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Bush refuse de s'engager

Manon Cornellier   27 juin 2002 
Calgary — Le projet de Jean Chrétien de voir les pays riches accorder à l'Afrique plus de la moitié de leurs nouveaux budgets d'aide au développement frappe le mur américain. À quelques heures du dévoilement du plan d'action du G8 sur l'Afrique, les pays membres se débattaient toujours hier pour trouver des mots capables de traduire un semblant de consensus à ce sujet.

Selon des hauts fonctionnaires canadiens et au moins un fonctionnaire français, il n'y aurait pas de désaccord autour du plan d'action pour l'Afrique qui doit être dévoilé aujourd'hui. Le noeud des discussions serait d'ordre financier.

Presque tous les pays du G8 souhaitent consacrer à l'Afrique au moins 50 % des nouvelles sommes promises pour l'aide au développement, question de soutenir leur programme africain. Le président George W. Bush, par contre, refuserait de s'engager afin de ne pas indisposer le Congrès, qui doit encore se prononcer sur la hausse de 50 % du budget d'aide des États-Unis.

Incapables de l'ébranler, les fonctionnaires tentaient hier de «trouver les mots, la formule», qui permettraient de l'associer à cet engagement sans en avoir l'air. «Si les États-Unis préfèrent ne pas utiliser un chiffre, il y a des mots en français et en anglais qui veulent dire à peu près 50 %», a dit un fonctionnaire canadien.

L'enjeu est important car les attentes à l'endroit du sommet de Kananaskis sont grandes, en particulier du côté de l'Afrique. Le G8 a promis de présenter un plan d'action en réponse au Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (connu sous l'acronyme anglais NEPAD) mis en avant par les leaders africains, dont quatre sont arrivés hier en Alberta. Ils doivent, en compagnie du secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, participer aux discussions d'aujourd'hui.

Selon les promoteurs du NEPAD, ce plan conçu par les Africains exigerait 64 milliards par année, non seulement en aide mais aussi en investissements, en commerce et en fonds publics africains. Or Jean Chrétien a promis de faire du dossier africain le plat de résistance du sommet, et malgré l'importance prise par la question du Moyen-Orient et l'insistance des Américains à ce sujet, on gardait encore le cap hier, à la demande même des autres leaders.

Mais leur réponse au NEPAD ne sera pas assortie de nouvelles ressources financières. Le Canada, l'Europe et les États-Unis ont déjà annoncé, en particulier à la conférence des Nations unies à Monterrey, des hausses substantiels de leur aide. On parle d'une somme qui pourrait atteindre environ 20 milliards $CAN par année.

Reste à savoir à qui l'accorder. Si on ne peut pas annoncer de nouveaux investissements à Kananaskis, peut-être peut-on prouver sa bonne foi en consacrant une grande partie de ces 20 milliards à l'Afrique. Voilà le pari et la raison du débat qui se poursuivait hier.

Visiblement peu désireux de se faire attribuer le mauvais rôle, le président Bush a déclaré qu'«en ce qui concerne l'Afrique, nous faisons tous tout ce que nous pouvons». «Je ne pense pas que ce soit une compétition», a-t-il dit en présence du premier ministre de la Grande-Bretagne, Tony Blair. M. Bush a rappelé les promesses faites à Monterrey et celles faites la semaine dernière dans les dossiers du sida et de l'éducation.

M. Bush fait face à des partenaires qui tiennent à aider l'Afrique et à lui accorder la plus grande part de l'aide au développement. M. Blair en fait partie. Le président de la France, Jacques Chirac, aussi.

«Ce serait d'abord légitime, raisonnable et juste et ce serait un des signes forts que nous pouvons donner quant à notre volonté de soutenir et de développer cette action qui s'appelle le NEPAD», a ajouté M. Chirac, promettant d'être très insistant.

M. Chirac, qui présidera le sommet de l'an prochain en France, veut encore lui accorder une grande place. Il s'est ainsi publiquement prononcé contre tout détournement de l'attention du sommet de Kananaskis vers la crise du Moyen-Orient, un dossier qui devait être abordé hier soir au dîner.

«Je voudrais rappeler que ce sommet est d'abord et avant tout le sommet de l'Afrique, et ça, c'est un événement d'une portée considérable. [...] C'est la première fois qu'on prend conscience de l'impérieuse nécessité d'apporter à l'Afrique une aide pour sortir de ses difficultés en matière de développement, en particulier, mais aussi de "bonne gouvernance", de démocratie, etc.», a-t-il dit en conférence de presse.

M. Chirac, tout comme M. Chrétien, ne veut pas que le plan d'action soit sans lendemain et a suggéré de prolonger le mandat des représentants des leaders pour l'Afrique afin d'assurer le suivi et la mise en oeuvre du plan. Selon un fonctionnaire canadien, plusieurs solutions seraient sur la table, mais personne ne veut créer une nouvelle institution.

Les leaders du Canada, de la France, des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de l'Allemagne, du Japon et de l'Italie ont eu moins de difficulté à s'entendre hier pour faire de la Russie un partenaire à part entière du G8 et lui confier l'organisation du sommet de 2006. Auparavant exclue des discussions sur l'économie mondiale, la Russie n'y était qu'invitée. Elle en sera maintenant l'hôte, après la France, les États-Unis et le Royaume-Uni.

Ils ont aussi convenu, dans le cadre de leur lutte contre le terrorisme, de nouvelles mesures en matière de sécurité dans le transport de passagers et de marchandises. M. Chrétien a aussi fait état d'un accord imminent avec la Russie sur l'élimination des armes et équipements nucléaires, chimiques et biologiques de destruction massive.






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