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En quête d'une jeunesse éternelle

Pauline Gravel   10 janvier 2004 
Photo Newscom - En se contractant, les muscles faciaux responsables de l’expressivité du visage tirent sur l’épiderme et le derme, creusant ainsi des sillons qui s’approfondissent avec le temps.
Photo Newscom - En se contractant, les muscles faciaux responsables de l’expressivité du visage tirent sur l’épiderme et le derme, creusant ainsi des sillons qui s’approfondissent avec le temps.
Aujourd'hui, tout se joue sur l'apparence. Un joli minois aux courbes agréables inspirant davantage la réussite qu'un visage buriné par le temps. La science de l'esthétique prospère et propose une panoplie toujours grandissante de traitements pour gommer, voire combler les rides qui trahissent notre âge. La publicité affiche mille prétentions, mais que pensent les scientifiques des moyens offerts — des crèmes antirides au Botox en passant par les laser, peeling et implants injectables — pour répondre à cette quête d'une éternelle jeunesse?

Mais avant de passer en revue cet arsenal, voyons comment la peau se flétrit. À mesure que l'âge avance, le renouvellement cellulaire ralentit. La matière gélatineuse du derme (couche sous-jacente à l'épiderme) dans laquelle baignent notamment les mélanocytes (contenant les pigments de mélanine), les cellules de Langerhans destinées à assurer l'immunité de la peau, ainsi que les fibres de collagène et d'élastine qui confèrent à la peau sa fermeté et son élasticité se désagrège. Les graisses sous-cutanées qui participent notamment à l'arrondi des joues se dégradent. Conséquemment, le derme et l'épiderme de la peau s'amincissent. Celle-ci devient plus flasque et s'affaisse sous l'effet de la gravité.

Dévastateur, le soleil accélère le vieillissement de la peau. Les rayons ultraviolets, en particulier les UVA, détruisent les fibroblastes ainsi que les fibres d'élastine et de collagène qu'ils produisent, contribuant ainsi à l'atrophie du derme, qui perd son élasticité et se rabougrit. Les attaques solaires provoquent aussi un réseau de ridules qui tapisse la surface de l'épiderme.

Tous les sourires, froncements de sourcils et autres mimiques qui animent notre visage et traduisent nos émotions laissent également une empreinte durable à force d'être répétés. En se contractant, les muscles faciaux responsables de l'expressivité du visage tirent sur l'épiderme et le derme, et creusent ainsi des sillons qui s'approfondissent avec le temps.

L'industrie des cosmétiques propose comme on le sait une multitude de crèmes «anti-âge» censées effacer les rides du visage. «Certains fabricants s'autorisent à vanter l'efficacité de leur pommade contre les rides en leur intégrant simplement un écran solaire, qui est reconnu pour prévenir l'apparition des rides», souligne le Dr Wayne Carey, directeur du département de chirurgie dermatologique de l'université McGill.

D'autres affichent en grosses lettres des prétendues vertus antirides parce qu'ils ont adjoint du rétinol, le nom scientifique de la vitamine A, à la composition de leurs produits. Or le pouvoir du rétinol sur les rides est bien mince comparativement à celui de sa forme dérivée, l'acide rétinoïque, dénommé également trétinoïne, qu'on ne peut obtenir que sous ordonnance, préviennent les dermatologues. «Le rétinol ne devient efficace qu'à des concentrations beaucoup plus élevées que celles qui sont incorporées dans les crèmes offertes en vente libre», souligne le dermatologue Guy Sylvestre, spécialiste de la dermatologie esthétique. «Le rétinol ne devient efficace qu'à des concentrations de 0,1 à 0,15 % tandis que les crèmes cosmétiques n'en contiennent qu'entre 0,01 et 0,03 %.» Les fabricants de cosmétiques ne sont en effet pas autorisés à incorporer dans leurs pommades la trétinoïne qui, en raison de son activité physiologique, est considérée comme un médicament. À moins toutefois qu'ils soumettent leur produit à une impressionnante batterie d'expériences scientifiques et cliniques visant à démontrer son efficacité et son innocuité.

Depuis que le dermatologue Albert Kligman de Philadelphie a découvert les effets antirides de la trétinoïne en 1987, plusieurs études scientifiques et cliniques ont confirmé ses observations. Une étude de l'Académie américaine de dermatologie a même attribué à la rétinaldéhyde, composé intermédiaire entre le rétinol et l'acide rétinoïque, certaines vertus curatives, qui seraient comparables à celles de la trétinoïne.

