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Souveraineté : seule fenêtre ouverte sur l'avenir ?

9 janvier 2004 
Dans les flots socioéconomiques tumultueux où le Québec semble s'immobiliser, dans cette situation de mouvance et de brouillage que nous décrit Gérard Bouchard dans son excellent article provocateur publié dans L'Annuaire du Québec 2004, Gérald Larose, en tant que président du Conseil de la souveraineté du Québec, nous proposait, dans Le Devoir du 31 décembre dernier, ce qu'il appelle la seule et unique voie pouvant permettre de décrypter ce chaos et d'impulser le peuple québécois vers un avenir radieux.

Baby-boomer ayant déposé mon premier bulletin de vote dans la boîte de scrutin en faveur du RIN de Pierre Bourgault, j'ai cru pendant plusieurs années à la concrétisation d'un imaginaire meilleur pour le peuple dont je fais partie. Malheureusement, le Parti québécois est devenu le porteur de ballon et n'a pas gagné la partie.

Je vais tenter d'expliquer mon désarroi. Nous vivons toujours sous le régime du capitalisme. Or les règles de cet ensemble socio-politico-économique poussent l'être humain à un individualisme égocentrique, à une rivalité parfois sauvage, à la guerre de tous contre tous de Thomas Hobbes. Par ailleurs, malgré ce que tous les chantres machiavéliques du néolibéralisme nous enseignent, ces même êtres humains, pour combattre les assauts de ce système et tous ceux qui ont opprimé l'humanité, ont de tout temps tissé des liens fraternels de solidarité et de combat. Ces liens se sont formés par la création de syndicats, de groupements féministes, antiracistes et écologistes ainsi que de mouvements nationalistes et autres.

Or l'histoire des XIXe et XXe siècles nous enseigne que la flamme de ces mouvements s'est souvent alimentée des revendications très justes du peuple travailleur pour ensuite tomber sous la férule d'une oligarchie élitiste qui s'appropriait les leviers de l'État pour son propre bénéfice. C'est ce qui s'est malheureusement produit au Québec avec le Parti québécois. Qu'on me propose un État québécois souverain en tentant de me faire accroire que celui-ci soulagera tous les maux du Québec comme par enchantement, je suis obligé de déclarer que je me sens peu confiant d'embarquer dans cette galère. Et je crois ne pas être le seul à éprouver certaines craintes face à cette perspective.

Un mouvement non aligné

Je ne partage pas l'optimisme de M. Larose sur la solidité des bases du mouvement souverainiste. Encore une fois, l'histoire nous prévient de la fragilité de prétendus acquis sociohistoriques. Les résultats des élections d'avril dernier laissent au contraire présager un début d'effritement de l'engouement, en particulier chez les jeunes. En effet, les conclusions des études du sociologue Pierre Drouilly, elles aussi présentées dans L'Annuaire du Québec 2004, nous apprennent que les gens qui ont voté OUI aux référendums sont les mêmes que ceux qui ont soutenu le PQ. En d'autres termes, les nationalistes votent en général pour le PQ. Or le PQ a perdu des votes par abstention ou par déplacement de la faveur des électeurs vers l'ADQ. De plus, dans les nombreux mouvements qui regroupent la jeunesse québécoise, très peu militent aujourd'hui en faveur de la souveraineté.

À partir d'ici, où allons-nous? À l'instar du Rassemblement pour l'indépendance du Québec, je crois qu'il est temps de bâtir un vaste mouvement lié à aucun parti politique (mais non pas apolitique) qui étudiera la possibilité et revendiquera éventuellement la mise en place d'une république où un nouveau forum démocratique sera le médiateur des contradictions fondamentales de notre société.

Ce mouvement devra être bâti lentement mais sûrement en prenant le temps de l'asseoir sur les bases solides d'une consultation et d'une éducation populaire qui permettra au peuple québécois de bien comprendre les enjeux lorsqu'il décidera de devenir souverain. Il devra aussi éviter les enjambées trop rapides qui, souvent, se terminent en bulles explosives.

De plus, ce mouvement devra d'abord s'attarder en priorité aux questions essentielles, à savoir le travail et les relations économiques, l'environnement, l'équité des sexes, l'autonomie des autochtones, la place des nouveaux arrivants et des anglophones dans la société québécoise, la solidarité internationale, l'impérialisme et la discrimination liée à l'orientation sexuelle et à l'origine ethnique. La tâche est ardue mais passionnante.

En d'autres termes, ce mouvement bâtirait un projet d'avenir avant de proposer la souveraineté plutôt que l'inverse. Pour le moment, le Conseil de la souveraineté doit faire la preuve qu'il peut prendre la place du PQ comme porteur de ce ballon. Quant à moi, son acoquinement avec ce dernier détruit toute sa crédibilité. J'entrevois plutôt que le nouveau mouvement D'abord solidaires, de par son non-alignement à quelque parti politique que ce soit, puisse s'approprier cette tâche.






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