province, à fragiliser les pouvoirs du Québec dans la mesure où, face aux charges du gouvernement canadien, ils ont géré dans la logique de ce dernier avec pour seule marge le maintien d'un particularisme local toléré par Ottawa.
Un piège
Pratiqué depuis le référendum de 1995, l'étapisme est devenu un piège pour le mouvement souverainiste. Cette approche a vu le jour après les élections de 1973 et, en 1976, la disjonction entre la cause de l'indépendance et l'élection du parti devait être temporaire. Idée jugée valable à l'époque, elle est depuis une assise qui nuit à la mobilisation en faveur de la création du pays. De fait, avec elle, les seules mobilisations recherchées par les dirigeants sont celles qui débouchent sur leur élection. C'est ce qui a mené Bernard Landry à inviter les fédéralistes du Québec à voter pour lui.
Comment ensuite s'étonner de l'énorme perte de crédibilité qu'essuie le PQ en tant que porteur de l'indépendance du Québec? Le PQ n'a pas perdu ses dernières élections par la faute d'une bourde de Jacques Parizeau ou à cause de la grogne soulevée par les fusions municipales. Seulement 32 % des souverainistes l'ont appuyé alors que le dernier sondage révèle que 47 % de la population est en faveur de la souveraineté du Québec.
C'est dans ce contexte que l'idée d'une élection référendaire refait surface parce que, faisant d'emblée la jonction entre le projet de pays et le rendez-vous électoral, elle permet de dire aux Québécois de toutes les origines: «Un vote pour le PQ sera un vote pour l'indépendance du Québec car, désormais, nous sommes en marche pour faire le pays.»
Avec cette idée s'installe une logique d'affirmation et de rupture claire qui rend les futurs élus crédibles dans la mesure où ceux-ci acceptent de risquer leur élection au nom de l'indépendance. Dès lors, une mobilisation pour faire le pays devient possible. Les
600 000 souverainistes le décoderont très vite. D'autres aussi. L'affirmation attire les constructeurs de pays. L'hésitation les éloigne.
Référendum ou pouvoir provincial
Certains députés du PQ, dont le chef de ce parti, s'opposent mordicus à cette idée. Il y a là une énigme. Pourquoi défendent-ils l'étapisme? Parce qu'ils rêvent d'un retour imminent au pouvoir provincial à la suite d'un rejet du gouvernement Charest? Sans doute. Parce qu'ils estiment que cette approche permet la tenue d'un référendum traditionnel qui, gagné à 50 % plus une voix, serait le seul moyen d'assurer une légitimité sur la scène internationale? Fort probablement. Parce que, pour eux, lors d'un scrutin, les électeurs sont sollicités pour appuyer divers projets autres que celui de l'indépendance et manifestent des comportements en conséquence? Sûrement.
Personnellement, je ne vois pas les choses ainsi. Si le 50 % + 1 m'apparaît être un pourcentage décisif en démocratie, je pense que le pays du Québec peut advenir autrement que par le recours à un tel référendum qui, ne l'oublions pas, est sous contrôle canadien depuis le Clarity Bill. Divers scénarios sont imaginables dans le cadre d'une élection référendaire. Si celle-ci donne 50 % + 1, le parcours à suivre est tracé. Le parti élu peut agir et préparer la tenue d'un référendum sur l'approbation d'une constitution. Avec moins de 50 % + 1, soit 44 % par exemple, deux options se présentent:
- refuser la gouverne provinciale et retourner dans l'opposition, ce qui exige beaucoup d'abnégation. Le sérieux de l'engagement des candidats ressortirait avec force. Ces derniers, dans l'opposition, pourraient alors révéler les avantages d'un pays par rapport à la gouverne provinciale. Par ailleurs, chaque nouveau rendez-vous électoral deviendrait l'équivalent d'un nouveau référendum. La mobilisation serait à son maximum devant tant d'abnégation et de transparence;
- enclencher la démarche vers l'indépendance immédiatement, chose légitime en système parlementaire britannique vu la proposition électorale claire faite à la population, et fixer une étape de confirmation démocratique qui serait un référendum tenu dans une logique d'affirmation et de rupture sur un projet de Constitution déclarant l'indépendance. Gagné à 50 % + 1, ce référendum serait tout à fait légitime sur la scène internationale. Si ce référendum est perdu, le parti devrait démissionner pour éviter un retour à l'étapisme.
Une élection référendaire a ainsi pour effet de constamment joindre la prise du pouvoir à la réalisation de l'indépendance. La rejeter sur la base d'une nécessaire majorité absolue dans un référendum traditionnel car celui-ci rend légitime un geste de rupture, c'est refuser de regarder des voies alternatives tout aussi légitimes. La rejeter parce que les électeurs se prononcent sur d'autres choses, c'est préconiser précisément que les électeurs se prononcent sur la souveraineté et autre chose. Dans l'un et l'autre cas, c'est privilégier une disjonction pour prendre le pouvoir provincial. Il s'agit d'une immense arnaque pour élire des provinciaux sans vision, sans audace et sans conviction ferme.
