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    Notre conscience nationale trahie par les libéraux

    22 mai 2015 |Texte collectif* | Québec

    Comme le dit le vieil adage, l’enfer est pavé de bonnes intentions. Même s’il faut contenir à long terme le déficit, rien ne saurait cependant justifier cette remise en cause sans précédent de nos institutions et des services publics à laquelle procède actuellement le gouvernement Couillard. En mettant ainsi l’accent sur la fin plutôt que sur les moyens, sans égard aux conséquences, ce dernier agit de façon idéologique, dogmatique et irresponsable en mettant en péril nos précieux acquis. Pourquoi un tel empressement ? De toute évidence, l’objectif inavoué — et inavouable — de ces mesures d’austérité est la transformation profonde de l’État québécois, de même qu’une révision de son rôle et de sa place dans la société québécoise.

     

    Au fil des décennies, et ce, depuis la Révolution tranquille, l’État québécois a pourtant été un remarquable levier de développement économique et social pour le Québec, ainsi qu’un pilier de notre solidarité. Sous l’impulsion du gouvernement libéral de Jean Lesage, appuyé par les efforts de la société civile (constituée de femmes et d’hommes issus de tous les milieux), les Québécois se sont pour ainsi dire offert un État fort, moderne, apte à répondre aux défis de notre temps et incarnant par ailleurs le caractère national du Québec et la volonté de vivre ensemble de tous les Québécois. En tournant le dos à tout cela, le gouvernement Couillard trahit non seulement la conscience nationale des Québécois, mais aussi l’héritage de son propre parti.

     

    Développement économique et régional

     

    L’affaiblissement de l’État nuit à tout le monde, notamment parce que les chocs subis par les entreprises touchent les travailleuses et les travailleurs, ainsi que leurs clients/consommateurs. La fermeture des Conférences régionales des élus (CRE), des Centres locaux de développement (CLD) et des Forums jeunesse régionaux, l’abolition du Fonds de soutien aux territoires en difficulté ou encore les restructurations de notre système de santé, lesquelles viennent alourdir le fardeau des organismes communautaires, sont autant de mesures qui auront à long terme des conséquences sérieuses sur le tissu social et économique, particulièrement en région.

     

    Ces organismes et services publics étaient pourtant au coeur du développement économique et régional, favorisant notamment la création d’entreprises et d’emplois dans certaines régions dévitalisées du Québec. Les CLD, les CRE, les organismes communautaires et même les cégeps contribuaient à fédérer les forces vives dans toutes les communautés du Québec. Avec les compressions du gouvernement Couillard, les régions du Québec sont tout simplement abandonnées par leur gouvernement.

     

    Or, la vitalité économique des régions est centrale pour l’identité québécoise. L’histoire économique du Québec est notamment celle de l’exploitation et de la transformation de ses ressources naturelles, et aussi, parallèlement, celle de l’occupation de son territoire. Les compressions budgétaires aveugles du gouvernement Couillard auront pour conséquence d’affaiblir encore davantage des régions qui, depuis trop longtemps, vivent des difficultés économiques importantes.

     

    Société civile

     

    On parle beaucoup du déficit structurel, mais le véritable déficit affecte plutôt la légitimité de ce gouvernement qui agit unilatéralement, sans chercher à obtenir l’appui de la société civile. Même si les compressions adoptées par le gouvernement Bouchard à l’époque du déficit zéro prêtaient le flanc à une critique similaire, ce dernier avait à tout le moins engagé un dialogue social et tenté d’atteindre un consensus en faveur de l’élimination du déficit, notamment au moyen de deux sommets socioéconomiques. Le gouvernement Couillard, quant à lui, préfère avancer à coups de bâillon ou de répression, faisant fi des nombreux avertissements et fermant les yeux sur les impacts négatifs de ses politiques d’austérité.

     

    Fédéralisme et identité

     

    De toute évidence, le gouvernement Couillard s’est également installé dans une logique provincialiste qui nie le caractère national du Québec. À moins de six mois d’une élection fédérale, on ne peut que déplorer le manque de leadership du gouvernement du Québec, ce dernier n’ayant que très peu à revendiquer à Ottawa. Pendant ce temps, le gouvernement fédéral détourne les surplus de la caisse de l’assurance-emploi, garde son cap à propos des transferts réduits en santé et accroît le déséquilibre fiscal. Cette apathie des fédéralistes québécois coûte cher au Québec.

