De Montréal à Bam
Des experts québécois espèrent participer à la reconstruction de la citadelle historique
Geneviève Otis-Dionne
31 décembre 2003
En quelques secondes seulement, sous la force de la secousse sismique, la citadelle historique de Bam s'effondrait sur le sol iranien. Plus de 2000 ans d'histoire venaient de s'écrouler. La communauté internationale doit-elle laisser cette oeuvre architecturale à son destin ou tenter de la faire renaître? Dinu Bumbaru, secrétaire général du Conseil international des monuments et des sites (ICOMOS) et directeur général d'Héritage Montréal, doit se rendre ce week-end en Iran pour étudier la possibilité de reconstruire le site et donner un nouveau souffle de vie au monument.
M. Bumbaru veut aller sur place pour analyser l'état des lieux et discuter avec les autorités iraniennes des différentes possibilités qui s'offrent pour reconstruire ce joyau d'architecture, façonné par des années d'histoire. Pour financer la reconstruction du site, l'ICOMOS souhaite organiser une vaste campagne internationale dans les prochains mois. «Évidemment, cette campagne ne doit aucunement entrer en concurrence avec les actions humanitaires et c'est très important pour nous», précise M. Bumbaru.
La citadelle de Bam est l'un des sites historiques les plus célèbres d'Iran. D'une taille imposante, elle reflète les cultures des différentes communautés qu'elle a abritées au cours de ses deux millénaires d'existence. Elle était également le plus important édifice en terre séchée au monde. Le gouvernement iranien avait d'ailleurs l'intention de proposer l'inscription de Bam sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO.
Le directeur général de l'UNESCO, Koïchiro Matsuura, a annoncé samedi dernier que l'organisme était prêt à fournir aux autorités iraniennes toute l'assistance possible pour restaurer le patrimoine culturel de la ville. L'organisme onusien a déjà débloqué 25 000 $ en fonds d'urgence pour l'établissement d'un camp de spécialistes à Bam. L'Italie et l'Égypte ont annoncé de leur côté qu'elles souhaitaient contribuer financièrement à l'effort de reconstruction.
Des équipes professionnelles iraniennes travaillent déjà sur le site pour amorcer la stabilisation des endroits qui ont survécu au séisme. «Sur les quelques images de la citadelle que nous avons reçues, les murailles ne sont pas toutes effondrées. Mais nous devons nous rendre sur place pour mesurer l'envergure des dégâts», explique M. Bumbaru.
Cette première mission de reconnaissance permettra à l'ICOMOS de voir quelles sont les priorités dans la reconstruction. L'organisme souhaite également vérifier s'il est réaliste de vouloir reconstruire entièrement la citadelle. Le projet pourrait se limiter à la restauration de certains endroits pour faire renaître, à tout le moins, des parcelles de ce vestige de l'histoire.
Les membres de l'ICOMOS doivent se rencontrer à la mi-janvier pour déterminer leur plan d'action. L'organisme souhaite travailler en collaboration étroite avec l'UNESCO et les autorités iraniennes pour s'assurer d'avoir en main l'ensemble des informations nécessaires à la reconstruction du site.
M. Bumbaru précise toutefois que l'architecture ancienne de la citadelle est très bien documentée et que le site été visité dans le passé par de nombreux experts. Trois semaines avant le séisme, une équipe de spécialistes en architecture de terre de l'ICOMOS s'était même rendue sur les lieux pour étudier le monument. «Nous avons une expertise dans ce domaine très aguerrie et le site nous est familier», explique-t-il.
Il ajoute cependant que la reconstruction, «c'est une oeuvre qui peut aussi être un désastre et il faut être prudent. Nous allons prendre le temps de bien étudier les lieux avant de commencer les travaux».
Un lieu riche en histoire
La ville de Bam se trouvait autrefois sur la route de la soie, entre l'Inde et l'Arabie Saoudite. Comme elle était le seul oasis de verdure et de fraîcheur dans le désert, plusieurs voyageurs s'y arrêtaient et décidaient parfois d'y rester pour profiter de ses richesses. La ville s'est ainsi développée et la citadelle est apparue il y a 2000 ans.
Quand les musulmans ont envahi la ville au XIVe siècle, ils ont construit deux mosquées et un palais dans l'enceinte protégée par les murailles. «Plusieurs bâtiments, de styles variés et construits dans des matériaux différents, se sont ajoutés à la citadelle au cours de ses 2000 ans d'existence. Le site est un témoin historique qui a une valeur documentaire exceptionnelle», déclare Mehdi Ghafouri, commissaire à la Commission des biens culturels du Québec et architecte. M. Ghafouri est également membre de l'ICOMOS.