L'acide rétinoïque (commercialisé sous les appellations Retin-A, Renova) répare les dommages causés par le soleil. Il efface les ridules, réduit les taches brunes et raffermit la peau en accélérant son renouvellement, précise le Dr Pierre Ricard, président de l'Association des dermatologistes du Québec. Avec comme conséquence toutefois qu'il provoque une exfoliation prononcée, pouvant entraîner une certaine irritation.

Les acides de fruits ou acides alpha-hydroxylés (peeling aux AHA) ont aussi été reconnus comme efficaces pour effacer les ridules en provoquant une desquamation de la peau. «Des concentrations allant de 4 à 10 % permettent d'éliminer la couche superficielle de l'épiderme qui a été endommagée par le soleil, précise le Dr Ricard avant de faire une mise en garde contre les doses dépassant les 20 %, voire atteignant les 70 % qui peuvent entraîner des brûlures graves.

Quelques études scientifiques et cliniques ont également éprouvé les vertus de la vitamine C sous forme de crème ou de liquide, indiquent les dermatologues. Cette vitamine favoriserait en effet la synthèse de collagène dans le derme, indique le Dr Beatrice Wang, professeur de dermatologie à l'université McGill.

Les dermatologues demeurent par ailleurs sceptiques face à une toute nouvelle génération de crèmes antirides issues des plus récentes recherches scientifiques menées dans les laboratoires du géant L'Oréal. Sans désavouer catégoriquement ces nouvelles pommades censées contrecarrer les microcontractions des fibroblastes situés dans le derme qui, au dire des chercheurs de L'Oréal, rétractent la matrice (tissu de soutien du derme) et maintiennent les rides en place, les médecins leur reprochent de ne pas avoir fait l'objet d'études scientifiques et cliniques à double insu (sans que l'expérimentateur et les sujets soient informés du produit utilisé), multicentriques (conduites dans des plusieurs institutions différentes).

Les maîtres de la cosmétologie ont néanmoins élaboré des stratégies fort astucieuses pour gommer les rides sans toutefois les éliminer. «On peut colmater la petite vallée créée par la ride à l'aide d'une poudre dont les pigments entreront dans les pores et diffuseront la lumière de façon homogène, nous apprend Patricia Pineau, de L'Oréal Recherche. Cette stratégie est très efficace pour tromper l'oeil mais toutefois peu confortable pour la peau.»

On peut aussi appliquer une crème contenant de petites fibres qui, en se répartissant à la surface du visage, vont diffuser la lumière dans diverses directions et ainsi donner une impression de lissage.

Une autre stratégie fait appel à de petites molécules, appelées des tenseurs, qu'on incorpore à une crème et qui se déploient comme une éponge sous l'effet de la lumière, de la chaleur ou de l'hydratation de la peau, explique Patricia Pineau. Ces molécules poussent les versants de la ride et du coup ont un effet lissant spectaculaire pendant au moins quatre heures. Elles procurent toutefois cette sensation étrange de tension et le soir, quand la femme se démaquille, elle retrouve ses mêmes rides.

Pour s'attaquer aux rides d'expression qui marquent le front, la glabelle (entre les deux sourcils) et le tour des yeux, le Botox est devenu l'arme par excellence qu'emploient les dermatologues. Toxine produite par la bactérie Clostridium botulinum qui est responsable du botulisme — que l'on peut contracter en consommant des aliments contaminés (le plus souvent des légumes en conserve) —, le Botox paralyse les muscles sous-cutanés qui tirent la peau et forment ces fameuses rides d'expression. En perdant son habileté à se contracter, la peau demeure ainsi complètement lisse... au point de perdre parfois tout élément expressif. Des actrices de cinéma traitées au Botox se seraient même vu refuser des rôles à Hollywood parce que leur visage était dépourvu d'expressivité.

«Pour ne pas rendre le visage figé, il faut bien doser le produit et l'injecter aux endroits stratégiques», précise la dermatologue Suzanne Gagnon, de la Clinique dermatologique Face au temps, qui précise que les doses injectées sont plus de mille fois inférieures aux concentrations potentiellement nocives. Le savoir-faire du médecin permettra donc d'éviter certains effets secondaires, comme une paupière tombante, mais ne pourra prévenir les imprévisibles hématomes, oedèmes ou légères douleurs qui sont toutefois transitoires.

Le Botox n'aurait qu'un seul défaut: sa durée d'action est temporaire, dépassant rarement les six mois. Pour conserver un visage sans rides, on doit donc recevoir des injections au moins deux fois par année.