     

    L’entreprise de dénationalisation de l’État québécois s’observe, par ailleurs, par le manque de sensibilité du gouvernement Couillard à l’égard des questions touchant l’identité québécoise. Alors que même Robert Bourassa n’hésitait pas à parler de la « souveraineté culturelle » du Québec et de son caractère distinct, le gouvernement Couillard, pour sa part, coupe allègrement dans la défense de la langue française et se montre bien peu enclin à protéger notre modèle social.

     

    Il est temps de réagir

     

    Qu’à cela ne tienne, de plus en plus de voix, dont les nôtres, s’élèvent maintenant pour dénoncer ce qui a toutes les apparences d’un saccage planifié de l’État québécois. Plus que jamais, les citoyennes et les citoyens doivent prendre conscience que ces mesures d’austérité et ce manque de vision nuisent à l’ensemble des Québécois, et plus particulièrement aux femmes et aux plus vulnérables de notre société. Dans ces conditions, l’État québécois, dépouillé de ses moyens, ne pourra plus continuer à servir les intérêts supérieurs du Québec bien longtemps.

     

    Le mépris et l’arrogance doivent cesser. D’autres solutions existent. Il est temps de réagir avant qu’il ne soit trop tard.

     

    *Ont signé cette lettre :

     

    Sébastien Lévesque, professeur de philosophie au cégep de Jonquière ; Ianik Marcil, économiste indépendant ; Alain Vadeboncoeur, urgentologue et auteur ; Yves Beauchemin, écrivain ; Claude Béland, président du Mouvement Desjardins (1987-2000) et grand officier de l’Ordre national du Québec ; Roméo Bouchard, fondateur de l’Union paysanne ; Dominic Champagne, auteur et metteur en scène ; Bernard Émond, cinéaste ; Yvon Rivard, écrivain; Évelyne Abitbol, consultante en affaires publiques; Karim Akouche, écrivain et éditeur; Rachid Bandou, chimiste; Maxime Baril, vice-président et cofondateur de Quintus Marketing; Frédéric Barriault, professeur d’histoire au Collège de Maisonneuve; Yanick Barrette, candidat au Ph.D. à l’INRS et chercheur au l/as/tt; Xavier Barsalou Duval, enseignant en comptabilité; Frédéric Bérard, avocat et auteur; Pierre-Luc Brisson, chroniqueur et auteur; Marie Brodeur Gélinas, spécialiste en éducation aux droits humains et à la solidarité internationale; Pierre-Louis Cauchon, typographe; Stéfany Chevalier, cofondatrice et p.-d.g. de Quintus Marketing; Jocelyn Desjardins, président-fondateur, Nouveau mouvement pour le Québec; Catherine Dorion, auteure; Jean Dorion, auteur de INCLURE. Quelle laïcité pour le Québec ? et ex-président de la SSJB de Montréal; Pierre Dostie, directeur de CSSS à la retraire, Chicoutimi; Jonathan Durand Folco, doctorant en philosophie et chargé de cours; Martin Forgues, journaliste indépendant et auteur; Alain-G. Gagnon, professeur, département de sciences politiques, Université du Québec à Montréal; Aurélie Lanctôt, étudiante en droit à l’Université McGill; Caroline Launier, directrice stratégique de Quintus Marketing; Bochra Manaï, candidate au doctorat en Études urbaines, INRS-UCS; Gabriel Marcoux-Chabot, écrivain et éditeur; Mathieu Marion, professeur, département de philosophie, Université de Montréal; Julie Montreuil, directrice générale, Organisme communautaire, Québec; Ludvic Moquin-Beaudry, professeur de philosophie au cégep de Saint-Jérôme; Frédérick Plamondon, enseignant et chargé de cours en philosophie; Michel Rioux, syndicaliste; Marie Roberge, peintre et auteure; Jocelyne Robert, écrivaine et sexologue; Véronique Robert, avocate; Michel Roche, professeur de sciences politiques, département des sciences humaines et sociales, Université du Québec à Chicoutimi; Michel Seymour, professeur, département de philosophie, Université de Montréal; Alexis St-Gelais, copropriétaire de Laboratoire Phytochemia; Marco Veilleux, Comité national des Journées sociales du Québec.













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