Les kilos du temps des Fêtes: mythe ou réalité?
«J'ai pris cinq kilos de plus!» Au terme des réjouissances de fin d'année qui battent leur plein, le commentaire devrait immanquablement résonner à travers le pays. Quand le temps de reprendre le collier va finalement sonner. Normal. C'est qu'avec ses 12 journées de festins, ses plats en sauce, ses verres de vin et ses petits chocolats fourrés à la praline qui fondent dans la bouche, Noël — tout comme son proche cousin, le 31 — devrait, encore cette année, rimer avec abus et prise de poids. En théorie. Car dans les faits, comme le père Noël et ses lutins, la surcharge pondérale anticipée par les accros de la taille de guêpe et autres coupables de la bonne chère semble davantage un mythe qu'une réalité, estiment les diététistes.
Le ragoût de pattes de cochon ou la véritable tourtière du lac Saint-Jean n'en seront que mieux digérés. «On exagère énormément la prise de poids pendant le temps des Fêtes, dit Paul-Guy Duhamel, président de l'Ordre professionnel des diététistes du Québec (OPDQ). Bien sûr, c'est une époque de l'année où l'on mange un peu plus que d'ordinaire. Certaines personnes peuvent même prendre un peu de poids. Mais quand j'entends parler de 10 à 15 livres de plus [de cinq à sept kilos], je rigole. C'est une légende urbaine.»
Les mathématiques de la nutrition en témoignent d'ailleurs. En général, pour augmenter sa masse corporelle de 500 grammes (une livre environ), le butineur de buffet doit s'envoyer dans le système digestif 3500 calories de plus par jour que la dose quotidienne recommandée pour une personne adulte de taille moyenne. Dose établie, pour un Nord-Américain un brin sédentaire, à 2900 calories.
Le programme est pantagruélique. En effet, pour ingérer 3500 calories de plus, il faut par exemple succomber huit fois de suite, lors du repas de Noël, à la bonne dinde de «ma tante» Irène, avec deux tranches de volatile chaque fois accompagnées de sa garniture d'usage.
L'animal, avec sa chaire insipide et sèche, vous ennuie? Cinquante-cinq miniquiches — un incontournable des débuts de soirée — peuvent également faire l'affaire, comme d'ailleurs 38 saucisses enroulées de bacon, 25 pommes (pour les adeptes du tout vert) ou, pourquoi pas, 48 verres de vin rouge. Un véritable régime de bûcheron ou de travailleur stressé mangeant ses émotions, qui, soutenu sans relâche chaque jour jusqu'à la fin des vacances et jumelé à une absence totale d'activité physique, peut effectivement faire avancer votre balance de six chiffres vers la droite ou de 12 si elle est calibrée en livres.
L'arithmétique de la bouffe a de quoi rassurer le mangeur. Mais dans les faits, bien souvent, elle semble plutôt mal le servir. Simple question de perception. «C'est que la crainte de la prise de poids, aussi irrationnelle soit-elle, vient finalement induire de mauvais comportements alimentaires en cette période de fête», poursuit le prédisent de l'OPDQ.
La recette est prévisible: certains brident leur envie de nourriture, guidés par la peur du kilo en trop, pour ensuite, une fois les Fêtes passées, tomber sans retenue dans la boîte de chocolat fondant. D'autres préfèrent sauter quelques repas ici et là pour se donner la chance, entre deux rassemblements festifs, de digérer le surplus de sandwichs — pas de croûte — aux oeufs et de cipâte. Avant de mieux succomber, la fin d'année passée, aux nombreux produits miracle et recettes aidant à retrouver une taille de mannequin — produits sans effet probant d'ailleurs, estime le Groupe de travail provincial sur la problématique du poids — que le marché de la consommation de masse va encore une fois faire scintiller après les 12 coups de minuit, le 1er janvier.
