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Feu vert à la centrale au gaz

Québec va de l'avant malgré un premier avis défavorable du BAPE

Robert Dutrisac   13 janvier 2004 
Québec — Même s'il s'est engagé à respecter le Protocole de Kyoto, le gouvernement Charest va de l'avant avec la construction de la centrale thermique du Suroît qui augmentera de 3 % les rejets de gaz à effet de serre (GES) au Québec.

Le ministre des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs, Sam Hamad, annoncera aujourd'hui «la réalisation» par Hydro-Québec de cette centrale au gaz naturel de 800 MW à Beauharnois au cours d'une conférence de presse à laquelle participera le p.-d.g de la société d'État, André Caillé.

Selon le communiqué diffusé hier par le cabinet de M. Hamad, le ministre présentera «un projet amélioré». Rappelons qu'en février 2003, le Bureau d'audiences publiques (BAPE) a rejeté le projet du Suroît présenté par Hydro-Québec parce que la centrale, en raison de ses émissions massives de GES, pourrait compromettre les engagements du gouvernement à l'égard du Protocole de Kyoto. Pour respecter ce protocole, le Québec doit globalement réduire de 7 % ses émissions actuelles de GES alors que le projet du Suroît en aurait ajouté 3 %.

À la fin de décembre, M. Hamad a confié au quotidien Le Soleil qu'il avait en main un projet de «Suroît nettement mieux qu'avant». Il a même avancé que le BAPE avait produit un rapport favorable au nouveau projet, rapport qui ne porterait pas, étrangement, sur l'enjeu environnemental. Dans son communiqué, M. Hamad annonce bien la «réalisation» du projet comme si le BAPE avait donné le feu vert au projet. On peut se demander si le BAPE sera autorisé à tenir de nouvelles audiences publiques sur le projet ou si le gouvernement jugera que le projet «amélioré» est à ce point semblable à l'ancien que d'autres audiences publiques seraient superfétatoires.

À la mi-novembre, M. Hamad et le premier ministre Jean Charest avaient déjà annoncé les couleurs du gouvernement malgré l'opposition du ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair. Même si, sur les banquettes de l'opposition, le Parti libéral s'était opposé au projet du Suroît, M. Charest était maintenant prêt à envisager un tel projet. Dans une allocution devant l'Association de l'industrie électrique du Québec, qui fait son beurre de la construction de centrales, M. Hamad avait été beaucoup plus catégorique: le gouvernement favorisait le recours aux centrales thermiques, car «les projets thermiques constituent une des seules alternatives valables pour assurer aux Québécois à moyen terme une sécurité au niveau de l'approvisionnement énergétique». Les données d'Hydro-Québec indiquent que le Québec fera face à un déficit énergétique de 3,5 TWh vers 2006, ce qui est davantage que la capacité de production de la nouvelle centrale hydraulique de Toulnustouc, soit 3 TWh.

Mais pour M. Mulcair, le projet du Suroît, en raison de l'énormité de ses émissions de GES, était inacceptable sur le plan environnemental. «Rappelons que ce projet-là rajouterait dans l'environnement 2,4 millions de tonnes de gaz à effet de serre. C'est impressionnant de penser à cela», avait dit M. Mulcair au moment où M. Hamad prenait parti pour la construction de centrales thermiques.

Si une centrale comme celle du Suroît entre en service, le gouvernement Charest, pour respecter le Protocole de Kyoto, devra imposer l'inspection obligatoire de tous les véhicules pour en vérifier les émissions, comme c'est le cas maintenant pour les véhicules lourds seulement, avait prédit M. Mulcair.

En outre, il existe une raison politique pour ne pas construire de nouvelles centrales thermiques au Québec, avait indiqué le ministre de l'Environnement. Il sera très difficile de convaincre les États-Unis de ne pas modifier le Clean Air Act, comme le souhaite l'administration Bush, si le Québec, en se lançant dans la construction de centrales thermiques, n'arrive pas à respecter le Protocole de Kyoto, a expliqué M. Mulcair.

Tout en soutenant être en mesure de présenter un projet amélioré, Hydro-Québec estimait en novembre qu'il n'y avait aucune avancée technique récente qui permettrait de réduire de façon significative les émissions de GES d'une centrale au gaz naturel de 800 MW comme celle du Suroît.
 
 
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