Le laser et la radiofréquence font également partie de l'arsenal antirides. Ces deux technologies échauffent le collagène du derme et stimulent ainsi sa synthèse, expliquent les Drs Gagnon et Carey. Absorbés sélectivement par l'eau de la peau, les laser erbium et CO2 brûlent de surcroît les cellules de l'épiderme qui sont alors forcées de se renouveler.

La ridectomie, communément appelée lifting, a pour sa part perdu de sa popularité depuis l'avènement de divers implants injectables destinés à combler les dépressions créées par les rides et la disparition du gras sous-cutané qui survient avec l'âge. «Le lifting, qui consiste à tirer la peau latéralement [et à en supprimer l'excédent], ne corrige pas le manque de gras, indique le Dr Wayne Carey.

Bien qu'il soit possible de prélever de la graisse sur le patient et de la lui réinjecter par petites doses dans le tissu sous-cutané creusé par ses rides, les dermatologues préfèrent désormais employer l'acide hyaluronique (AH), un constituant du derme, qui est offert sous différentes viscosités selon la marque de commerce (Perlane, Restylane, Juvederm). «L'AH permet de refaire une jeunesse en sculptant le visage, explique le Dr Carey. On l'injecte là où le volume de gras a disparu, comme dans les joues et aux coins de la bouche.»

L'AH a l'avantage de ne pas nécessiter des tests d'allergie avant son administration, contrairement au collagène utilisé en esthétique qui est traditionnellement d'origine bovine. Bien qu'il se dégrade moins rapidement que le collagène bovin, de nouvelles injections sont néanmoins nécessaires pour maintenir l'effet de jeunesse. C'est pourquoi certaines clientes se tournent vers des solutions dites permanentes. L'une d'elles porte le nom commercial d'Artecoll et se compose de collagène bovin incluant des microsphères de polyméthylméthacrylate, une matière plastique transparente qui stimule la synthèse de collagène dans son entourage. «Bien que très rares, certaines personnes réagissent fortement contre cet implant s'il n'est pas injecté à la bonne profondeur, prévient le Dr Beatrice Wang. Et il faut alors retirer l'implant par chirurgie.»

Santé Canada a approuvé en août dernier un nouvel implant injectable très prometteur dont la longévité atteindrait de cinq à dix ans. Mis au point en France, le Dermalive se distingue de l'Artecoll par sa composition exempte de substance d'origine animale. Le Dermalive est en effet constitué de microparticules d'hydrogel acrylique — de la taille de 45 à 60 microns — baignant dans une solution d'AH. «Dans les trois mois qui suivent l'implantation, l'AH se dégrade mais l'organisme fabrique du nouveau collagène qui vient envelopper chaque particule. Et l'augmentation du volume au site d'injection permet de combler la ride», explique le Dr Guy Sylvestre, de la Clinique médicale Ahuntsic, avant de spécifier que l'hydrogel acrylique dont sont composées les particules est utilisé en ophtalmologie depuis 12 ans pour remplacer le cristallin chez les patients atteints de cataracte.

L'effet secondaire le plus redoutable de ces injections de substances comblantes ou de Botox demeure toutefois leur coût prohibitif. Elles sont très douloureuses pour le portefeuille. Une correction au Dermalive peut facilement atteindre les 900 $ et un traitement au Botox, 700 $, lesquels doivent être déboursés de nouveau six mois plus tard.

Un conseil pour terminer. Pour prévenir l'apparition des rides, il faut se protéger la peau avec un bon écran solaire qui filtre à la fois les UVA et UVB et adopter de bonnes habitudes de vie, recommande le dermatologue Christian Allen Drouin, du Centre hospitalier du Grand-Portage de Rivière-du-Loup, qui souligne notamment les effets néfastes du tabagisme sur la peau. Le tabac accélère le vieillissement de celle-ci et accentue les rides autour de la bouche.






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  • Gauthier Chantal
    Inscrite
    jeudi 19 avril 2007 12h52
    L'acide rétinoïque...
    « Les crèmes et tous les trucs pour le non-vieillissement de la peau seraient sans aucun doute efficace si l'acide rétinoïque n'y serait pas incorporé. J'ai lu que le Dr. David Élia prescrivait de l'acide rétinoïque et du Fadiamone à ses patientes contre le vieillissement de la peau. Il lui paraît qu'il n'y a rien de meilleur que toutes les inventions qui existe contre le vieillissement. »

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