Vache folle: les É.-U. tentent de limiter les dégâts
Photo : Patrick Sanfaçon
Dépeçage d’une pièce de boeuf dans une boucherie de l’avenue du Mont-Royal, hier, à Montréal. Une nouvelle menace plane sur l’industrie bovine canadienne.
Les États-Unis poursuivaient leur offensive hier pour endiguer la panique suscitée par la découverte d'un premier cas de maladie de la vache folle sur leur territoire. Après avoir déclaré que la Holstein infectée proviendrait peut-être du Canada, suscitant la colère de toute l'industrie bovine, les responsables de l'agriculture américaine se sont rendus hier à Tokyo pour rassurer le Japon, le plus gros importateur de boeuf américain.
Le Japon a acheté pour un milliard de boeuf américain l'an dernier, mais il a suspendu ses importations, à l'instar d'une trentaine d'autres pays, après la découvert d'une vache atteinte d'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), mardi dernier dans l'État de Washington.
Le vétérinaire en chef de l'Agriculture américaine, Ron DeHaven, a affirmé samedi que l'animal provenait d'un troupeau de 74 têtes de l'Alberta, où un cas d'ESB avait été détecté en mai dernier. Le vétérinaire en chef du Canada, Brian Evans, a déploré cette déclaration prématurée, puisque l'enquête n'est pas encore terminée.
Le Dr DeHaven s'est d'ailleurs ravisé hier, en indiquant que les dossiers américains retraçant le passé de l'animal ne concordaient pas avec ceux du Canada. Selon les autorités américaines, la vache était âgée de quatre ans et demi, alors que son étiquette lui donne deux ans de plus. La bête avait été identifiée à partir de son étiquette d'oreille, une procédure qui ne permet pas de tirer des conclusions définitives, puisque ces étiquettes peuvent être enlevées et apposées de nouveau. Seuls des tests d'ADN permettront de tirer l'affaire au clair, et le Dr DeHaven a confirmé hier que cette expertise scientifique serait menée.
«Nous ne sommes pas en désaccord avec nos partenaires canadiens au sujet de l'information que nous avons reçue, a dit le Dr DeHaven. Mais, ici, aux États-Unis, nous avons jugé bon de renseigner le public avec l'information à notre disposition pour être certains qu'il obtienne un portrait juste et précis de la situation telle que nous la connaissons.»
Le président de la Fédération des producteurs de bovins du Québec (FPBQ), Michel Dessureault, n'est pas du tout surpris de l'attitude des États-Unis. Depuis la découverte d'un cas isolé d'ESB en Alberta, en mai dernier, les Américains ont imposé un embargo, partiellement levé en novembre, mais qui s'applique toujours sur 40 % de la production nationale de boeuf et de veau. Résultat? «Les producteurs canadiens reçoivent 12 cents la livre pour leur boeuf, et il se revend 60 cents la livre aux États-Unis. L'embargo actuel sert bien les Américains», affirme M. Dessureault.
Au Québec seulement, l'incident isolé du mois de mai a occasionné des pertes de 150 millions de dollars aux producteurs, en 2003, sur des revenus globaux de 635 millions. À l'échelle du pays, les pertes se chiffrent à 1,9 milliard. Les consommateurs canadiens n'ont cependant pas modifié leurs habitudes alimentaires à la suite de cette première crise, et M. Dessureault espère qu'ils en feront autant malgré une deuxième secousse. Il est cependant trop tôt pour prévoir l'impact économique de ce deuxième épisode, non confirmé, de vache folle touchant l'industrie canadienne.
Le vice-président de la Canadian Cattlemen's Association, Dennis Laicraft, se montre beaucoup plus optimiste. «Ils auraient dû faire davantage de vérifications avant de faire ces déclarations. Mais, finalement, les informations véridiques seront plus importantes que les déclarations préliminaires», a-t-il dit. M. Laicraft se montre rassuré du fait que les Américains réaliseront des tests d'ADN pour déterminer avec certitude l'origine de la vache infectée.
MM. Laicraft et Dessureault s'entendent néanmoins sur un point: les Américains doivent rouvrir leurs frontières au boeuf canadien dans les plus brefs délais. Le seul épisode d'ESB au Canada, détecté en mai, est dépourvu de gravité. Même l'Organisation mondiale de la santé animale a reconnu que l'embargo américain était disproportionné au regard de cet incident isolé.