«Cela va être immanquable, dit Paul Guy Duhamel. Mais c'est dommage. Surtout quand on sait que tout cela peut être évité si l'on s'en tient aux règles de nutrition de base, valables autant à la fin que durant toute l'année.» Une règle maintes fois répétée par les ayatollahs de l'équilibre alimentaire: manger un peu de tout et surtout varier les plaisirs pour ne pas toujours retomber sur les mêmes. Et ce, même si parfois les plats posés sur la table la font un peu plier. «Les fèves au lard, les tourtières, les dindes en sauce ne sont effectivement plus adaptées à notre mode de vie très sédentaire, poursuit-il. Mais il faut être réaliste: nous n'en mangeons pas tous les jours. Et, à petites doses, ça ne peut pas être mauvais pour la santé.»
Assurément, croit d'ailleurs l'historien Jean Provencher, auteur des Quatre saisons dans la vallée du Saint-Laurent (Boréal), qui voit même dans l'abus de saindoux, de cochonnailles et de gibier une source d'alimentation idéale pour entretenir la santé morale d'un peuple. Perpétuation des traditions culinaires oblige. «La table, à cette époque de l'année au Québec, est l'une des plus riches, des plus variées et des plus traditionnelles, dit-il. Cette tradition perdure même depuis assez longtemps et l'on ne peut que s'en réjouir.»
Pour cause. Car, avec le stress des dossiers à boucler pour bien terminer l'année et des cadeaux à courir dans des univers de consommation ultra-achalandés, ces pauses repas entre amis ou en famille, avec leur forte charge historico-gastronomique, finissent par représenter de «petites oasis de paix», dit-il, dans une époque de l'année effrénée. Oasis que les «bobos» — bourgeois bohèmes — et autres surfeurs sur tendances lourdes se plaisent à nommer comfort food.
«Bien sûr, on commence à voir apparaître des sushis dans certains réveillons de Noël, poursuit M. Provencher. Mais c'est moins agréable que les plats typiques de notre société.» Des plats tout aussi importés d'ailleurs que les sushis, mais à une autre époque: du Mexique par l'entremise des États-Unis, pour la dinde, de Boston, pour les fèves au lard, de France, pour l'incontournable soupe aux pois enrichie de jambon...
Les puristes, eux, se laisseront sans doute séduire par les traditionnels beignes de Noël — d'ordinaire cuits dans la graisse de cochon — ou encore par le menu typiquement québécois présenté dans La Nouvelle Encyclopédie de la cuisine, de Jehane Benoît, édition Deluxe datant de 1970, avec sa soupe aux huîtres, son cochon de lait rôti, ses choux de Bruxelles aux champignons et ses pommes de terre duchesse. Un ravissement pour les sens, la panse et... l'esprit puisque, après tout, fêter, autour d'une table ou non, «c'est un bon remède pour ne pas devenir fou», dit l'historien.
Le ragoût de pattes de cochon ou la véritable tourtière du lac Saint-Jean n'en seront que mieux digérés. «On exagère énormément la prise de poids pendant le temps des Fêtes, dit Paul-Guy Duhamel, président de l'Ordre professionnel des diététistes du Québec (OPDQ). Bien sûr, c'est une époque de l'année où l'on mange un peu plus que d'ordinaire. Certaines personnes peuvent même prendre un peu de poids. Mais quand j'entends parler de 10 à 15 livres de plus [de cinq à sept kilos], je rigole. C'est une légende urbaine.»
Les mathématiques de la nutrition en témoignent d'ailleurs. En général, pour augmenter sa masse corporelle de 500 grammes (une livre environ), le butineur de buffet doit s'envoyer dans le système digestif 3500 calories de plus par jour que la dose quotidienne recommandée pour une personne adulte de taille moyenne. Dose établie, pour un Nord-Américain un brin sédentaire, à 2900 calories.
Le programme est pantagruélique. En effet, pour ingérer 3500 calories de plus, il faut par exemple succomber huit fois de suite, lors du repas de Noël, à la bonne dinde de «ma tante» Irène, avec deux tranches de volatile chaque fois accompagnées de sa garniture d'usage.
L'animal, avec sa chaire insipide et sèche, vous ennuie? Cinquante-cinq miniquiches — un incontournable des débuts de soirée — peuvent également faire l'affaire, comme d'ailleurs 38 saucisses enroulées de bacon, 25 pommes (pour les adeptes du tout vert) ou, pourquoi pas, 48 verres de vin rouge. Un véritable régime de bûcheron ou de travailleur stressé mangeant ses émotions, qui, soutenu sans relâche chaque jour jusqu'à la fin des vacances et jumelé à une absence totale d'activité physique, peut effectivement faire avancer votre balance de six chiffres vers la droite ou de 12 si elle est calibrée en livres.
