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Se protéger de qui?

Bernard Descôteaux   13 janvier 2004 
Le Canada a-t-il besoin de participer au bouclier antimissile américain pour protéger son territoire? La réponse à cette question est à ce point évidente qu'elle aurait dû conduire le gouvernement canadien à rejeter fermement l'invitation du gouvernement Bush à s'associer à ce projet.

Une attaque par missile sur le territoire canadien apparaît plus qu'improbable depuis la fin de la guerre froide. Pendant toute cette période, la logique imposait au Canada d'être de la partie avec les Américains, car, même indirecte, la menace soviétique était bien réelle. Les missiles visant le territoire américain risquaient de toucher, délibérément ou non, des cibles canadiennes. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. Seule la Corée du Nord pourrait à moyen terme constituer une menace pour les États-Unis et, secondairement, le Canada. Celle-ci pourrait toutefois, le cas échéant, être contrée par bien d'autres moyens qu'un bouclier antimissile. La perspective d'une réplique nucléaire des États-Unis serait tout autant, sinon plus, dissuasive.

Le Canada, s'il n'a pas encore donné d'accord formel au projet de bouclier américain, s'est engagé dans un processus de discussion dont il lui sera difficile de s'extraire. Il y a quelques mois, le ministre des Affaires étrangères, Bill Graham, justifiait les discussions avec les Américains en disant qu'on ne pouvait laisser ceux-ci définir seuls les contours de la défense de l'Amérique du nord sans abdiquer une part de notre souveraineté. Il se faisait ainsi l'écho de l'ambassadeur américain à Ottawa, Paul Celluci, selon qui le Canada risque, en s'abstenant de participer au projet de bouclier, de mettre en cause le pacte de défense canado-américain connu sous l'acronyme de Norad.

Bien des députés aux Communes, y compris un bon nombre de libéraux, ont des objections à l'égard de ce projet. Pour certains, il risque à moyen terme de conduire à une «arsenalisation» de l'espace. Pour d'autres, de nous assujettir davantage aux Américains. Le premier ministre Paul Martin et son ministre de la Défense, David Pratt, justifient la poursuite des pourparlers que permettra la signature d'une lettre d'intention par la nécessité de connaître précisément les tenants et aboutissants du projet, le Canada étant libre de dire non finalement.

La décision finale viendra dans quelques mois. Elle appartiendra au gouvernement. S'il est prêt à permettre la tenue d'un débat aux Communes, M. Martin n'entend surtout pas qu'il se conclue par un vote qui le lierait. Il lui faut pouvoir tenir compte des intérêts multiples du Canada, car, vu d'Ottawa, ce dossier déborde largement les seules questions militaires. À travers lui, se pose la question des relations entre les deux pays. Aussi bien des relations politiques qu'économiques. On pourrait dire que, pour le Canada, il s'agit moins de se protéger de la Corée du Nord que des États-Unis qui seraient ravis de voir le Canada changer d'attitude pour redevenir l'allié loyal qu'il était avant la crise irakienne. On peut penser que c'est ce que Paul Martin avait en tête lorsqu'il disait vouloir créer une chimie avec George Bush.

bdescoteaux@ledevoir.ca
 
 
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