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Un cas exemplaire

Bernard Descôteaux   27 décembre 2003 
Nouvelle crise de la vache folle, cette fois aux États-Unis. Le Canada réagit tout en douceur. Alors que, dans des circonstances similaires survenues il y a quelques mois, Washington imposait un embargo total à l'importation de viande de boeuf canadienne, Ottawa n'impose qu'un embargo partiel. On ne pourrait trouver meilleur symbole de la nature des relations canado-américaines.

La décision canadienne de s'en tenir à un embargo partiel repose sur des raisons de nature scientifique, assure-t-on. L'expérience acquise par les spécialistes canadiens ces derniers mois les aurait convaincus que les dangers pour la santé pouvait être circonscrits à certains produits qui sont l'objet de l'embargo partiel décrété. Pourtant, d'autres pays, comme le Mexique, le Japon et la Corée, ont décidé de ne prendre aucun risque et imposent un embargo total.

Les raisons scientifiques comptent dans cette décision, mais de façon secondaire. La décision est avant tout politique. Dans le cas présent, la volonté du nouveau gouvernement de Paul Martin d'apaiser les relations avec les voisins du sud, qui depuis trois ans sont au plus mal, aura certainement pesé lourd dans la balance. L'occasion était belle de traduire en gestes concrets le changement d'attitude annoncé par le nouveau premier ministre.

***

La gestion de nos relations avec les États-Unis a toujours été une affaire délicate. Tout est affaire de poids et, on ne le sait que trop, le Canada ne le fait pas à côté de son voisin du sud. Les producteurs de boeuf, comme les producteurs de bois d'oeuvre de ce côté-ci de la frontière, ne le savent que trop. Ce qui est vrai sur le plan économique l'est aussi sur les plans militaire et politique. La marge de manoeuvre du Canada est mince et tout doit se jouer à l'oreille. Les divergences de vue et les désaccords sont possibles, mais doivent être exprimés avec mesure. L'affirmation trop brutale de l'indépendance du Canada peut entraîner des conséquences, comme ce fut le cas avec la position canadienne sur l'intervention militaire en Irak. Les entreprises canadiennes n'auront que des miettes, si jamais elles en ont, lors de l'octroi des contrats pour la reconstruction de ce pays.

Paul Martin a fait des relations canado-américaines l'une de ses grandes priorités. Il aura fort à faire pour trouver le juste équilibre entre, d'une part, la grande dépendance du Canada envers le marché américain, qui absorbe 85 % de ses exportations, et, d'autre part, le désir des Canadiens de se distancier des politiques américaines, qui est plus grand que jamais.

Le premier défi du nouveau premier ministre est de rétablir des relations cordiales au plan personnel avec le président Bush. Si les relations entre Jean Chrétien et Bill Clinton furent excellentes, celles qu'il a eues avec George W. Bush furent pourries, au point où celui-ci annula la visite officielle qu'il devait faire à Ottawa en mai dernier. Les commentaires disgracieux de ministres et de conseillers de M. Chrétien avaient fait déborder le vase.

Un premier contact téléphonique entre M. Martin et M. Bush fut, assure-t-on, positif. Le premier tête-à-tête est à venir en janvier lors du Sommet des Amériques qui aura lieu à Monterrey, au Mexique. Même si le premier ministre a multiplié les signes d'ouverture, la méfiance du président américain sera longue à disparaître, d'autant plus qu'en cette année électorale les relations avec le Canada ne constituent pas un enjeu fondamental pour lui.

Pour sa part, M. Martin entend faire des relations canado-américaines une affaire personnelle, comme l'indique son choix de présider lui-même le comité du cabinet qu'il a créé pour suivre ce dossier. C'est là que seront coordonnées toutes les décisions qui affectent nos rapports avec les États-Unis. Personne ne pourra penser que des décisions auront pu être prises à son insu. Cet embargo partiel sur la viande de boeuf américaine a ainsi été certainement avalisé au plus haut niveau.

L'autre défi de Paul Martin et de son gouvernement sera de maintenir l'indépendance du Canada. Jean Chrétien a poussé le pendule plus loin qu'il ne l'avait été probablement depuis le régime Diefenbaker, à l'occasion de la crise des Bomarcs en 1960. L'intention du nouveau premier ministre est de le ramener vers le centre. Sa décision d'adopter la vision américaine en matière de sécurité intérieure, avec la création d'un ministère de la Sécurité intérieure, en témoigne.

Sans être un partisan du continentalisme comme le fut Brian Mulroney, M. Martin sera davantage porté que Jean Chrétien à reconnaître l'influence de la géographie du Canada sur ses politiques. Confirmation nous en a été donnée cette semaine avec cet embargo, dont on espère que le caractère mesuré aura été compris à Washington. La preuve reste à faire que, si des cas de vache folle étaient à nouveau découverts au Canada, les États-Unis sauraient à leur tour réagir de façon modérée.

bdescoteaux@ledevoir.ca
 
 
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