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La farce afghane

Serge Truffaut   6 janvier 2004 
De la nouvelle Constitution afghane, on peut se demander s'il faut en rire ou en pleurer. Après qu'on eut montré la sortie aux talibans, il y a deux ans à peine, voilà que ces derniers ont réussi le prodige d'imprimer leurs marques sur un texte réputé être fondamental. Les tristes sires subjugués par le ténébreux mollah Omar sont parvenus à fondre dans le Coran les trois premiers articles de cette Constitution rédigée dans le chaos. À l'instar de l'Iran, l'Afghanistan sera une théocratie.

L'article un stipule en effet que «l'Afghanistan est une république islamique». L'article deux déclare que la religion de l'État est «la religion sacrée de l'Islam», et que les non-musulmans, les infidèles, «sont libres de pratiquer leur foi dans les limites de la loi». Afin que le religieux soit dominant, les délégués qui ont planché sur cette Constitution ont décidé que l'article trois devait avoir une inflexion analogue aux deux premiers. De fait, il est précisé «qu'en Afghanistan aucune loi ne peut être contraire aux croyances et dispositions de la religion sacrée de l'Islam». Bonjour la charia!

Il est écrit dans le ciel que, grâce à ce dernier article, les militants d'une lecture stricte du Coran auront toute latitude pour conjuguer les lois à venir avec la charia. Le pire est que tout cet exercice a été mené sous le patronage des Nations unies. Plus précisément de Lakhdar Brahimi, l'envoyé spécial que Kofi Annan avait choisi pour accompagner et épauler les membres de la Loya Jirga pour tout ce qui avait trait à la rédaction de cette Constitution. CQFD: l'ONU accorde sa caution à la burqa et surtout à tout ce que cela suppose de conséquences.

De mauvais esprits ont tenté de faire avaler leur couleuvre en jonglant avec certains chiffres. Lesquels? Ceux qui balisent la composition de la chambre basse ou Wolesi JGirga. Les femmes auront droit à 64 sièges sur... 250! Pour ce qui est de la chambre haute, la moitié du tiers de ces représentants qui seront nommés par le président seront des femmes. La moitié du tiers! À cet égard, les propos formulés par le représentant onusien sont dignes d'être relevés. Écoutons Brahimi s'adressant aux femmes: «Vous avez beaucoup à faire, vous avez une longue lutte devant vous.» Soit ce monsieur est un cynique, soit il est blagueur.

Cela étant, à la faveur de cette Constitution les Pachtounes ont repris bien des pouvoirs qu'ils avaient perdus après l'offensive dirigée par l'armée américaine en décembre 2001. Ce retour a d'ailleurs été vivement critiqué par tous les groupes ethniques qui formaient l'Alliance du nord de feu commandant Massoud. Les Tadjiks, Ouzbeks et autres ont promis à mots à peine couverts que jamais ils ne permettraient que les Pachtounes, groupe auquel appartient Hamid Karzaï, étendent leurs tentacules. En clair, des affrontements sont en vue.

L'histoire amorcée par le renversement des talibans s'est conclue en farce.
 
 
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