Cette richesse historique complique cependant la reconstruction du monument. «Quelle période de l'histoire choisit-on? Quelle architecture? Quel matériau utilise-t-on? C'est très délicat, estime M. Ghafouri. Il faut s'assurer de conserver l'authenticité du site.» Selon lui, il faudra plus de dix années de travail aux spécialistes pour reconstruire le site.
M. Ghafouri veut organiser à Montréal des soirées culturelles pour financer le projet de l'ICOMOS. L'argent récolté servira aussi à acheter des livres aux enfants victimes du séisme pour qu'ils puissent continuer à étudier. «Nous voulons faire notre part pour aider ces gens et nous allons probablement travailler aux côtés de l'UNICEF», explique-t-il
Un documentaire sur la ville de Bam
L'acteur et réalisateur iranien Shahram Golchim a côtoyé autrefois les habitants de la ville de Bam et s'est émerveillé devant la beauté de la citadelle. «C'était un lieu fantastique. L'architecture ancienne révélait le talent des personnes qui avaient travaillé au cours des 2000 dernières années pour construire la citadelle», relate avec nostalgie M. Golchim.
À l'âge de 22 ans, en 1978, M. Golchim jouait le rôle d'un cavalier dans le film Le Désert des Tartares, tourné en partie dans la citadelle. Le film raconte, entre autres, la crainte d'officiers, logeant dans la citadelle, d'être attaqués par les Tartares. L'ennemi ne se présente toutefois jamais. «Les Tartares n'ont pas détruit la citadelle dans le film. Mais, aujourd'hui, la nature et Dieu ont eu raison de cette oeuvre architecturale.»
M. Golchim veut partir de cette métaphore pour aller tourner un documentaire à Bam. «Je veux rencontrer les familles, les femmes et les enfants qui ont souffert à cause du séisme et montrer au monde entier que le gouvernement est responsable de tous ces morts», raconte le réalisateur. Selon lui, le régime iranien a contribué au désastre humain en n'aidant pas les habitants pauvres du pays à solidifier leurs demeures d'argile.
Avant d'entreprendre son documentaire, M. Golchim doit toutefois trouver le financement nécessaire. Il compte cependant faire toutes les démarches possibles pour mener son projet à bien. «Les habitants de 200 villages sont encore menacés aujourd'hui par d'éventuels tremblements de terre. Je veux dénoncer dans mon documentaire cette réalité et faire en sorte que de tels drames ne se reproduisent plus», affirme M. Golchim.
M. Bumbaru veut aller sur place pour analyser l'état des lieux et discuter avec les autorités iraniennes des différentes possibilités qui s'offrent pour reconstruire ce joyau d'architecture, façonné par des années d'histoire. Pour financer la reconstruction du site, l'ICOMOS souhaite organiser une vaste campagne internationale dans les prochains mois. «Évidemment, cette campagne ne doit aucunement entrer en concurrence avec les actions humanitaires et c'est très important pour nous», précise M. Bumbaru.
La citadelle de Bam est l'un des sites historiques les plus célèbres d'Iran. D'une taille imposante, elle reflète les cultures des différentes communautés qu'elle a abritées au cours de ses deux millénaires d'existence. Elle était également le plus important édifice en terre séchée au monde. Le gouvernement iranien avait d'ailleurs l'intention de proposer l'inscription de Bam sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO.
Le directeur général de l'UNESCO, Koïchiro Matsuura, a annoncé samedi dernier que l'organisme était prêt à fournir aux autorités iraniennes toute l'assistance possible pour restaurer le patrimoine culturel de la ville. L'organisme onusien a déjà débloqué 25 000 $ en fonds d'urgence pour l'établissement d'un camp de spécialistes à Bam. L'Italie et l'Égypte ont annoncé de leur côté qu'elles souhaitaient contribuer financièrement à l'effort de reconstruction.
Des équipes professionnelles iraniennes travaillent déjà sur le site pour amorcer la stabilisation des endroits qui ont survécu au séisme. «Sur les quelques images de la citadelle que nous avons reçues, les murailles ne sont pas toutes effondrées. Mais nous devons nous rendre sur place pour mesurer l'envergure des dégâts», explique M. Bumbaru.