Forts de cela, il nous appartient, à nous indépendantistes, d'évacuer l'étapisme du décor. Il nous faut prendre le contrôle du PQ parce que ce parti est, aux yeux de la population du Québec, un véhicule crédible menant à la souveraineté. Le temps des idées claires et des vrais engagements est arrivé. Nous devons faire valoir l'idée d'une élection référendaire car celle-ci peut conduire à une légitimité de 50 % + 1 en évitant les pièges de la gouverne provinciale.
Méfiance
Cela étant, méfions-nous de la «saison des idées» sous le contrôle des instances du PQ. L'idée d'élection référendaire n'y est absolument pas présente, et Bernard Landry a affirmé qu'elle «ne lui plaisait pas du tout». Avec lui à la tête de ce parti, il y a peu de chances qu'elle débouche sur un vrai débat de fond et encore moins qu'elle s'impose. Aussi est-il urgent que cette idée s'irradie de plus en plus et devienne incontournable au point de susciter une volte-face de sa part ou son départ.
L'heure est donc venue de dénoncer les gens qui, au nom de leur carrière et de leur attrait pour le pouvoir provincial, emprisonnent la volonté d'un peuple d'accéder à la liberté. Si les Américains des États-Unis, comme de nombreux autres peuples, ont accepté de mourir pour mettre leur pays au monde, le nôtre vaut que nous mettions de côté nos avantages carriéristes et notre soif du pouvoir aliénant d'une province. Faisons en sorte que le PQ marche résolument vers l'indépendance, en totale jonction avec la cause qu'il prétend porter. Sinon, préparons-nous à le faire sans lui.
À cette occasion, nombre de Québécois ont compris que la gouverne de la province, ce que le PQ recherchait, ne peut pas conduire à l'indépendance pour la raison suivante: cette approche a tout de l'étapisme (prise du pouvoir, démonstration de bon gouvernement et peut-être un référendum) et transforme les dirigeants de ce parti en gestionnaires d'affaires quotidiennes plutôt qu'en promoteurs de pays.
Dès lors, les dirigeants et les élus du PQ ne mettent jamais leur tête en jeu au nom de l'indépendance. Ils ne risquent rien pour la cause qu'ils prétendent défendre. Disant s'affairer à préparer les conditions gagnantes, ils ont remis entre les mains du Conseil de la souveraineté la responsabilité de faire la promotion de l'indépendance du Québec et se sont déclarés à l'écoute d'un signal venant de la population pour procéder à la tenue d'un référendum. Bernard Landry a même répété à plusieurs reprises qu'il saurait, seul, décoder ce signal.
Le principal défaut de cette approche est de disjoindre le projet d'indépendance de la prise du pouvoir. Avec elle se crée une rupture qui a pour conséquence d'enlever toute légitimité aux élus péquistes pour utiliser la gouverne provinciale en vue de créer le pays. Se privant ainsi d'une légitimité indépendantiste, ils se doivent de gouverner pour tous, comme ils le disent, et ont l'excuse facile pour ne rien faire. L'étapisme devient alors leur bouée de survie et l'approche qui y conduit devient un moyen de parler pour parler. De parler sans agir.
Ainsi, Bernard Landry et ses congénères ont beaucoup parlé de souveraineté. C'est vrai. Mais ils ont surtout participé, en bons gars et en bonnes filles qui gouvernent bien la province, à fragiliser les pouvoirs du Québec dans la mesure où, face aux charges du gouvernement canadien, ils ont géré dans la logique de ce dernier avec pour seule marge le maintien d'un particularisme local toléré par Ottawa.
Un piège
Pratiqué depuis le référendum de 1995, l'étapisme est devenu un piège pour le mouvement souverainiste. Cette approche a vu le jour après les élections de 1973 et, en 1976, la disjonction entre la cause de l'indépendance et l'élection du parti devait être temporaire. Idée jugée valable à l'époque, elle est depuis une assise qui nuit à la mobilisation en faveur de la création du pays. De fait, avec elle, les seules mobilisations recherchées par les dirigeants sont celles qui débouchent sur leur élection. C'est ce qui a mené Bernard Landry à inviter les fédéralistes du Québec à voter pour lui.
Comment ensuite s'étonner de l'énorme perte de crédibilité qu'essuie le PQ en tant que porteur de l'indépendance du Québec? Le PQ n'a pas perdu ses dernières élections par la faute d'une bourde de Jacques Parizeau ou à cause de la grogne soulevée par les fusions municipales. Seulement 32 % des souverainistes l'ont appuyé alors que le dernier sondage révèle que 47 % de la population est en faveur de la souveraineté du Québec.
C'est dans ce contexte que l'idée d'une élection référendaire refait surface parce que, faisant d'emblée la jonction entre le projet de pays et le rendez-vous électoral, elle permet de dire aux Québécois de toutes les origines: «Un vote pour le PQ sera un vote pour l'indépendance du Québec car, désormais, nous sommes en marche pour faire le pays.»