Rappels en masse
Les autorités américaines ont par ailleurs élargi hier la mesure de rappel de viande à un total de sept États et un territoire par mesure de précaution. Un peu plus de 4500 kilos de boeuf fait l'objet d'un rappel dans les États de Washington, de l'Oregon, de la Californie, du Nevada, de l'Alaska, du Montana, d'Hawaii, de l'Idaho et aussi à l'île de Guam dans le Pacifique, a indiqué un responsable de la sécurité alimentaire. Le rappel initial ne visait que les États de Washington, l'Oregon, la Californie et le Nevada.
Le département américain de l'Agriculture assure cependant que le boeuf vendu aux États-Unis ne présente aucun danger pour les consommateurs. Le cerveau, la moelle épinière et les autres parties à haut risque de contamination de la vache infectée ont été retirés de la chaîne alimentaire après l'abattage. En outre, la viande de 19 autres vaches abattues en même temps que l'animal infecté, par l'entreprise Vern's Moses Lake Meat Co., est frappée par le rappel. «La viande rappelée ne représente aucun risque pour les consommateurs», a dit le Dr Kenneth Petersen, vétérinaire au sein du département américain de l'Agriculture.
La maladie de la vache folle est transmissible à l'homme par la consommation des parties infectées du boeuf. Appelée chez l'humain maladie de Creutzfeldt-Jacob, elle peut évoluer pendant des décennies avant que les symptômes ne surgissent. Les personnes atteintes souffrent au début de dépression ou psychose apparentée à la schizophrénie. S'ajoutent ensuite la perte d'équilibre, la difficulté à marcher, les mouvements involontaires. La maladie finit par provoquer la paralysie. Elle est incurable et fatale dans tous les cas.
Pendant que les autorités américaines essaient de rassurer leurs consommateurs à la maison, elles tentent de rétablir les ponts avec le Japon, leur plus gros client. Les États-Unis ont vendu pour 1,03 milliard de dollars de boeuf, de veau, et autres produits à base de boeuf au Japon en 2002, ce qui représente le tiers des exportations américaines de boeuf.
Une délégation du Département américain de l'Agriculture doit rencontrer des responsables japonais aujourd'hui, mais, selon la presse nippone, la rencontre a peu de chances de mener à une levée de l'interdiction décrétée par le Japon, à moins que les États-Unis n'adoptent des mesures de dépistage plus rigoureuses sur leurs troupeaux.
Avec l'Associated Press et la Presse canadienne
Le Japon a acheté pour un milliard de boeuf américain l'an dernier, mais il a suspendu ses importations, à l'instar d'une trentaine d'autres pays, après la découvert d'une vache atteinte d'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), mardi dernier dans l'État de Washington.
Le vétérinaire en chef de l'Agriculture américaine, Ron DeHaven, a affirmé samedi que l'animal provenait d'un troupeau de 74 têtes de l'Alberta, où un cas d'ESB avait été détecté en mai dernier. Le vétérinaire en chef du Canada, Brian Evans, a déploré cette déclaration prématurée, puisque l'enquête n'est pas encore terminée.
Le Dr DeHaven s'est d'ailleurs ravisé hier, en indiquant que les dossiers américains retraçant le passé de l'animal ne concordaient pas avec ceux du Canada. Selon les autorités américaines, la vache était âgée de quatre ans et demi, alors que son étiquette lui donne deux ans de plus. La bête avait été identifiée à partir de son étiquette d'oreille, une procédure qui ne permet pas de tirer des conclusions définitives, puisque ces étiquettes peuvent être enlevées et apposées de nouveau. Seuls des tests d'ADN permettront de tirer l'affaire au clair, et le Dr DeHaven a confirmé hier que cette expertise scientifique serait menée.
«Nous ne sommes pas en désaccord avec nos partenaires canadiens au sujet de l'information que nous avons reçue, a dit le Dr DeHaven. Mais, ici, aux États-Unis, nous avons jugé bon de renseigner le public avec l'information à notre disposition pour être certains qu'il obtienne un portrait juste et précis de la situation telle que nous la connaissons.»