Cette première mission de reconnaissance permettra à l'ICOMOS de voir quelles sont les priorités dans la reconstruction. L'organisme souhaite également vérifier s'il est réaliste de vouloir reconstruire entièrement la citadelle. Le projet pourrait se limiter à la restauration de certains endroits pour faire renaître, à tout le moins, des parcelles de ce vestige de l'histoire.
Les membres de l'ICOMOS doivent se rencontrer à la mi-janvier pour déterminer leur plan d'action. L'organisme souhaite travailler en collaboration étroite avec l'UNESCO et les autorités iraniennes pour s'assurer d'avoir en main l'ensemble des informations nécessaires à la reconstruction du site.
M. Bumbaru précise toutefois que l'architecture ancienne de la citadelle est très bien documentée et que le site été visité dans le passé par de nombreux experts. Trois semaines avant le séisme, une équipe de spécialistes en architecture de terre de l'ICOMOS s'était même rendue sur les lieux pour étudier le monument. «Nous avons une expertise dans ce domaine très aguerrie et le site nous est familier», explique-t-il.
Il ajoute cependant que la reconstruction, «c'est une oeuvre qui peut aussi être un désastre et il faut être prudent. Nous allons prendre le temps de bien étudier les lieux avant de commencer les travaux».
Un lieu riche en histoire
La ville de Bam se trouvait autrefois sur la route de la soie, entre l'Inde et l'Arabie Saoudite. Comme elle était le seul oasis de verdure et de fraîcheur dans le désert, plusieurs voyageurs s'y arrêtaient et décidaient parfois d'y rester pour profiter de ses richesses. La ville s'est ainsi développée et la citadelle est apparue il y a 2000 ans.
Quand les musulmans ont envahi la ville au XIVe siècle, ils ont construit deux mosquées et un palais dans l'enceinte protégée par les murailles. «Plusieurs bâtiments, de styles variés et construits dans des matériaux différents, se sont ajoutés à la citadelle au cours de ses 2000 ans d'existence. Le site est un témoin historique qui a une valeur documentaire exceptionnelle», déclare Mehdi Ghafouri, commissaire à la Commission des biens culturels du Québec et architecte. M. Ghafouri est également membre de l'ICOMOS.
Cette richesse historique complique cependant la reconstruction du monument. «Quelle période de l'histoire choisit-on? Quelle architecture? Quel matériau utilise-t-on? C'est très délicat, estime M. Ghafouri. Il faut s'assurer de conserver l'authenticité du site.» Selon lui, il faudra plus de dix années de travail aux spécialistes pour reconstruire le site.
M. Ghafouri veut organiser à Montréal des soirées culturelles pour financer le projet de l'ICOMOS. L'argent récolté servira aussi à acheter des livres aux enfants victimes du séisme pour qu'ils puissent continuer à étudier. «Nous voulons faire notre part pour aider ces gens et nous allons probablement travailler aux côtés de l'UNICEF», explique-t-il
Un documentaire sur la ville de Bam
L'acteur et réalisateur iranien Shahram Golchim a côtoyé autrefois les habitants de la ville de Bam et s'est émerveillé devant la beauté de la citadelle. «C'était un lieu fantastique. L'architecture ancienne révélait le talent des personnes qui avaient travaillé au cours des 2000 dernières années pour construire la citadelle», relate avec nostalgie M. Golchim.
À l'âge de 22 ans, en 1978, M. Golchim jouait le rôle d'un cavalier dans le film Le Désert des Tartares, tourné en partie dans la citadelle. Le film raconte, entre autres, la crainte d'officiers, logeant dans la citadelle, d'être attaqués par les Tartares. L'ennemi ne se présente toutefois jamais. «Les Tartares n'ont pas détruit la citadelle dans le film. Mais, aujourd'hui, la nature et Dieu ont eu raison de cette oeuvre architecturale.»
M. Golchim veut partir de cette métaphore pour aller tourner un documentaire à Bam. «Je veux rencontrer les familles, les femmes et les enfants qui ont souffert à cause du séisme et montrer au monde entier que le gouvernement est responsable de tous ces morts», raconte le réalisateur. Selon lui, le régime iranien a contribué au désastre humain en n'aidant pas les habitants pauvres du pays à solidifier leurs demeures d'argile.
Avant d'entreprendre son documentaire, M. Golchim doit toutefois trouver le financement nécessaire. Il compte cependant faire toutes les démarches possibles pour mener son projet à bien. «Les habitants de 200 villages sont encore menacés aujourd'hui par d'éventuels tremblements de terre. Je veux dénoncer dans mon documentaire cette réalité et faire en sorte que de tels drames ne se reproduisent plus», affirme M. Golchim.
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