Avec cette idée s'installe une logique d'affirmation et de rupture claire qui rend les futurs élus crédibles dans la mesure où ceux-ci acceptent de risquer leur élection au nom de l'indépendance. Dès lors, une mobilisation pour faire le pays devient possible. Les
600 000 souverainistes le décoderont très vite. D'autres aussi. L'affirmation attire les constructeurs de pays. L'hésitation les éloigne.
Référendum ou pouvoir provincial
Certains députés du PQ, dont le chef de ce parti, s'opposent mordicus à cette idée. Il y a là une énigme. Pourquoi défendent-ils l'étapisme? Parce qu'ils rêvent d'un retour imminent au pouvoir provincial à la suite d'un rejet du gouvernement Charest? Sans doute. Parce qu'ils estiment que cette approche permet la tenue d'un référendum traditionnel qui, gagné à 50 % plus une voix, serait le seul moyen d'assurer une légitimité sur la scène internationale? Fort probablement. Parce que, pour eux, lors d'un scrutin, les électeurs sont sollicités pour appuyer divers projets autres que celui de l'indépendance et manifestent des comportements en conséquence? Sûrement.
Personnellement, je ne vois pas les choses ainsi. Si le 50 % + 1 m'apparaît être un pourcentage décisif en démocratie, je pense que le pays du Québec peut advenir autrement que par le recours à un tel référendum qui, ne l'oublions pas, est sous contrôle canadien depuis le Clarity Bill. Divers scénarios sont imaginables dans le cadre d'une élection référendaire. Si celle-ci donne 50 % + 1, le parcours à suivre est tracé. Le parti élu peut agir et préparer la tenue d'un référendum sur l'approbation d'une constitution. Avec moins de 50 % + 1, soit 44 % par exemple, deux options se présentent:
- refuser la gouverne provinciale et retourner dans l'opposition, ce qui exige beaucoup d'abnégation. Le sérieux de l'engagement des candidats ressortirait avec force. Ces derniers, dans l'opposition, pourraient alors révéler les avantages d'un pays par rapport à la gouverne provinciale. Par ailleurs, chaque nouveau rendez-vous électoral deviendrait l'équivalent d'un nouveau référendum. La mobilisation serait à son maximum devant tant d'abnégation et de transparence;
- enclencher la démarche vers l'indépendance immédiatement, chose légitime en système parlementaire britannique vu la proposition électorale claire faite à la population, et fixer une étape de confirmation démocratique qui serait un référendum tenu dans une logique d'affirmation et de rupture sur un projet de Constitution déclarant l'indépendance. Gagné à 50 % + 1, ce référendum serait tout à fait légitime sur la scène internationale. Si ce référendum est perdu, le parti devrait démissionner pour éviter un retour à l'étapisme.
Une élection référendaire a ainsi pour effet de constamment joindre la prise du pouvoir à la réalisation de l'indépendance. La rejeter sur la base d'une nécessaire majorité absolue dans un référendum traditionnel car celui-ci rend légitime un geste de rupture, c'est refuser de regarder des voies alternatives tout aussi légitimes. La rejeter parce que les électeurs se prononcent sur d'autres choses, c'est préconiser précisément que les électeurs se prononcent sur la souveraineté et autre chose. Dans l'un et l'autre cas, c'est privilégier une disjonction pour prendre le pouvoir provincial. Il s'agit d'une immense arnaque pour élire des provinciaux sans vision, sans audace et sans conviction ferme.
Forts de cela, il nous appartient, à nous indépendantistes, d'évacuer l'étapisme du décor. Il nous faut prendre le contrôle du PQ parce que ce parti est, aux yeux de la population du Québec, un véhicule crédible menant à la souveraineté. Le temps des idées claires et des vrais engagements est arrivé. Nous devons faire valoir l'idée d'une élection référendaire car celle-ci peut conduire à une légitimité de 50 % + 1 en évitant les pièges de la gouverne provinciale.
Méfiance
Cela étant, méfions-nous de la «saison des idées» sous le contrôle des instances du PQ. L'idée d'élection référendaire n'y est absolument pas présente, et Bernard Landry a affirmé qu'elle «ne lui plaisait pas du tout». Avec lui à la tête de ce parti, il y a peu de chances qu'elle débouche sur un vrai débat de fond et encore moins qu'elle s'impose. Aussi est-il urgent que cette idée s'irradie de plus en plus et devienne incontournable au point de susciter une volte-face de sa part ou son départ.
L'heure est donc venue de dénoncer les gens qui, au nom de leur carrière et de leur attrait pour le pouvoir provincial, emprisonnent la volonté d'un peuple d'accéder à la liberté. Si les Américains des États-Unis, comme de nombreux autres peuples, ont accepté de mourir pour mettre leur pays au monde, le nôtre vaut que nous mettions de côté nos avantages carriéristes et notre soif du pouvoir aliénant d'une province. Faisons en sorte que le PQ marche résolument vers l'indépendance, en totale jonction avec la cause qu'il prétend porter. Sinon, préparons-nous à le faire sans lui.
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