Le président de la Fédération des producteurs de bovins du Québec (FPBQ), Michel Dessureault, n'est pas du tout surpris de l'attitude des États-Unis. Depuis la découverte d'un cas isolé d'ESB en Alberta, en mai dernier, les Américains ont imposé un embargo, partiellement levé en novembre, mais qui s'applique toujours sur 40 % de la production nationale de boeuf et de veau. Résultat? «Les producteurs canadiens reçoivent 12 cents la livre pour leur boeuf, et il se revend 60 cents la livre aux États-Unis. L'embargo actuel sert bien les Américains», affirme M. Dessureault.
Au Québec seulement, l'incident isolé du mois de mai a occasionné des pertes de 150 millions de dollars aux producteurs, en 2003, sur des revenus globaux de 635 millions. À l'échelle du pays, les pertes se chiffrent à 1,9 milliard. Les consommateurs canadiens n'ont cependant pas modifié leurs habitudes alimentaires à la suite de cette première crise, et M. Dessureault espère qu'ils en feront autant malgré une deuxième secousse. Il est cependant trop tôt pour prévoir l'impact économique de ce deuxième épisode, non confirmé, de vache folle touchant l'industrie canadienne.
Le vice-président de la Canadian Cattlemen's Association, Dennis Laicraft, se montre beaucoup plus optimiste. «Ils auraient dû faire davantage de vérifications avant de faire ces déclarations. Mais, finalement, les informations véridiques seront plus importantes que les déclarations préliminaires», a-t-il dit. M. Laicraft se montre rassuré du fait que les Américains réaliseront des tests d'ADN pour déterminer avec certitude l'origine de la vache infectée.
MM. Laicraft et Dessureault s'entendent néanmoins sur un point: les Américains doivent rouvrir leurs frontières au boeuf canadien dans les plus brefs délais. Le seul épisode d'ESB au Canada, détecté en mai, est dépourvu de gravité. Même l'Organisation mondiale de la santé animale a reconnu que l'embargo américain était disproportionné au regard de cet incident isolé.
Rappels en masse
Les autorités américaines ont par ailleurs élargi hier la mesure de rappel de viande à un total de sept États et un territoire par mesure de précaution. Un peu plus de 4500 kilos de boeuf fait l'objet d'un rappel dans les États de Washington, de l'Oregon, de la Californie, du Nevada, de l'Alaska, du Montana, d'Hawaii, de l'Idaho et aussi à l'île de Guam dans le Pacifique, a indiqué un responsable de la sécurité alimentaire. Le rappel initial ne visait que les États de Washington, l'Oregon, la Californie et le Nevada.
Le département américain de l'Agriculture assure cependant que le boeuf vendu aux États-Unis ne présente aucun danger pour les consommateurs. Le cerveau, la moelle épinière et les autres parties à haut risque de contamination de la vache infectée ont été retirés de la chaîne alimentaire après l'abattage. En outre, la viande de 19 autres vaches abattues en même temps que l'animal infecté, par l'entreprise Vern's Moses Lake Meat Co., est frappée par le rappel. «La viande rappelée ne représente aucun risque pour les consommateurs», a dit le Dr Kenneth Petersen, vétérinaire au sein du département américain de l'Agriculture.
La maladie de la vache folle est transmissible à l'homme par la consommation des parties infectées du boeuf. Appelée chez l'humain maladie de Creutzfeldt-Jacob, elle peut évoluer pendant des décennies avant que les symptômes ne surgissent. Les personnes atteintes souffrent au début de dépression ou psychose apparentée à la schizophrénie. S'ajoutent ensuite la perte d'équilibre, la difficulté à marcher, les mouvements involontaires. La maladie finit par provoquer la paralysie. Elle est incurable et fatale dans tous les cas.
Pendant que les autorités américaines essaient de rassurer leurs consommateurs à la maison, elles tentent de rétablir les ponts avec le Japon, leur plus gros client. Les États-Unis ont vendu pour 1,03 milliard de dollars de boeuf, de veau, et autres produits à base de boeuf au Japon en 2002, ce qui représente le tiers des exportations américaines de boeuf.
Une délégation du Département américain de l'Agriculture doit rencontrer des responsables japonais aujourd'hui, mais, selon la presse nippone, la rencontre a peu de chances de mener à une levée de l'interdiction décrétée par le Japon, à moins que les États-Unis n'adoptent des mesures de dépistage plus rigoureuses sur leurs troupeaux.
Avec l'Associated Press et la Presse canadienne
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