L'arithmétique de la bouffe a de quoi rassurer le mangeur. Mais dans les faits, bien souvent, elle semble plutôt mal le servir. Simple question de perception. «C'est que la crainte de la prise de poids, aussi irrationnelle soit-elle, vient finalement induire de mauvais comportements alimentaires en cette période de fête», poursuit le prédisent de l'OPDQ.
La recette est prévisible: certains brident leur envie de nourriture, guidés par la peur du kilo en trop, pour ensuite, une fois les Fêtes passées, tomber sans retenue dans la boîte de chocolat fondant. D'autres préfèrent sauter quelques repas ici et là pour se donner la chance, entre deux rassemblements festifs, de digérer le surplus de sandwichs — pas de croûte — aux oeufs et de cipâte. Avant de mieux succomber, la fin d'année passée, aux nombreux produits miracle et recettes aidant à retrouver une taille de mannequin — produits sans effet probant d'ailleurs, estime le Groupe de travail provincial sur la problématique du poids — que le marché de la consommation de masse va encore une fois faire scintiller après les 12 coups de minuit, le 1er janvier.
«Cela va être immanquable, dit Paul Guy Duhamel. Mais c'est dommage. Surtout quand on sait que tout cela peut être évité si l'on s'en tient aux règles de nutrition de base, valables autant à la fin que durant toute l'année.» Une règle maintes fois répétée par les ayatollahs de l'équilibre alimentaire: manger un peu de tout et surtout varier les plaisirs pour ne pas toujours retomber sur les mêmes. Et ce, même si parfois les plats posés sur la table la font un peu plier. «Les fèves au lard, les tourtières, les dindes en sauce ne sont effectivement plus adaptées à notre mode de vie très sédentaire, poursuit-il. Mais il faut être réaliste: nous n'en mangeons pas tous les jours. Et, à petites doses, ça ne peut pas être mauvais pour la santé.»
Assurément, croit d'ailleurs l'historien Jean Provencher, auteur des Quatre saisons dans la vallée du Saint-Laurent (Boréal), qui voit même dans l'abus de saindoux, de cochonnailles et de gibier une source d'alimentation idéale pour entretenir la santé morale d'un peuple. Perpétuation des traditions culinaires oblige. «La table, à cette époque de l'année au Québec, est l'une des plus riches, des plus variées et des plus traditionnelles, dit-il. Cette tradition perdure même depuis assez longtemps et l'on ne peut que s'en réjouir.»
Pour cause. Car, avec le stress des dossiers à boucler pour bien terminer l'année et des cadeaux à courir dans des univers de consommation ultra-achalandés, ces pauses repas entre amis ou en famille, avec leur forte charge historico-gastronomique, finissent par représenter de «petites oasis de paix», dit-il, dans une époque de l'année effrénée. Oasis que les «bobos» — bourgeois bohèmes — et autres surfeurs sur tendances lourdes se plaisent à nommer comfort food.
«Bien sûr, on commence à voir apparaître des sushis dans certains réveillons de Noël, poursuit M. Provencher. Mais c'est moins agréable que les plats typiques de notre société.» Des plats tout aussi importés d'ailleurs que les sushis, mais à une autre époque: du Mexique par l'entremise des États-Unis, pour la dinde, de Boston, pour les fèves au lard, de France, pour l'incontournable soupe aux pois enrichie de jambon...
Les puristes, eux, se laisseront sans doute séduire par les traditionnels beignes de Noël — d'ordinaire cuits dans la graisse de cochon — ou encore par le menu typiquement québécois présenté dans La Nouvelle Encyclopédie de la cuisine, de Jehane Benoît, édition Deluxe datant de 1970, avec sa soupe aux huîtres, son cochon de lait rôti, ses choux de Bruxelles aux champignons et ses pommes de terre duchesse. Un ravissement pour les sens, la panse et... l'esprit puisque, après tout, fêter, autour d'une table ou non, «c'est un bon remède pour ne pas devenir fou», dit l'historien.
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